30 sept. 2013

MISÈRE, MALHEURS ET ESPOIRS DU SECTEUR AGRICOLE GABONAIS

Depuis plus d’un demi siècle, les dirigeants coloniaux d’abord et ceux de l’Etat gabonais post colonial ensuite n’ont pas réussi, et ne réussissent toujours pas à créer au Gabon, un secteur agricole solidement intégré dans les activités économiques productives nationales.  
Et, toutes les tentatives qui ont été entreprises n’ont pas réussi à installer les activités agricoles dans la durée. 
Est-ce le fait de la malédiction, de l’incompétence, de la négligence ou d’une volonté délibérée pour maintenir ce stratégique secteur dans un état archaïque et primitif ? 

L’initiative du Ministre de l’agriculture consistant à organiser une table ronde  sur « le rôle des gouvernements  dans l’intensification des impacts positifs de l’industrie agricole », quoique louable, apparaît comme une orientation hors réalité, une tentative abusivement positive en ce qui concerne l’organisation et la capacité de production de ce secteur au Gabon. 

Peut-on parler d’une industrie agricole gabonaise ayant des impacts positifs ?  
Où et comment se manifestent ces impacts positifs qu’il faut intensifier ? 
Sur la création des emplois ? 
Sur la structuration du secteur agricole ? 
Vivrier ou d’exportation ? 
Sur la contribution du secteur à la création de la richesse ? 
Quand des experts et des dirigeants étatiques parlent de « filière agro-industrielle », de quoi et de quelle agriculture est-il question ? 

La table ronde semble avoir porté à la fois sur l’agriculture dite industrielle, de rente ou d’exportation et sur la vivrière, peu productive, utilisant une faible main d’œuvre non qualifiée et souvent exercée par les autochtones sur des superficies étriquées aux qualités cultivables non validées scientifiquement. 

Naguère, les plans de développement coloniaux puis du Gabon indépendant définissaient des orientations, des objectifs et des financements pour la promotion de ces deux formes d’agriculture. 

La première traitait de la production du paddy, du manioc, de la banane, des taros, de l’igname etc. 

La seconde comprenait le cacao, le café, les palmistes. 

Les programmes initiés dans ce secteur à deux volets n’ont pas atteint les objectifs fixés ; en particulier, celui de constituer un secteur agricole structuré, performant assurant une auto suffisance alimentaire et contribuant significativement à la formation du PIB. Deux admirables projets conduits, l’un dans la province de la Nyanga par les chinois pour la culture du riz dans le cadre de la coopération officielle entre le Gabon et la Chine et l’autre, à Nkolayop,  dans la province du Woleu-Ntem, par un investisseur privé gabonais visaient à insérer une activité agricole pérenne dans ce secteur. 

D’autres expériences plus anciennes n’ont pas pu se perpétuer jusqu’aujourd’hui pour des causes et des raisons diverses et variées. Au Gabon, il n’y a pas d’industrie agricole. 

Cependant, quelques actions pilotes ont fait la preuve que l’agriculture est une activité qui peut s’exercer dans le pays. La majorité des espaces cultivées par les nationaux sont souvent de petites dimensions situées dans les zones rurales, à proximité des villages situés le long des routes ou des cours d’eau. Leurs productions ou surplus de productions sont acheminés par voies terrestre ou fluviale vers les marchés qui sont les plus porteurs ; en particulier ceux des capitales des provinces. 

D’abord cantonnées aux alentours de ces marchés privilégiés, progressivement les centres de productions s’en sont quelque peu  éloignés, sous l’effet de l’amélioration des conditions générales du transport terrestre en particulier de la qualité des routes. Si le chemin de fer est perçu comme réservé au transport des minerais et du bois la route, par le cabotage, est considérée comme le mode de transport de masse adapté à la libre circulation des personnes et à l’évacuation contrôlée des produits agricoles vivriers. 

Les difficultés liées à la nature et aux caractéristiques spécifiques des activités agricoles sont connues. Elles se composent des principales phases suivantes : choix du lieu de l’implantation des unités de production, choix des espèces de pépinières et des plants à cultiver ; connaissance des propriétés et des qualités des sols ; dimensions des plantations, direction et gestion des exploitations, quantité de la main d’œuvre,  désherbage et déforestage,  binage, sarclage et plantation ; entretien des  plants et lutte contre les attaques des prédateurs : insectes, oiseaux, animaux dont les éléphants, lutte contre les caprices du temps liés aux saisons, récolte, conservation et transport des produits du lieu de production au lieu de commercialisation, fixation des coûts de production et des marges bénéficiaires, le traitement et la conservation des invendus, etc. 

Il ne s’est guère dégagé de la faible population du Gabon, un groupe de nationaux déterminés et décidés à affronter victorieusement ces exigences que les activités agricoles et la rudesse des intempéries des saisons imposent. 

Pourtant, avant l’indépendance du pays, une intense activité agricole mobilisait une partie des actifs dans ce secteur qui s’est progressivement affaibli au cours des premières années de l’indépendance du pays. Un bref regard sur le passé montre que l’agriculture a toujours été une préoccupation majeure des gouvernants. Déjà, dans les plans coloniaux de développement de l’AEF, le secteur agricole occupait dans les discours, une place privilégiée qui n’était pas confirmée par la répartition sectorielle des ressources. 

Les autorités politiques et économiques coloniales avouaient leur pessimisme sur l’évolution de l’agriculture vivrière en constatant sa  faiblesse et sa désorganisation. En revanche, elles espéraient développer l’agriculture dite industrielle à vocation exportatrice dont les moyens matériels de production étaient avancés. 

Les plans gabonais de développement de l’agriculture ont toujours distingué les deux catégories d’agriculture. 

Dans le premier plan décennal de l’AEF (1947-1957), l’accent était mis sur les infrastructures, la production et les dépenses sociales. Les priorités du Territoire du Gabon portaient sur la recherche, l’agriculture, les activités forestières, les infrastructures de communications et l’exportation minière qui était à ses débuts. 

En 1950, un décret créa et fixa les modalités d’organisation et de fonctionnement des Secteurs de Modernisation agricole (SMA) à créer. L’inspecteur Général de l’agriculture en AEF écrivait que : « ce qui frappe, c’est l’état arriéré de l’agriculture africaine et l’improvisation. L’agriculture n’est pas encore le puissant levier d’équilibre économique, d’essor industriel et d’évolution sociale qu’il importerait de posséder… alors qu’elle est le fondement obligé du progrès général » et d’ajouter : « qu’il fallait s’attaquer à la réorganisation de la recherche agronomique, à l’achèvement des services agricoles territoriaux, à la main d’œuvre, à l’institution du crédit agricole au sens large, à l’éducation professionnelle de la société rurale en vue de préparer sur des bases solides des structures coopératives… Les conditions de réussite de cette politique agricole étaient : son application totale coordonnée par une action technique (recherche et propagande) ; la formation d’une main d’œuvre et l’appui aux producteurs » (Marchés Coloniaux n° 305 du 15/9/1951), conformément à l’orientation politique dont le contenu essentiel était de procéder à une industrialisation de l’agriculture dans toute l’AEF. 

A la demande du Ministre de la France d’Outre Mer, des zones propices à la création des plantations à production intense réunissant les conditions les plus favorables de fertilité, de facilité d’accès, et, où la mécanisation pouvait suppléer à la rareté de la main d’œuvre, furent choisies. 

Parmi celles-ci, on citait : Ntoum, Akok, Fernan-Vaz, Adzebé, Kango, Bifoun et Mvily. Le secteur Bifoun-Mvily, écrivait Durand-Réville, Sénateur du Gabon, présente le très gros avantage d’être situé de part et d’autre de l’Ogooué, ce qui constitue une très bonne voie d’accès… 

Les sols y sont meilleurs que ceux qui ont été étudiés par les prospecteurs, tant en Oubangui-Chari qu’au Cameroun, et dans d’autres zones du Gabon ». Le terrain de relief était estimé à 10.000 hectares. C’est ce secteur, concluait le Sénateur, qui réunit le plus de facteurs favorables (MC n° 446 du 29 Mai 1954 p 1517). 

Les produits retenus pour leur mise en valeur  étaient, pour l’agriculture vivrière : le riz, la banane, le manioc, les taros, l’arachide ; et pour les cultures d’exportation : le café, le cacao, les palmistes. Les objectifs de la structuration du secteur agricole étaient clairs. Ils consistaient à fixer les paysans sur leurs terres en les rendant propriétaires des parcelles dans des villages de paysannat, à multiplier les centres pilotes d’expérimentation agricole, répandre l’hydraulique agricole et pastorale pour améliorer les conditions de vie des populations en couvrant les besoins alimentaires  du Territoire. 

Quant à l’agriculture industrielle, l’objectif était de spécialiser les régions. Ainsi, le cacao, la plus ancienne culture d’exportation était localisée depuis 1959 dans l’Ogooué-Ivindo et le Woleu-Ntem; il était prévu de l’étendre à Ndjolé dans le Moyen-Ogooué. Le café était cultivé dans l’Ogooué Ivindo, l’Ogooué-Lolo, le Woleu-Ntem et le Haut-Ogooué. les oléagineux cantonnés dans le Moyen-Ogooué et la Nyanga. Avant 1960, une société PALMEVEA de 800 ha de plantations et une huilerie privée SOGABOL étaient installées à Lambaréné ; la COOPALMO, la Coopérative de palmeraie de Moabi dans la Nyanga. Cette stratégie d’industrialisation du secteur agricole gabonais bénéficiait de l’encadrement des Instituts de Recherches  Appliqués à l’exemple des Instituts de recherche des huiles et oléagineux tropicaux (IRHO), l’Institut des fruits et agrumes tropicaux (IFAC), la compagnie française pour le développement  des fibres textiles (CFDT) ; la compagnie générale des oléagineux tropicaux (CGOT). 

En 1954, le gouverneur du Gabon disait à la 2ème session de l’Assemblée Territoriale : «  l’effort fait pour la mise en valeur de la terre gabonaise demeure encore insuffisant, et doit être accentué dans les années à venir par le renforcement et l’encadrement de l’agriculture, l’accession des cultivateurs à la propriété du sol, l’aide aux paysans grâce aux prêts agricoles »

A côtés des cultivateurs artisanaux se tenaient les sociétés dites d’Etat (SE) ou d’Economie Mixte (SEM) qui concrétisaient la présence des capitaux privés dans le secteur agricole local. A l’indépendance des sociétés et autres organismes prennent le relai des instances coloniales et se chargent de l’encadrement, de l’expérimentation et de la mise en œuvre des projets et des programmes agricoles nationaux. 

En juillet 1974, un conseil des ministres décide de la construction à Lebamba, d’une huilerie de traitement d’arachides et de palmistes qui n’a jamais vu le jour. En 1977 fut créée la Sepoga. 

En 1980, Agrogabon, Siat actuelle, reprit Palmevea et Coopalmo. D’autres sociétés agricoles furent créées suivant la logique de la provincialisation coloniale. Des essais de la culture de canne à sucre ont eu lieu à Lambaréné, Cocobeach, Tchibanga et Franceville qui fut retenu et vit la naissance de Sosuho qui nécessita un investissement de près de 16 milliards fin 1980. 

Le projet hévéaculture prévu près de Mitzic dans le plan 1976-1980 et repris dans le plan intérimaire 1980-1982 ne fut pas exécuté et connait présentement des difficultés. Un programme cocotier avait été identifié à Mayumba sur 5.000 ha, il ne se concrétisa pas. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. 

Le Gabon a une connaissance suffisante de la géographie culturale dessinée par les colonisateurs, il existe surement des archives. 

Il reste à Monsieur le Ministre de faire vérifier par ses experts si les zones retenues pour les projets sont encore disponibles pour une implantation des activités, si les projets et les cultures prévues sont toujours rentables, si non, redéfinir d’autres bases en relation avec les besoins des marchés local et extérieur. 

La stratégie ancienne contient de précieuses données qui devraient être examinées et, en cas de besoin, actualisées et adaptées. Avant une «table ronde  sur le rôle des gouvernements  dans l’intensification des impacts positifs de l’industrie agricole », il faut faire l’inventaire et l’évaluation des projets, programmes, expériences agricoles gabonais (de 1946 à 2006) sous tous leurs aspects : humains, financements et partenariats techniques, matériels, institutionnels, types de cultures… en vue de la mise en œuvre d’une politique nationale agricole émergente par étapes contrôlées, en relation et en coordination avec les politiques des pays de notre sous-région.   

19 août 2013

A PIERRE CLAVER AKENDENGUE, AVEC TOUTE LA RECONNAISSANCE ET LE RESPECT QUE LE GABON TE DOIT !

Pierre, il y a longtemps que j’ai eu envie de bâtir ce propos. Après notre entretien de la semaine dernière (à lire prochainement sur ce blog), j’ai décidé d’exprimer publiquement mes fraternels sentiments pour toi que le Gabon néglige, parce qu’il ne te connait pas et ne te connaîtra point. Tu n’es pas le seul dans ce cas… Moi, si j’étais Roi, je t’aurais fait une place dans mon royaume…Mais, hélas !

Le jeudi 30 Mai, l’ADG du Mbandja et moi sommes allés nous entretenir avec un compatriote dont le passé et le présent sont si ressemblants qu’on serait tenté de croire que le temps n’a que peu d’emprise sur lui, quoique son inaltérable pouvoir n’a eu pour effet que d’affaiblir sa carcasse, son enveloppe qui sont les costumes de son Esprit et de son Âme. 

Des signes de fatigue de son corps et ses gestes d’enfant confirment cette contradiction entre un intérieur vif, intact et noble et un aspect corporel vieillissant.

Pierre Claver AKENDENGUE (PCA) dont il s’agit est pour moi un aîné, un homme exceptionnel. Par son œuvre, ses actes et la gestion de sa vie; c’est un modèle pour beaucoup, à cause de sa fidélité à ces valeurs qui nous sont commune : le Patriotisme et la Liberté. Je fais ce modeste témoignage pour l’honorer et lui donner l’amour qu’il mérite, c’est-à-dire l’éloge, le respect et la reconnaissance que nombreux gabonais n’osent plus entrevoir chez certains de leurs compatriotes qui sont dotés de talent, de génie et dépositaires de valeurs exceptionnelles.

Il faut rendre hommage aux hommes durant leur vie, les hommages, les décorations, les honneurs posthumes ne sont que dithyrambes et  vanité.

Comme chez tous les Êtres doués, intelligents, sûrs de la noblesse de leur personnalité, il se dégage de Pierre Claver AKENDENGUE de la simplicité et une modestie qui voile une miette de timidité : ce côté enfantin que les hommes de cœur et de convictions  portent qui fait qu’à une étape de leur vie, ils n’ont plus les idées, ils ont des convictions qu’ils ressassent avec des formules qui traduisent une éloquence créatrice d’images fortes par des mots, des paroles pénétrantes.

J’ai découvert Pierre Claver AKENDENGUE travers sa musique par la chanson "Nkere" qui a été pendant longtemps le lien invisible entre lui et moi. Lacustre d’origine, je trouve dans l’air de Nkere, la douce brise du lac Azingo, à la saison sèche, quand les eaux calmes, reposées et silencieuses, forment une nappe immobile et qu’au loin,  traversant le lac, un pagayeur solitaire chante à gorge déployée, un air d’accordéon qui monte limpide dans un beau ciel bleu et dégagé.

Tous les natifs des villages qui ont devant un plan d’eau et derrière, la forêt, sources de nourriture généreuses, ces gens sont de la « noblesse de terre ».

Né dans un milieu multilinguiste et multiethnique, et donc "détribalisé" par nature, la musique gabonaise aux notes sacrées de toutes origines qui est jouée par un virtuose me transperce et me porte aux sens. Seules les âmes sensibles, les naïfs idéalistes, les illuminés au cœur pur peuvent ressentir cette joie particulière en écoutant les musiques autres que celles de son milieu primaire.

La Cithare, le Mvett, le Balafon à lèvres, la Harpe monocorde, cessent d’être de simples instruments de musique pour se transformer en sources de sons magiques qui vous invitent à la transe, quand ils sont joués par des Maitres.

Chez Pierre Claver AKENDENGUE la combinaison de sons divers associés à ses vocalises devient une sorte de langage réservé aux initiés. Grand esprit dans un corps fragile en apparence, Pierre Claver a donné aux africains un répertoire musico culturel et artistique qui bravera l’agressivité dégradante du temps.

La musique cesse d’être une œuvre d’artiste pour devenir une créatrice quand elle exprime autre chose que l’envie de danser, d’écouter. Dans ce cas, elle devient divine et sacré. Les sensations fortes et captivantes, les frissons que l’on ressent en écoutant le chant grégorien, la musique baroque, les airs d’Elombo, les bardes du Mvett, les chansons d’Okouyi et la lecture des évangiles ne sont que des manifestations de la présence de l’esprit divin parmi les hommes. Et, la musique d’Akendengue relève de cette catégorie. Par conséquent, elle cesse d’être une simple musique d’écoute et de réjouissance.

Il y a des chansons de Pierre Claver AKENDENGUE que l’on préférerait écouter en silence plutôt que de danser, même si on ne maîtrise pas la langue miènè. La combinaison agréable entre les sons des instruments et la voix du chanteur donne à l’air une harmonie qui surpasse le seul cadre musical. Pour les connaisseurs des choses cachées qui se manifestent  par le son et qui sont d’appartenance divine, Pierre Claver AKENDENGUE est un génie incarné en errance dans un milieu d’incultes et sans discernement.

Ecouter parler Pierre Claver AKENDENGUE des choses de la vie et de la société est très agréable à ceux qui ont des convictions, qui sont patriotes et libres de tout intérêt et de tout calcul égoïste.

Homme cultivé, de lettres et de sciences, ancré dans ses origines culturelles ancestrales, Akendengué s’exprime avec  éloquence et châtie son parler. Il est de la bonne vieille école du Gabon pré indépendant où l’apprentissage et  le parler correct de la langue française et la référence au latin étaient  une exigence, une obligation, un devoir.

Il est éloquent et intarissable d’arguments. Son lent débit oral, ses gestes coordonnés, son regard de malvoyant, son corps frêle et son très large sourire juvénile donnent au corps physique mâle de cette créature (dans la vie, mais surtout sur scène dans son costume de scène immaculé) une forme-image qui s’apparente à une silhouette à la corpulence féminine. Par la qualité du parcours de sa vie, l’expression juste et claire de sa pensée et l’expression de ses sensations, nous aimons Pierre Claver AKENDENGUE et tout ce qu’il a dit, qu’il a fait, qu’il dit, qu’il fait, qu’il dira et qu’il fera encore.

Ce grand homme qui a beaucoup donné à son pays n’a jamais reçu en retour de celui-ci «l’usufruit », la récompense et l’éloge que d’autres hommes de culture, moins talentueux que lui, ont obtenu ici et ailleurs.

Toute son œuvre musicale et/ou artistique est sublime. Cependant, parmi elle, une chanson me marquera jusqu’à la fin de mes jours et sera de celles que je sélectionnerai pour mes adieux à la Terre. Quand je l’écoute, je me sens transformé. Elle a été mon hymne et ma source de lumière durant les années de préparation de ma sortie de l’université. Quand bloqué, en panne d’énergie et d’inspiration pour rédiger une phrase, un paragraphe, une page de plus de ma thèse, je posai sur mon « tourne disques » la chanson « Sa Ngunu Sa Ngunu », je ressentais s’éveiller au tréfonds  de mon Etre une force qui semblait partir du Lac Azingo pour me pousser au labeur….

Merci cher aîné, merci l’artiste !

Il y a enfoui à l’intérieur de chacun de nous des sentiments, des joies, des souvenirs que nous ne parvenons pas à exprimer, soit par manque d’occasion pour le faire, soit par pudeur, soit par orgueil ou égoïsme. Je publie ce jour ma relation intime et personnelle avec l’œuvre de Pierre Claver AKENDENGUE parce que je l’ai rencontré et je l’ai informé de ma décision de publier mes sentiments à son égard.

Aujourd’hui, le Gabon semble être formé de 3 catégories ou groupes de gens. Ceux qui parlent encore et parfaitement nos langues vernaculaires (dont Pierre Claver AKENDENGUE) , ceux qui les parlent comme certains parleraient « le français petit nègre » et ceux qui les moquent et ne les parlent pas du tout.

Cette réalité est porteuse d’un danger, celui de voir disparaître progressivement nos langues et partant, nos cultures, notre Culture. C’est une fierté pour certains de nos vieux de constater que leurs langues sont encore correctement parlées par un petit nombre.

Akendengue sait parler, et sa « langue maternelle », et la langue française. Il nous a dit :

« Je dois transmettre ce que j’ai reçu des miens… Actuellement mes joies c’est d’être au milieu de mes enfants et petits enfants…. de continuer à créer.. C’est la perspective de développer et d’installer l’Association ROMEPA (qui est l’œuvre de 3 frères ainés : R.Onouviet, M.Essonghe et P.Akendengue) comme solide structure culturelle du Gabon qui occupe présentement toute mon énergie... L’opprimé dit-il, doit cesser de considérer l’oppresseur comme son Maitre… Je suis dans une pirogue qui va vers sa destination…la LIBERTE…Ceux qui ont trop d’argent et qui ne peuvent pas tout dépenser au cours d’une vie doivent penser aux nécessiteux…. Le mariage, c’est entre un homme et une femme, le mot vient de Mère. Quand deux hommes se marient, qui sera la mère ? s’est-il interrogé….»

Il y a quelques mois, j’avais déjà publié un article dans lequel je m’indignais de ce qu’au Gabon, l’on ne considère guère les compatriotes dont les œuvres ont été accueillies comme des valeurs nationales partagées par le peuple. Dans l’article intitulé « Les hommes africains et gabonais : les autres et nous », je disais :

« Vous avez dit France et Honneur ! Nous avons accueilli avec gène et joie la décoration d’un grand africain du Gabon, Pierre Claver Akendengué, au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur par la France. La gène ! parce que le sacre vient des autres qui démontrent leur attachement au talent et à la grandeur d’un Homme qui le mérite. La joie ! C’est de vivre un évènement qui consacre l’œuvre d’une personnalité mondialement connue et qui, malheureusement n’est pas considérée à sa juste valeur dans son pays… Akendengué n’est pas seulement un grand artiste musicien; c’est aussi un poète, un politologue, un philosophe bref, un Savant. Mais, l’autre n’a-t-il pas dit que « nul n’est prophète dans son pays » ! P.C Akendengué, Mack Joss, P.C. Zeng, pour ne citer que ce trio, ont marqué les mélomanes du monde par et avec leur musique. Des trois, il nous en reste deux qui commencent, comme nous tous, à descendre la pente qui conduit à l « l’Epreuve » de la périlleuse traversée, où attendre devient terriblement douloureux, si vous n’avez pas un devancier, compagnon aimant, qui vous accueille et vous prend par la main au plus incertain des rendez-vous avec le Tout. Il est encore temps pour que les gabonais sachent qui ils sont, pour que demain, il n’y ait pas de regrets. Les radios et les télévisions publiques et privées doivent enregistrer leurs paroles pour les faire passer à la postérité. Il est vrai que trop souvent, l’Homme, surtout jeune, ne découvre et ne connait le Bonheur qu’après l’avoir entrevu et perdu, parfois, la grandeur aussi.» 

Bien à Toi, Pierre Claver AKENDENGUE, Toi l’érudit des Cultures africaines, gabonaises et autres. Si les humains t’oublient, Dieu te couronnera.

12 août 2013

COMPRENDRE L’ÉMERGENCE : ÉMERGENCE ECONOMIQUE, DÉMOCRATIE POLITIQUE ET GOUVERNANCE PUBLIQUE.

La quasi totalité des Chefs d’Etat africains ont fait le libre choix de placer leur développement économique et social sous le label de l’émergence. Ainsi baptisée, l’émergence qui n’avait que quelques géniteurs internationaux en compte désormais plusieurs, dont certains parrains, chefs d’Etats africains francophones. 

Ce concept qui revient comme une mode est pourtant usité et pratiqué depuis plusieurs années. Parler d’émergence signifie que l’on y a pensé, que l’on y pense et que l’on se compare à ceux qui en sont ; c’est surtout parler de changement. 

Vouloir l’émergence, c’est vouloir le progrès. Il y a dans les sociétés du tiers monde africain, une forte demande de bien-être de la part des populations les plus fragiles. L’insatisfaction de cette demande par les gouvernants a provoqué une paupérisation rapide et étendue parmi les habitants. Les multiples réactions violentes qui surviennent à travers le monde et qui prennent, ces derniers temps, des formes extrêmes dans certains pays, sont le résultat de la mauvaise gouvernance, qui est la cause du très fort déficit de satisfaction des besoins basiques des peuples. 

Ces besoins ne sont plus qu’alimentaires, ils sont aussi politiques, culturels, spirituels, moraux… 

Le face à face entre la mauvaise gouvernance et la pauvreté est à l’origine des crises diverses et variées qui secouent les sociétés en développement. 

Quand moins de 2% d’individus détiennent près de 96% de la richesse d’un pays, cela constitue objectivement une bombe à retardement dont l’explosion est contenue par les promesses démagogiques, les paroles de consolation et les programmes fallacieux. 

La bonne gouvernance devient ainsi une obligation pour les dirigeants, et un motif de contestation et de remise en question des politiques publiques par les citoyens. Gouvernance rime avec émergence et toutes deux sont porteuses de progrès et connotées d’espoir. 

De là, elles sont intimement liées au point que l’une n’est rien sans l’autre. Si la gouvernance était concrètement mise en œuvre, elle faciliterait et aboutirait à l’émergence. A contrario, il faut retenir que la gouvernance, la bonne gouvernance, est une obligation et une composante de l’émergence. 

Dans leur permanente quête de développement, les Etats africains sont passés par plusieurs étapes en adoptant des schémas et des montages économiques et financiers fabriqués, pour la plupart, par les experts des riches pays dits développés ou industrialisés et destinés à l’usage des équipes dirigeantes africaines. 

Ces offres de progrès, les unes plus mirobolantes que les autres, n’ont eu pour effet que de renforcer l’enrichissement d’un groupe d’étrangers et de nationaux, privilégiés et dominants, qui ont jumelé ces plans économiques avec des plans politiques endogènes consistant à se maintenir à demeure au pouvoir pendant que les masses, toujours miséreuses, incapables d’accéder par elles-mêmes aux richesses du pays, se détournaient et se désolidarisaient de la politique de leur pays. 

Au Gabon, les 42 ans d’Omar Bongo Ondimba sont un record qui sera difficile à battre, voire à égaler. 

Au début des années 90, au sortir des systèmes de partis uniques qui étaient la principale cause du blocage de l’éclosion et de la promotion de l’initiative privée en Afrique, la poursuite du développement a coexisté avec le démarrage d’une démocratisation politique. 

Les plans et schémas de développement concoctés par les pays développés et proposés aux sous-développés avaient des appellations variées : coopération, plan d’ajustement structurel (PAS), partenariat, aide au développement, initiative pays pauvres très endettés (PPTE) etc. 

Certains pays, comme le Gabon, optèrent pour le schéma rostowien qui valorisait la notion, non pas « d’émergence économique », mais celle de « décollage économique » qui fut intégrée et insérée dans la phraséologie et le discours politiques, par les intellectuels de l’époque qui voulaient paraître savants. 

La preuve a été donnée par l’inapplication du « Libéralisme économique démocratique et concerté » dont la médiocrité des résultats n’avait d’égal que l’allégeance faite au Chef du cartel des riches. 

Les africains ont rarement élaboré une « économie politique » fondée sur les réalités locales et appliquée par un groupe de patriotes rigoureux, sérieux, compétents débarrassés de toute envie de s’enrichir rapidement et abondamment. Les offres et les propositions de progrès des personnalités politiques sous la forme de « projet de société » ne traduisent et n’intègrent qu’imparfaitement les grands maux  qui retardent et déstabilisent les sociétés noires. Et, quand un projet contient quelques menues solutions aux difficultés réelles en présence, comme le projet « Les Actes pour le Gabon » d’Omar Bongo Ondimba, son exécution est annihilée par la paresse et les détournements des fonds et des objectifs par ses responsables. 

Certains projets porteurs de dimension nationale, initiés avec l’appui des partenaires étrangers, n’ont pas débuté ou ont été purement et simplement abandonnés, par ce que des « rétro commissions » n’ont pas été versées à certains cadres ou politiques. 

En français facile, émergence signifie l’apparition, la naissance soudaine ou graduelle et progressive d’un phénomène. L’émergence n’est nullement une génération spontanée, qui survient ex nihilo. 

L’émergence telle que vécue par les pays qualifiés à ce jour de « émergents » est un parcours long, exigeant, collectif qui nécessite rigueur, méthode, expérience et sérieux. Un peuple ne peut pas émerger en rejetant ses valeurs culturelles fondatrices, en dansant et en festoyant sur un gisement d’or (comme dirait un salaud à P.C. Akendengue) dont la commercialisation doit permettre des entrées de fonds pour le développement de la multitude. 

Les pays comme le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique du sud, la Turquie, l’Arabie Saoudite, l’Indonésie, l’Argentine et le Mexique etc. qu’on qualifierait actuellement de pays émergents, ont mis en place un cadre logique originaire reposant sur des objectifs, des standards, des normes et des critères d’évaluation de l’exécution des actions planifiées. 

Espérons que les dirigeants des Etats noirs d’Afrique qui font le choix de l’émergence ont conscience de la mesure et du degré de leur engagement à la fois, vis-à-vis de leurs administrés, vis-à-vis des pays émergents et vis-à-vis des autres pays du monde. Tout comme ils doivent savoir qu’ils ne peuvent continuer leur œuvre que s’ils restent au pouvoir après élection ; aussi, la fixation officielle d’une échéance datée (l'année 2025 au Gabon) pour l’émergence des pays, et son affichage public deviennent des composantes des enjeux de la démocratie, de la transparence électorale, de l’alternance politique et de la bonne gouvernante. 

L’imbrication de la démocratie, de la gouvernance et de l’émergence deviendrait source de blocage, si les dirigeants ne se montrent  pas sages, réformistes, volontaires et décidés à impulser le progrès social pour les masses populaires nécessiteuses. 

Le terme émergence, est sorti du projet politique du candidat Ali Bongo et, il est en train de s’installer pour longtemps (2009-2025 : 16 ans), dans la théorie et le discours politiques officiels du Président Ali et de ses collaborateurs. 

L’affirmation et le vœu « de faire du Gabon un pays émergent en 2025 » comme objectif stratégique semblent relever de l’excès de langage et de confiance d’une part, et de l’autre, de la sous évaluation ou de la méconnaissance des avatars dus au processus. 

Les préalables, les exigences et les difficultés liés à l’émergence d’une économie sous-développée auxquels se greffe une ferme demande de démocratisation politique du peuple, exigent un consensus et une accalmie sociopolitiques structurels, durables pour le pays. 

Certes, on peut noter que l’émergence économique des pays ainsi qualifiés s’est accompagnée des régimes et des Etats forts, presque dictatoriaux ou fascistes, à l’exemple de la Chine, de l’URSS, de l’Afrique du Sud, du Brésil etc ; tout en se démarquant  ou en adoptant le libéralisme classique. Pour créer les conditions favorables à l’émergence, l’Etat doit devenir interventionniste en reprenant le contrôle de toute la société : secteurs productifs des richesses nationales…prises de participation aux capitaux des sociétés, création des agences, des entreprises, des banques, des assurances, des fonds ; partenariats avec le privé etc. 

Parallèlement, et au risque apparaître tyrannique, il doit réduire ou étouffer la contestation sociale qui émanerait des acteurs politiques, de la société civile et des médias déraisonnablement critiques. 

Nulle part au monde, l’émergence ne s’est accommodée avec la liberté d’expression. Elle privilégie l’expansion économique au détriment de la démocratie politique qu’elle rabaisse. Très peu de pays actuellement qualifiés d’émergents ont concomitamment fait la promotion de l’expansion économique et celle des libertés démocratiques. L’émergence est pour ainsi dire, le retour au « tout Etat » ; à l’Etat dominateur. Par conséquent, opter pour l’émergence devient un choix institutionnel et politique ; c’est aussi le choix involontaire d’une véritable réforme de la société pour son progrès, son indépendance économique et sa souveraineté : choix difficile mais louable qui consolide l’indépendance politique ; à condition, répétons-nous, d’être conduit et géré par des patriotes politiquement talentueux, sérieux, compétents, détribalisés et peu corruptibles…

En 2025, le Gabon ne sera pas un pays émergent. Tout au plus, il sera un « pays en voie d’émergence ». 

Qu’on l’accepte ou pas, et malgré les maladresses et les abus, la vérité est que, tout ce que font les pouvoirs publics gabonais doit se comprendre comme l’assemblage des conditions optimales indispensables pour la confection des fondations solides pour le progrès futur du Gabon. 

In fine, l’émergence est un vaste plan de sortie du sous-développement qui vise à créer un cadre propice pour des activités économiques rentables pour assurer une meilleure évolution du taux de croissance et donc de la richesse du pays. 

Un pays du tiers monde ne serait qualifié d’émergent que lorsque chaque secteur d’activité reposera sur des infrastructures spécifiques solides, que le nombre de nécessiteux baissera notoirement et que les besoins vitaux basiques du grand nombre seront satisfaits (santé, logement, emplois, transport, éducation, démocratie). 

Pour l’heure, le Président Ali Bongo et les siens manifestent la volonté de positionner le pays sur la voie de l’émergence, en mettant en place des instruments y relatifs, et un contexte sociopolitique conformes au démarrage du processus. 

Cette phase préparatoire du positionnement du Gabon sur la ligne de départ en direction de l’émergence, se tisse au moment où d’autres pays de la sous région ont opté pour la même stratégie. De là naîtront des convergences d’intérêts, de vues, de pratiques et des réalisations. 

C’est maintenant que ces chefs d’Etat doivent former de solides équipes de travail pour accompagner l’exécution des programmes et des projets qui doivent agréger les différents pans de leur société. 

Parmi ces projets se trouve, à court terme, la prochaine élection présidentielle gabonaise de 2016…

DE L'EMISSION DES BONS DE TRESOR PAR L'ETAT GABONAIS DANS LA ZONE CEMAC.

Certes, il est difficile de mobiliser tous ses amis et frères au moment souhaité ; en particulier en cas de difficultés. L’émission de l’emprunt par le Gabon à travers les bons de trésor a mobilisé la majorité des pays membres de la CEMAC, en particulier le Cameroun, très impliqué et dont le dynamisme économique et financier, notoirement connu y est manifeste. 
L’unanimité étant rarement de ce monde, l’absence de la Guinée Equatoriale, dans ce plan gabonais, peut faire l’objet de plusieurs interprétations. C’est notre préoccupation.

Deux prestigieux cadres du Gabon, femme et homme, qui du reste, se connaissent bien, pour avoir valablement travaillé ensemble, Madame le ministre du Budget et Monsieur le ministre de l’Economie, sont « interpellés dans la presse» pour l’opération d’emprunt que l’Etat à lancé sous la forme de bons du trésor. Les deux responsables sont connus pour leur compétence que pour leur sérieux. 

Toutefois, une question se pose : comment et pourquoi en sont-ils arrivés à emprunter des sommes qui représentent peu au regard des données financières, comptables et autres agrégats économiques du pays ? 

Les 2 émissions des bons de trésor, par le Trésor public gabonais, a pour but de se procurer un montant de 25 milliards F CFA liquides, à court terme, disons « à vue », pour le compte de l’Etat. Cette somme est bien en deçà des besoins de règlements des rémunérations, revenus et salaires qui forment la dépense mensuelle répétitive la plus sensible qui grève les finances publiques. 

Examinons ce montage financier à travers les informations officielles les plus simples qui ont été mises à la disposition du public. 

D’abord, le premier Communiqué, daté du 2 Mai 2013 est signé de Luc Oyoubi, Ministre  de l’Economie, et par ordre, du Ministre délégué auprès de Madame le Ministre du Budget qui était certainement absente de Libreville ou empêchée au moment de la signature. Il porte sur 10 milliards de F CFA. 

Quant au communiqué du 16 Mai, paru 14 jours plus tard dans le journal l’Union, il est signé des deux ministres « titulaires » Rose Christiane Ossouka Raponda, Ministre du budget, des comptes publics et de la Fonction Publique et Luc Oyoubi de l’Economie, pour 15 milliards. 

Les communiqués nous informent que ce sont des « bons de trésor assimilables », que les souscriptions se font respectivement auprès de 9 et 10 banques ou établissements de crédits agréés CEMAC dont :  4 camerounais (Afriland first bank, Ecobank Cameroun, Union bank of Cameroun limited et société commerciale de banque au Cameroun),  3 gabonais (BGFI Gabon, BICIG Gabon et Union Gabonaise de banque), 1 congolais (Crédit du Congo) et 1 établissement centrafricain (Ecobank Centrafrique) dans la première annonce. 

Et, l’émission du 16 Mai indique 10 banques dont 5 Camerounaises (+1), 3 gabonaises, 1 congolaise et 1 centrafricaine. 

L’échéance est de 13 semaines et « les intérêts sont précomptés sur la valeur nominale des bons, les intermédiaires étant les banques CEMAC désignées « Spécialistes en Valeur de Trésor : SVT » par le Ministère de l’Economie. 

A n’en pas douter, l’Etat a émis ces bons de trésor pour des besoins conjoncturels de ressources. S’il est dit que les intérêts sont précomptés sur la valeur nominale des bons, en revanche, on ne sait rien du taux d’intérêt retenu pour la rémunération des sommes libérées ou empruntées. C’est dire que ce sont des bons du Trésor à taux fixe, aux intérêts précomptés, donc payés d’avance en fonction de la durée. 

Ce type d’opération est  parfois répétitif et traducteur d’une passagère contraction financière. Le recours à l’emprunt ne signifie nullement que l’Etat est en cessation de paiement ou en faillite. Du reste, même en difficultés de paiement, un Etat réussit toujours à trouver des prêteurs sur les marchés financiers, ou auprès des bailleurs publics. 

Aucun Etat n’a jamais été emprisonné pour n’avoir pas payé ses dettes. La forte implication des institutions financières camerounaises dans ce pool bancaire est la démonstration des relations conviviales qui semblent se tisser graduellement entre ces deux pays qui sont liés par l’histoire, par la proximité géographique et par les échanges commerciaux et autres. 

Indubitablement, le Cameroun est le pays qui peut servir de locomotive à la création d’un espace économique, commercial et financier communautaire intégré pour propulser l’émergence économique de la sous région CEMAC. 

Le couple Cameroun-Gabon qui se forme et s’affirme ne doit pas faire oublier la nécessité de solidarité et la fraternité indispensables au progrès de tous. La Guinée Equatoriale, le Congo et les autres Etats ont leur place dans la construction et la mise en œuvre d’une stratégie de sortie du sous-développement par l’émergence de nos pays. 

Dans cette perspective, aucun pays ne doit afficher une tendance hégémonique, se marginaliser ; ou être écarté du groupe.

C’est à ce niveau que deux faits, aux connotations politiques non négligeables, sont à signaler : d’abord, que le Président gabonais, Ali Bongo est le Président en exercice de la CEMAC ; ensuite, que les banques de deux Etats de la CEMAC, la Guinée Equatoriale d’Obiang Nguema  Mbasogo et le Tchad d’Idris Deby ne sont pas parties prenantes dans la liste des établissements prêteurs retenus pour le montage financier au profit du Gabon. 

Question : pourquoi le Gabon s’obligerait-il à emprunter  25 milliards à court terme ? 

En somme, une opération « immédiate », généralement traductrice, soit d’un urgent besoin de liquidités lié à une tension de trésorerie, soit d’une nécessaire opération politique destinée à jauger et tester la solidarité, le degré d’entente, d’intégration, de mobilisation et d’implication des Etats membres dans les actions concertées de la CEMAC. 

A l’évidence, l’opération comporte trois principaux aspects : le politique, l’économique et le financier. 

Actuellement, le Gabon doit certainement traverser une zone de turbulence financière qui l’incite à s’adresser au secteur bancaire commercial (et pas à la BEAC !?...) de la sous-région. 

A ces observations s’ajoute, au niveau national, l’injonction faite, par le trésor public, aux retraités de présenter un « certificat de vie » au risque de perdre la jouissance de leur pension pendant 3 mois. 

Le communiqué et l’action du gouvernement sont de nature à étonner plus d’un citoyen intéressé par la Nouvelle Economie Politique Gabonaise (NEPG) qui destine le pays à l’Emergence. Cette surprise est d’autant plus grande que les chiffres officiels, s’ils sont véridiques, sont impressionnants. 

Les prévisions budgétaires 2012 de l’Etat gabonais étaient de 2.453,1 milliards de FCFA contre 2.370 en 2011, soit une hausse de 82 milliards de FCFA (+3,4%). 

En 2013, le budget approuvé le 5 Janvier était estimé à 3.141,2 milliards. La surprise tombe quand l’on prend connaissance des données techniques des experts qui disent que :

« Le budget 2013 se caractérise par une augmentation significative (+74%) des dépenses d’investissement, s’inscrivant ainsi dans la stratégie du Gabon émergent rendue publique en décembre dernier. Cette politique volontariste s’accompagne d’un déficit budgétaire (2,3% du PIB) et d’un recours à l’emprunt, les revenus pétroliers du Gabon tendant à diminuer légèrement malgré des cours historiquement élevés… En 2013, les emprunts sont prévus à hauteur de 268,7 milliards liés aux investissements et 240 milliards d’emprunts d’équilibre, dont 100 sous forme d’emprunt obligataire local, 140 sous forme d’emprunt bancaire. Au total 508,7 milliards seraient empruntés en 2013, soit 16% du budget »

Ces perspectives étaient suffisamment explicites pour comprendre le recours à l’emprunt, même de 25 milliards, qui du reste, est d’un niveau très bas au regard des besoins potentiels affichés. 

En économie, et plus spécifiquement dans les opérations de financement des investissements ou de déficit de trésorerie pour le fonctionnement, le recours à l’emprunt-court et peu onéreux traduit le plus souvent, une insuffisance ou un déséquilibre de trésorerie transitoire entre les entrées et les sorties des fonds. 

La grande part des schémas de financement comporte un volet emprunt dont l’importance dépend des disponibilités détenues par le demandeur d’argent. Oyoubi et Ossouka qui sont des économistes chevronnés le savent parfaitement. Et, le fait de communiquer sur l’opération est très louable, courageux et surtout conforme aux bonnes pratiques de gestion de la « chose publique ». 

Tous les pays du monde, qu’ils soient développés ou sous développés ; industrialisés ou émergents sont endettés, parfois même très endettés. Cependant, les pouvoirs publics doivent se soumettre à l’obligation de transparence que dictent la bonne gouvernante et les bonnes pratiques de gestion de l’Etat. 

Les chefs politiques doivent davantage prendre en considération les orientations, les conclusions et les prévisions des experts et rendre compte aux populations des décisions qui engagent durablement leur vie et celle des générations futures. 

Ecoutons les experts financiers : 

« Parmi les dépenses de fonctionnement, les rémunérations occupent toujours la première place, représentant 17% de la dépense publique. De 2012 à 2013 le budget de la fonction publique s’est accru de 19%. La loi de Finances 2013 prévoyait de doter le Fonds Gabonais d’Investissement Stratégique (FGIS) de 144 milliards, alors que celui-ci n’a reçu que 14 en 2012, par rapport à un montant prévu de 276 milliards ». 

Au-delà du fait financier se trouve la donne politique relative à la cohésion, à l’harmonie et à la solidarité dans l’espace CEMAC. 

L’analyse montre que la position objective du Cameroun comme « tête de file » du groupe des prêteurs gabonais ; l’absence du Tchad, et surtout de la Guinée Equatoriale dont l’économie est réputée en pleine croissance et « surliquide » ne peuvent pas ne pas attirer l’attention. Qui ne jugerait pas invraisemblable, voire anormale, même si les raisons sont avérées, que la Guinée Equatoriale ne soit pas présente quand le Gabon fait un appel de fonds destiné à équilibrer une situation de trésorerie ? 

Quand au Tchad, il a de grosses obligations qui semblent l’absorber et le détourner quelque peu de ses voisins CEMAC. Que dire de la RCA qui, malgré la crise contribue au plan gabonais. Signe des temps ? Faut-il entrevoir une brèche dans la Communauté CEMAC du fait de l’absence de 2 membres sur 6 ? 

Bien que tous les Etats ne soient pas à mesure ou disposés à réagir de la même manière, on pourrait en toute logique s’étonner de la forme prise par cette mobilisation autour du Gabon "Emergent". 

Le temps a fait son œuvre, il est désormais loin, l’époque où il existait des bouderies diplomatiques ou protocolaires répétées entre le Gabon et le Cameroun. Présentement, l’axe Yaoundé-Libreville semble être en bon état, et se présente comme porteur d’un noble dessein pour les 2 peuples et d’un avenir prometteur pour tous ceux de la sous-région CEMAC.

1 août 2013

ENDELE... MELAN... MBA OBAME : POUVOIR ET FÉTICHISME POLITIQUE.

En Démocratie ou dans ce qui y ressemble,  la critique et la contradiction sont constitutives de ses  attributs. Cela ne veut nullement dire que la vie, la santé et l’état physique d’un homme affaibli et en dégradation deviennent objets de railleries ou de jouissance. Nous nous connaissons tous ou presque au Gabon pour avoir peu ou prou pris part aux importants événements qui ont marqué notre pays au cours des 30 dernières années. 

Quand l’un de nous est en situation de très grande précarité, caractérisée par la maladie pouvant se terminer par la mort, nous devons être mesurés et circonspects dans nos propos et compatissants par notre attitude. 

Nous n’avons pas le droit de nous réjouir des peines, des douleurs et des maux des autres. Quel que soit l’individu, son sexe, son ethnie, sa fonction, son appartenance politique et ses actes ; la morale nous impose la retenue. 

Personne ne souhaite souffrir, être malade, vieillir et mourir. Tout cela est inscrit en nous comme les étoiles à la nuit. 

Mba Obame est très malade, tout le pays le sait. Cela doit suffire pour  lui manifester un peu de respect, de considération et de fraternité. 

Mais, comme  le Gabon est désormais installé sous l’emprise du mal, plus rien n’a de valeur. Et, si les cadavres déchiquetés n’émeuvent plus grand monde, il est compréhensible que pour les impies, un corps malade et squelettique devienne source de défoulement  et de moquerie. 

La lutte politique est une activité, un jeu, un processus si tortueux qu’il faut y introduire un minimum de tolérance et de morale. Ceux qui jeunes ou adultes, ont connu la prison, la torture, la maladie, la solitude et les privations pour cause de positionnement politique, savent qu’aux moments de profondes détresses, l’on a besoin de savoir qu’il y a dans la foule des biens portants libres et heureux, des Êtres qui sont conscients de la douleur des souffrants. 

Certains médias ont publié,  avec des commentaires cyniques et idiots, des photos d’un AMO visiblement fatigué, amoindri et en partance… 

Qu’il soit fait par conviction, par haine ou pour  défendre des intérêts partisans, cet acte est odieux, inamical et diabolique. 

Nous avons combattu de puissantes personnes dans notre pays sans jamais souhaiter, ni leur mort, ni leur déchéance moral et physique. Le cynisme qui se dégage du traitement de l’image d’André Mba Obame par le « Douk Douk », n’a d’égal que l’horreur qu’un crime rituel exhale. 

La vie d’un humain n’a pas de prix, elle est à toute autre semblable, égale et appartient à Dieu. Seuls ceux qui considèrent que le mal peut conduire au bien blasphèment la vie. 

Notre chance est de pouvoir nous adresser à la minorité de gabonais qui lisent nos articles publiés dans ce blog. 

Cette tribune nous permet ce jour, sans être journaliste, de dire que trop souvent, certains hommes d’opinions franchissent trop facilement la ligne rouge qui est un élément constitutif de la morale. 

Quand on est prêt à tout pour gagner facilement de l’argent et pour durablement se positionner ou conserver une place du « bon côté politique », celui du pouvoir d’Etat, on se rend disponible au service de toutes les laideurs et des toutes les saletés. 

Les stipendiés de tous bords et les renégats à toutes les idéologies jamais à aucun pouvoir ne se rebellent, ni au pouvoir despotique, ni au pouvoir de l’argent frelaté dit argent du diable, argent du sang. 

Le patriotisme nous invite à servir notre pays sans passion et sans haine, en restant fidèle aux valeurs basiques qui font de l’homme une digne créature. Les honneurs faciles et l’aisance matérielle ne sont rien d’autres que souffle du vent et partant, passagers. 

A Mba Obame, tu as fait ce que certains de nos frères ont fait…de erreurs  fatales….Tu as commis les fautes qui se sont inscrites dans ton ascendance, ton Âme et ton Esprit. Tu ne peux pas ne pas savoir ce qui t’arrive et la manière dont ton va vers eux. Je te comprends parfaitement, sans être d’accord avec ta trajectoire. Retournes-toi vers ton père, ton grand père, ta mère et ta grand-mère. Visionne ton enfance, revis ton parcours politique et professionnel… Ouvre ta bouche et parle à ceux qui sont habilités à t’écouter. Tu le sais, tu es mon grand père par ton nom… MBA OBAME. 

Les photographies de toi publiées par le Douk Douk sont pathétiques. Elles m’ont totalement bouleversé. Puissent tes amis et frères ne te laissent point tomber et t’assistent.          

31 juil. 2013

D'ABORD L'INDEPENDANCE, PUIS LA RENOVATION...ET MAINTENANT L'EMERGENCE !

L’Afrique aux africains et le Gabon aux gabonais, dans un espace francophone des droits de l’homme, de liberté, démocratique, juste et solidaire. Il est communément convenu que sans indépendance économique, un pays n’est pas véritablement indépendant. 

Depuis 1960, date de la proclamation officielle de l’indépendance du Gabon, acquise sans lutte contre l’occupant colonial, l’histoire et l’évolution du pays sont marquées par la forte Irruption, tantôt amicale et parfois brutale de la France dans les activités économiques, politiques, institutionnelles et militaires de l’Etat. 

Après plus d’un demi-siècle (53 ans), le pays n’a connu que 3 dirigeants, dont le très long règne de 49 ans des Bongo. Les deux successions des Bongo, malgré des nuances, ont reposé sur des schémas similaires. 

Le premier changement de 1967 survint dans un contexte caractérisé par quelques faits majeurs qui sont : le coup d’Etat militaire, fomenté 4 ans seulement après l’indépendance, l’apparition sur la scène politique d’un personnage jusque-là inconnu des gabonais qui s’est positionné aux côtés du Président vieillissant et la maladie de ce dernier.

Le séjour en France de Mba, pour des soins, était l’un des éléments du plan de succession concocté par les autorités françaises. C’est ainsi que l’Ambassade du Gabon en France a servi de territoire et l’ambassadeur de l’époque, d’autorité légale. La France de De Gaulle avait déjà choisi et repéré le futur président en la personne d’Albert Bernard Bongo (ABB), ressortissant d’une ethnie minoritaire. Les auteurs-compositeurs-acteurs de la prise de pouvoir d’ABB étaient : le Président De Gaulle, J Foccart, l’ambassadeur de France au Gabon (S.E Quirielle), les milieux pétroliers, miniers et forestiers et naturellement les services de renseignements et d’espionnage placés autour de Mba, ce dernier ayant lui-même été porté au pouvoir par la France et les milieux d’affaires français de Droite installés au Gabon. 

Vint ensuite le tour de Bongo. 

La France qui venait d’octroyer, 7 ans auparavant, l’indépendance au Gabon puis sauver le régime de Mba en intervenant militairement 4 ans après cette indépendance dans un nouveau « pays souverain », s’obligea à donner à son plan, un caractère légal. Le pays des droits de l’Homme et de la Liberté usa d’un subterfuge juridique qui a consisté à manipuler la constitution d’un Etat de droit en faisant en sorte que Mba et Bongo formassent une candidature unique pour les postes de Président et vice-président. Du jamais vu sous d’autres cieux africains. Malgré les timides contestations de certains leaders politiques et intellectuels au Gabon et à l’étranger, tout se déroula dans le calme et la paix. Bongo succéda à Mba et séjourna, en toute tranquillité, 41 ans au sommet de l’Etat. 

Les temps ayant changé, la France de Sarkozy de 2009 a fait autrement… 

Après la candidature en "duo" et consensuelle Mba Minko-Bongo, le Gabon a eu droit 42 années plus tard à la confrontation entre André Mba Obame (AMO) et Ali Bongo Ondimba (ABO), deux "potes" qui n’ont pas su manœuvrer…  

De même qu’une réforme portant modification de la constitution par la France avait permis de préparer, faciliter et valider la prise de pouvoir d’Albert Bernard Bongo, une réforme institutionnelle permit de créer un Sénat au Gabon, préparant ainsi le début du plan, du côté gabonais, de la succession d’Omar Bongo. 

Trois principales dispositions avaient attiré l’attention des observateurs-analystes dont la nôtre : 

   1 - la nomination à la présidence du Sénat du plus fidèle compagnon politique d’Omar, celui-là même qui était témoin et ouvrier de son ascension politique ; 

   2 - en cas de vacance de la fonction présidentielle, l’intérim de l’Etat est assuré par le Président du Sénat; 

  3 - l’impossibilité pour le président du Sénat à se porter candidat à l’élection présidentielle…

Peut-on considérer comme un fait du hasard, banal et anodin les nominations de Mba Obame et d’Ali Bongo aux stratégiques ministères de l’Intérieur et de la Défense, complétées par la nomination de dame Rose Francine Rogombé, et pas Coniquet, à la direction de l’Institution en charge de l’intérim ? 

Ces éléments locaux étaient constitutifs du plan franco-gabonais à la succession d’Omar Bongo. De là à dire que la mort subite de G Rawiri a été un élément facilitateur de l’exécution du plan devient une vérité de La Palice. 

André et Ali ont commis l’erreur de ne pas s’accorder sur la prise et la gestion partagées du pouvoir d’Etat, parce qu’ils avaient la même envie pour l’unique fauteuil. Les différences entre les deux plans de prise de pouvoir des deux Bongo sont que la première succession avait été accompagnée par le président Mba mourant alors que la seconde s’est faite après le décès du détenteur du pouvoir qui a laissé derrière lui une situation conflictuelle, incompréhensible et désolante de la part d’un Chef réputé sage. 

C’est l’occasion de rappeler que seuls les profanes qui ne connaissent pas l’histoire politique du Gabon n’ont pas compris et ne comprendront jamais le désistement de Casimir Oye Mba de l’élection de 2009 quand bien même Casimir Oye Mba aurait gagné à mieux gérer avec classe sa décision… 

Le côté sale de la politique fait d’elle une activité dangereuse. Dans ce cas, la politique fait partie des jeux de la mort, au même titre que la roulette russe, les duels, à mort, des seigneurs d’antan ou des cow boys du far west américain. 

Visiblement, les deux Bongo s’étaient préparés à leur arrivée au pouvoir avec des préoccupations dissemblables. 

Omar arrive avec un programme à fort contenu politique pour faire face à une situation réelle qui pouvait le contrarier. Les partis politiques (CMG-BDG-UDSG-PUNGA- etc.) en présence s’étaient formés sans lui. Ils étaient sous le contrôle des intellectuels et des ressortissants des ethnies majoritaires miènè-pounou-fang-eshira. En conséquence, sa priorité est de les dissoudre et de créer son propre parti en associant l’ethnie majoritaire zebi silencieuse et quelque peu marginalisée. 

Né du politique, le régime d’Omar va exceller dans la politique. Au commencement, il crée le PDG par transformation du BDG et explique que : 

« Au terme d’un périple à travers toutes les régions du Gabon,…J’ai pris la grande décision de créer un parti unique qui s’appellera le PDG…Si le BDG a gouverné le pays, cela ne signifie pas que le BDG était blanc comme neige. Ceux qui ont fondé le BDG avaient une autre conception, les militants en ont donné une autre…A partir d’aujourd’hui, il y a un seul et unique parti, le Parti Démocratique Gabonais » (discours du Secrétaire Général A. Bongo, le 12 mars 1968- Voir : "Histoire du PDG, les grands textes"., par Pierre R. Saulet - Page 17). 

Quant à Ali Bongo, il arrive au pouvoir après avoir voyagé, exercé le pouvoir, tissé des contacts, consulté des alliés, observé les gabonais et leurs chefs. Ayant hérité du PDG, il arrive en 2009 avec un projet plus économique que politique, placé sous le signe de l’émergence. 

Contrairement à son prédécesseur, Ali à l’avantage d’être « européanisé » et tourné vers le « modernisme », son malheur est de ne pas être profondément ancré dans nos traditions (même s’il est initié). Il donne l’impression d’être plus attentif à l’économie qu’à la politique où ses lacunes sont perceptibles. 

Cependant, sa volonté de faire du Gabon un pays émergent sonne comme une note d’espoir pour tous ceux qui connaissent le processus économique qui a conduit les pays contemporains à l’émergence. Le projet d’Ali contient certains signaux que sa timide et maladroite mise en œuvre tarde à confirmer clairement pour convaincre. 

Depuis l’indépendance, en 53 ans, aucun des chefs d’Etat qui a dirigé le pays, n’a jamais été choisi et élu librement par les gabonais. 

Mba devient président avec l’appui des politiques français et après avoir "roulé" Gondjout, Anguilet et Aubame avec la complicité des forestiers dont Roland Bru. 

Omar Bongo a été choisi par les français. 

Ali Bongo a bénéficié du soutien visible du régime de Sarkozy en 2009, soutien que Mba Obame et autres n’ont pas réussi à arracher… 

Dans son ouvrage intitulé « Foccart parle », écoutons ce qu’il dit de l’arrivée d’Albert Bongo au pouvoir. L’auteur nous décrit brièvement, avec des incohérences invraisemblables, mais suffisamment clairement pour comprendre le montage qui avait été mis en place, par la France de Droite, pour installer Bongo au pouvoir. Dans le passage baptisé «L’examen de passage de Bongo », il déclare que :

« Ce qu’il y a de vrai, c’est que Mba a besoin d’être soutenu (avant et après le coup d’Etat de 1964)… que notre ambassadeur a laissé un beau gâchis, que les partisans d’Aubame s’agitent et cherchent une revanche, que l’ambassadeur des Etats-Unis qui est un ancien de la compagnie pétrolière MOBILl, est très actif, et que le Gabon est un pays important, bien que peu peuplé. Toutes ces raisons, auxquelles s’ajoute la grande confiance que me témoigne Léon Mba, font que je m’occupe beaucoup de ce pays (P.276)… » 

« J’ai appris en janvier 1965 qu’il (Mba) était atteint d’un cancer. Peu après, c’est lui qui a abordé le sujet en toute netteté (P.277)… Il a passé en revue tous ses ministres, pour constater qu’aucun ne serait capable de décider seul et de tenir sa décision. Nous avons élargi le champ de recherches, et nous sommes arrivés ensemble à la conclusion que son directeur de cabinet, Albert Bernard Bongo, âgé de 30 ans, qui n’avait pas une grande formation, mais qui avait de la personnalité, du courage et de la volonté, était la plus capable (P.278) ». 

Pauvre Foccart qui raconte des sornettes sur les intérêts d’un peuple qu’il considérait comme esclave. Le colonialiste ajoute : 

« …Là-dessus, Léon Mba m’a dit « Ecoutez, nous avons peut-être raison, mais nous n’avons pas vu Bongo à l’œuvre, livré à lui-même. Alors, je voudrais que vous lui fassiez passer un test sans le lui dire. Je vais l’envoyer en mission à Paris. Je vous demande d’obtenir pour lui une audience du général de Gaulle, que vous mettrez dans le jeu et qui vous fera part ensuite de ses impressions…Le test s’est bien passé »…« Celui qui allait devenir le second président de la République du Gabon, et un président de qualité, ne l’a jamais su ». Bongo, dit Foccart, « était à bonne école, mais il n’avait pas d’expérience vraiment politique. Il fallait donc lui donner une formation accélérée et le propulser. Mba n’y est pas allé par quatre chemins : en septembre 1965, il l’a nommé ministre délégué à la Présidence de la République chargé de la Défense (?!!) et de la Coordination, c’est-à-dire, en fait, chef du gouvernement (P.278) ». 

Ce voile levé sur la première succession étatique du Gabon n’a d’intérêt que pour comprendre l’histoire politique réelle de notre pays et se prémunir de l’avenir.  La suite, dit Foccart « a été réalisée à Paris, où Léon Mba a été hospitalisé au mois d’août 1966 à l’hôpital Claude Bernard. Le plus sûr était d’organiser la succession automatique, selon le modèle américain. Encore fallait-il réviser la constitution, puis faire élire le président et le vice-président. Les textes ont été préparés discrètement par Jacques Jouhaud et René Journiac, selon les directives de Mba. Le secret a été gardé jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la diffusion au Gabon de l’allocution de Léon Mba annonçant la réforme constitutionnelle et la candidature de Bongo, le 14 novembre 1966. « Nous avions préparé le brouillon du discours, et Mba l’avait corrigé. Il l’avait enregistré à l’hôpital avec le concours discret que j’avais obtenu de deux techniciens de la Radiodiffusion française, et l’enregistrement avait été envoyé à Libreville. Le référendum constitutionnel et l’élection présidentielle se sont bien passés (P.279) »

Que c’est merveilleux ! Voilà comment l’étranger se substitue aux institutions africaines et les manipule pour asseoir leur puissante domination en Afrique par fantoches interposés. 

Foccart était un esclavagiste qui a humilié les africains pendant des décennies. L’analyse de ces passages provoquerait des réactions de haine à l’égard de la France, ce beau pays que nous aimons….Mais tout cela, quoique du passé, nous interpelle encore et toujours. 

Il est temps que le peuple devienne le donneur du Pouvoir, librement et dans la transparence… Patriotes, Vive le Gabon ! Vive la Liberté !  





30 juil. 2013

LES EMBARRAS, LE MAL-ETRE ET LES VILS MAUX DE LIBREVILLE

Il ne fait aucun doute que l’augmentation rapide de la démographie urbaine d’un pays, par le fait de l’évolution des naissances  et surtout de l’immigration étrangère, pose des problèmes multiformes et multidimensionnels qui affectent davantage les vies des simples gens que celles des personnes nanties. Libreville, notre capitale en est la parfaite illustration quand bien même les gouvernants ne semblent point considérer ce phénomène comme une situation devenue extrêmement critique. 

Au cours des deux dernières décennies, la population de Libreville a connu une croissance anarchique si vertigineuse que l’on voudrait savoir où se trouvent la rationalité, l’efficacité et la fiabilité des politiques d’immigration des gouvernements qui se sont succédé à la direction du Gabon durant cette période. Outre les nationaux, la population du Gabon est formée d’un mélange des ressortissants de tous les continents du monde, avec une prépondérance des immigrants en provenance de l’ouest africain francophone et anglophone. 

Nombreux responsables étatiques  se sont parfois rendus complices de l’entrée  aisée et facile au Gabon de certains étrangers et de l’acquisition rapide de leur naturalisation. Libreville est la capitale d’un pays pétrolier. Par essence, cette caractéristique exerce sur les individus des pays étrangers un effet attractif lié à l’espoir de venir y réaliser des affaires rentables en un laps de temps court. Cette tendance est confirmée par la réalité gabonaise, pays de promotion des affaires, d’enrichissement facile, d’expansion et à forte rentabilité des activités commerciales, le Gabon, et Libreville en particulier, est désormais un lieu où cohabitent des personnes qui ont pour unique objectif de profiter de tout ce qui peut leur apporter un revenu sous n’importe quelle forme. 

"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout est transformable"...en argent ! Y compris l’évangile du Christ qui sert de source sûre d’enrichissement à certains « prélats » véreux et vénaux dont le dégoûtant enseignement religieux s’accompagne de comportements de truand malfaiteur. 

Libreville est devenu le royaume des affairistes, des raiders et des mafieux. Ce qui est volé est destiné à la vente, et payé la plupart du temps, en monnaie de singe. Tout doit rapporter de l’argent : des parties retirées d’un corps d’homme ou de femme, dites « pièces détachées », au plus médiocre téléphone portable oublié et récupéré sur le siège d’un taxi ou sur un comptoir de bistrot. Hommes, femmes, jeunes, adultes et vieux nationaux et étrangers sont engagés dans une folle course à la quête effrénée des éléments de vie qui les transforme en véritables esclaves-barbares d’un genre nouveau. Et, face à l’impunité généralisée, ils n’hésitent pas à endeuiller les familles. 

A ce jour, malgré les arrestations officielles publiées dans les médias et les interrogatoires légaux effectués par les agents de sécurité et les officiers de justice qui ont certainement permis de recueillir les aveux de ces scélérats, aucun d’eux et/ou leurs récidivistes commanditaires n’ont jamais été jugés et condamnés. La vie à Libreville a des conséquences très dangereuses qui sont confirmées par la grande  insécurité qui se manifeste dans les violences de tous ordres : viols, vols, incestes, braquages, assassinats, contestations et répressions violentes, faussaires, drogues, surpopulation, irrégularités dans la fourniture de l’eau et de l’électricité et leur mauvaise qualité…  précarité qui sont autant de misères que les journaux de toutes les obédiences nous relatent à travers des faits divers sacrilèges, pitoyables et macabres. 

Bref ! il faut trouver des solutions à  ces nombreux maux socio-humains qui agacent et perturbent la vie des librevillois. 

A ces problèmes se greffent ceux relatifs, aux accidents de circulation mortels, aux tracasseries liées aux déplacements en taxis et clandos, aux embouteillages, au déficit de logements, à l’insalubrité des quartiers où les points de dépôts des ordures ménagères sont devenus des zones d’incubation des virus et sources de maladies en provoquant des malaises respiratoires qui déstabilisent le corps et lui donne une permanente sensation de lassitude. 

Les gestionnaires de la vie des citoyens semblent indifférents à ces maux structurels. Ils donnent l’impression de ne point prendre ou avoir le temps de chercher et de leur trouver des remèdes qui doivent faire l’objet des priorités pour assurer leur bien être et leur bien vivre. 

Ces problèmes qui n’ont jamais été pris à « bras le corps » se sont amplifiés parallèlement à la surpopulation qui est alimentée par une laxiste politique d’immigration et une mauvaise insertion sociale de nombreux immigrés. Les premiers acteurs qui doivent proposer les solutions sont naturellement les membres des conseils municipaux et les responsables administratifs étatiques. 

Les flux migratoires ont provoqué une répartition géographique des résidents avec un accent sur les zones où les activités économiques offrent diverses opportunités de gains. Du côté de la nourriture, le Gabon, dont la production des vivres est insignifiante, n’assure la demande alimentaire de sa population, aux habitudes et besoins nutritifs devenus multiformes,  que grâce aux importations en provenance des pays voisins ou des pays d’où sont originaires les immigrés qui conservent intacts leurs habitudes alimentaires, leur mode de vie et leurs pratiques religieuses. 

Concernant la circulation, face aux difficultés de se déplacer en voiture dans la ville, l’installation par endroits des feux tricolores régulateurs de trafic constitue un début de solution. Cette initiative, qui est critiquée par certains, sans être la solution la plus adéquate, représente bien une avancée pour le traitement de ce mal. Cependant, elle doit s’accompagner d’autres actions. Ainsi, il serait indiqué et  judicieux d’encourager et de rendre facile le passage des véhicules dans les voies secondaires, souvent cachées, qui sont de véritables « issues de secours et de délestage » susceptibles de désengorger petitement les axes les plus fréquentés et encombrés. 

Il serait tout aussi convenable d’envisager l’implantation, après avoir bitumé toutes les ruelles en mauvais état, et après la fermeture de tous les nids de poule, de planter à travers toute la ville, suivant la configuration des quartiers et des agglomérations, des panneaux indicateurs des « sens obligatoires », « sens interdits », « interdictions de stationner » etc qui complèteront ceux des « stop » dont le mauvais positionnement par endroits, gène la bonne visibilité des chauffeurs. 

Surtout, il faudrait réorganiser les brigades policières des « gardiens de la paix » et leur confier la surveillance et le respect de cette signalisation dans toute la ville. 

Ces actions, sans réellement être des solutions définitives et satisfaisantes, constituent un expédient destiné à parer au plus pressé. Les piétons souffrent d’un mal autrement bien douloureux. En effet, cent francs CFA (100 francs FCFA) ne suffisent plus pour un déplacement en taxi d’un endroit à l’autre de Libreville. « Il faut miser » ! C’est dire que l’incontournable loi du marché de l’offre et de la demande a pris sa vraie mesure avec l’augmentation des habitants et leur besoin de transport. Mis à part quelques taxis bus, l’on ne trouve plus, ou très exceptionnellement un taxi flambant neuf à Libreville, tous les taxis et clandos sont des véhicules d’occasions vendus par des étrangers dans de parkings-dépôts positionnés à travers toute la ville. 

Tous ces vieux tacots sont en règle et remplissent toutes les conditions légales et techniques pour  circuler librement, y compris la visite technique dont la non délivrance interdit de circulation les voitures en très mauvais état. 

Dans une publication passée (à lire ici), nous avons abordé les questions relatives au traitement des ordures ménagères par la SOVOG et à la distribution de l’eau et du courant par la SEEG qui avaient été tancées par l’Etat, leur partenaire. 

Il y a quelques semaines, les journaux nous ont informés du départ de Monsieur François Ombanda de la SEEG, ce cadre compétent, discret et courtois qui faisait preuve de modestie et d’humilité… Nous attendons de connaitre les dispositions prises par les pouvoirs publics pour guérir les maux que SOVOG et SEEG causent aux citoyens. 

Libreville, la belle cité de notre douce jeunesse, ressemble désormais à cette bête femelle immonde qui, après avoir mis bas, bouffe ses petits et se montre la gueule ensanglantée en se léchant les babines de plaisir. 

Pauvre bête qui devient objet de convoitises politiciennes des stipendiés de tous les temps qui veulent la gérer, non pas pour le bien des citadins, mais pour leur gloire et leur profit.