26 janv. 2014

DISCOURS DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE : CE QUE LE CHEF DE L'ETAT A DIT...CE QU'ON LUI A FAIT DIRE !

Dans aucun pays au monde, un chef suprême ne prend la plume pour rédiger intégralement ses discours. Chaque Chef d’Etat forme un groupe de rédacteurs choisis suivant certains critères dont deux sont essentiels à savoir : la connaissance et la maîtrise de sa pensée et de son programme politique et, la qualité et le bon style rédactionnel des écrivains sélectionnés… 

Les observateurs nationaux et internationaux assidus qui s’intéressent, depuis des années, à la politique gabonaise peuvent constater des différences entre les discours présidentiels du PDG-rénovation et ceux du PDG-émergent. 

Il est vrai que les hommes ne sont plus les mêmes, les niveaux de formation et d’expérience aussi… En comparaison, les nouveaux discours sont moins lourds, peu cohérents et de faible portée…   
« Depuis 2009, notre pays est un vaste chantier pour construire le Gabon émergent…de nombreux projets ont pris corps. Ils ont permis de consolider les fondamentaux Paix, Développement et Partage »
Quatre ans après sa prise du pouvoir, et dans la ligne droite qui mène à la présidentielle de 2016 (qui ne doit être reportée sous aucun prétexte), c’est avec une attention particulière que nous avons pris connaissance de l’allocution adressée par le Chef de l’Etat à son peuple. 

Aussi, nous avons tenu à examiner et à commenter très rapidement, de façon critique, ce que le Président gabonais a dit ou ce que les auteurs de son discours, du 31 décembre 2013, lui ont fait dire à ses compatriotes.

Une fois de plus, le « comité » qui a formalisé et traduit en discours la stratégie politique, économique, financière et sociale d’émergence du Gabon du Chef de l’Etat, a fait une présentation quelconque des projets en « cours d’exécution » y relatifs, qui doivent désormais constituer les supports permanents d’appui et d’accompagnement de ses discours.

Le caractère solennel de cet évènement, qui a lieu deux fois par an (31 décembre et 17 août), n’a été à peine perceptible que dans la restitution dynamique du texte par un orateur qui se voulait convaincant et convaincu. 

Objectivement et malheureusement, une fois encore, l’argumentaire n’a pas été suffisamment robuste. 

A la lecture, on s’aperçoit clairement que le discours présidentiel est mal agencé, il est déséquilibré et composé de paragraphes aux articulations incohérentes. 

On a l’impression que le discours est le produit de quelques rédacteurs et qu’il a été confectionné à partir des parties éparses reliées bout à bout, sans une synthèse logique de l’assemblage de celles-ci. Et pourtant, ce ne sont pas les éléments à mettre en valeur qui manquent aux émergents. Ce qui rabaisse davantage la portée des propos présidentiels, c’est le mode de présentation qui est fait de thèmes disparates, jetés pèle mêle. 

Ces thèmes ne sont pas hiérarchisés et ordonnancés… Et surtout, dans ce mode de communication, certaines données importantes n’y ont pas de place, et peuvent, de ce fait, paraître saugrenues, à l’exemple du « parachutage » des montants des ressources relatives à l’emprunt international et à la dotation du FNAS (700 et 300 milliards). 

Toujours est-il que l’orateur s’est montré serein et décontracté, confiant, sûr et certain que son action donne une impulsion au pays. Nous étions loin de l’image qui se dégageait de lui lors de l’allocution prononcée devant le parlement et le sénat  réunis en congrès, image d’un président nerveux, excité, prêt au combat contre ses contradicteurs. 

Ce changement pourrait s’expliquer par l’autosatisfaction qu’Ali tire des avancées qu’il constate, malgré des retards, dans la mise en œuvre des projets contenus dans « l’avenir en confiance », qu’il a naturellement vanté. 

Quant au contenu, c’est certainement l’un des discours le moins bien argumenté depuis son accession au pouvoir en 2009. Les  thèmes aussi importants que la paix, le dialogue, la biométrie, la solidarité, le patriotisme n’ont été qu’effleurés. Il a parlé de « Paix, Développement et Partage » en les illustrant par  la biométrie : 
« Je me réjouis de ce que la mise en œuvre effective de la biométrie ait été une occasion de consolider notre démocratie ». 
Et le président de la république de remercier les acteurs politiques et les autres instances pour « le bon déroulement d’un scrutin libre et transparent qui contribue à renforcer davantage la crédibilité et le prestige de notre pays ».  

Tout citoyen, celui qui est garant des institutions le premier,  a le droit d’apprécier à sa manière les évènements sociopolitiques du pays. Concernant la biométrie électoraliste, peu de gens en tire satisfaction par le fait que rien n’a changé. L’organisation et la gestion du scrutin par les autorités électorales ont été mauvaises… Les comportements scandaleux de certains candidats qui ont pré-inscrit les citoyens sur les listes électorales et déplacé les électeurs vers leur circonscription pour voter en leur faveur, ont dénaturé la liberté de vote et la véracité des résultats.

La biométrie n’a eu pour effet que de valider la massive fraude électorale organisée par les riches candidats. Si le scrutin pour les locales « contribue à renforcer davantage la crédibilité et le prestige de notre pays », qu’en sera-t-il du scrutin présidentiel ? 

Sans une révision du code électoral, sans une réorganisation juste et impartiale des organes chargés de la conduite des élections, la biométrie ne sera d’aucun apport pour la transparence électorale et le vote ne sera jamais libre au Gabon. 

A terme, la biométrie se transformera en un instrument au service des mêmes forces et acteurs politiques pour assurer leurs victoires électorales, elle accréditera la fraude et annihilera le contentieux post électoral. A l’évidence, il y a encore d’énormes améliorations à apporter dans ce domaine. 

Autre thème important évoqué : les négociations entre le Gouvernement et les partenaires sociaux qui « témoignent de la vitalité de notre dialogue social »

Généralement, le dialogue social (en réalité négociations sociales), met en présence les organisations professionnelles, patronales et syndicales privées ou publiques en cas de conflits. Ces négociations (dialogue) font partie des modalités à mettre en œuvre pour la résolution des crises. 

Au dessus de ce cadre de concertation se trouve le cadre politique qui est, par nature, le lieu où le dialogue prend un tout autre sens. Voir « la vitalité de notre dialogue », même social, dans les négociations gouvernement-partenaires sociaux, est réducteur de cette valeur qui est l’une des composantes de la Paix sociale et de la démocratie. 

Les termes « concertation » ou « négociation» paraissent plus appropriés que « dialogue» qui est plus global et plus conforme aux situations sociopolitiques. 

Dans ce contexte spécifique, Ali a annoncé la création du « Conseil national de l’éducation, de la formation et de la recherche et d’un Compte spécial pour les investissements des formations sanitaires publiques ». 

Puis il a parlé des activités financières et économiques : de l’obtention de 700 milliards F CFA sur le marché financier international, de la possibilité de diversifier l’économie… de la livraison du barrage de Grand Poubara et de la centrale d’Alenakiri, puis il a réaffirmé sa vision par une formule appropriée : 
« Le Gabon est en marche vers l’émergence grâce à une approche cohérente et structurante de notre stratégie. »
En condamnant certaines pratiques, le président a pris le risque de faire passer son discours pour un « catalogue de bonnes intentions », d’« effets d’annonces » ou un « aveu d’échec ». 

Il dit  de la CNAMGS qu’elle canalise d’importantes ressources financières …mais, ajoute-t-il, « j’observe la persistance d’un problème de redistribution des fonds destinés à chaque structure sanitaire » et de préconiser la « création d’un compte spécial (un de plus !) pour les investissements des formations sanitaires publiques… »

Passant à l’important dispositif de solidarité du «  Fonds National d’Aide Sociale : FNAS», qui doit profiter davantage aux foyers économiquement faibles, le Chef de l’Etat parle de reconsidérer « la stratégie de solidarité sociale en déployant une nouvelle politique d’accompagnement de ces foyers »

Il nous a informé que sur les 300 milliards F CFA de crédits budgétaires alloués à l’aide et subventions, « seuls 20% bénéficient réellement aux couches sociales les plus défavorisées »… où vont les 80% restants ? 

Réaction d’Ali : « cela doit changer, et cela va changer en 2014 », que le dispositif officiel d’aide sociale coexiste avec un dispositif plus efficace et plus lisible mis en place par son épouse, autour du FNAS et de la CNAMGS… « pour lutter contre la pauvreté et s’attaquer aux facteurs aggravants de précarité et d’exclusion »…. 

Conclusion normale, « cette assistance de l’Etat aux personnes les moins favorisées ne se fera pas sans conditions » : lesquelles ? 

Il n’en parle pas… mais déclare que ce « principe de l’effort en contrepartie du soutien de l’Etat sera étendu à tous les secteurs…» 

Indubitablement, ce discours est peu convaincant et décevant pour les populations, pour les forces politiques et sociales, en particulier celles qui soutiennent son action ; mais peut-être moins pour les partenaires du Gabon. 

Le discours ne comporte aucun élément positif pouvant susciter l’enthousiasme des couches les plus vulnérables qui sont les plus nombreuses. On retient que des organismes existants seront réorganisés et de nouveaux créés, que les modalités de gestion financière seront rendues plus efficaces, que « des efforts seront demandés aux catégories sociales les plus vulnérables en contrepartie de l’aide sociale de l’Etat »

C’est ici que la politique sociale de l’émergence perd toute sa crédibilité. Quels efforts peuvent fournir les catégories sociales les plus vulnérables ? Quelles catégories sociales peuvent être qualifiées de plus vulnérables au Gabon ? Handicapés, jeunes filles mères célibataires, chômeurs, retraités, grands malades…Ali ne les cite pas et leur demande de faire des efforts pour avoir l’aide sociale de l’Etat : nous sommes dans le donnant-donnant. 

A la fin de son discours, le Président de la République gabonaise a lancé un appel à ses compatriotes. Cet appel contient toute la substance, toute l’essence et traduit l’état d’esprit des « éminences grises de l’émergence » qui participent au quotidien à la mise en œuvre de la nouvelle économie politique du Gabon. 

Cet historique appel aux accents "Omariens" : 
« Une fois encore, une fois de plus, je voudrais réitérer mon appel au patriotisme et inviter chacun au rassemblement devant les défis que l’histoire nous invite à relever ensemble. Je demande à chacune et à chacun de rejeter résolument les critiques primaires et subjectives, la stigmatisation systématique de l’action publique, les dénigrements intempestifs, instinctifs et stériles » 
et d’ajouter que « Les marques de confiance que nous témoigne la communauté internationale doivent nous interpeller et nous rassurer sur la pertinence de nos choix »

Pour terminer, notons que le Chef de l’Etat ne s’est pas prononcé sur : la politique d’accès au logement, la situation globale des finances publiques, le processus de démocratisation du pays et la place de l’opposition dans la vie politique…Les crimes rituels, la sécurité et la protection des biens et des personnes….Vive le 17 Août 2014 et vivement 2016.

POUR UNE DÉMOCRATISATION DE LA POLITIQUE SOCIALE DE L'EMERGENCE

Dans les pays qui ont un tissu économique robuste et opérationnel, il est facile de construire des plans pour l’avenir en partant des structures existantes. Les leaders politiques et leurs partis peuvent ainsi échafauder des programmes qui intègrent la totalité des secteurs économiques et divers aspects sociaux de la vie communautaire. 

Dans ce contexte, les personnalités  qui se portent candidates à une élection présidentielle peuvent  parler de projet pour améliorer les conditions de vie des citoyens. Cette amélioration se résume en une série de décisions traduites en actes à travers les réformes assises sur la loi. 

Dans ces pays, les institutions étatiques sont en relation et agissent étroitement de façon coordonnée. Le Gouvernement, le Parlement et les hautes administrations travaillent  à partir des mêmes dossiers et en se référant aux valeurs identiques. 

Dans les pays du tiers monde dit "en développement", il semble incorrect, voire indécent de parler de projet de société pour des Etats qui tentent de créer des structures pour une vie collective satisfaisante, tant dans le domaine économique que dans le politique et le social. 

De plus, le mandat présidentiel étant limité à 5 ou 7 ans suivant les pays, une action gouvernementale dont l’échéance est fixée à une date au-delà de cette limite suscite un questionnement que les observateurs avertis et les politiciens chevronnés doivent examiner sans passion, mais dans l’intérêt supérieur des populations. 

La qualité et la nature des choix à faire face aux situations problématiques sont d’une importance capitale pour la paix et la concorde d’un pays. Aussi, les décisions gouvernementales doivent en priorité se focaliser sur la satisfaction des besoins qu’expriment les couches sociales nécessiteuses, qui sont majoritaires.  

Au Gabon, par leur importance vitale, et sans les hiérarchiser, 4 de ces situations doivent être traitées et faire l’objet d’une politique structurelle, ce sont : 
- la santé, 
- le logement, 
- la formation et  
- l’immigration. 

La santé :

En matière de santé, si la construction et l’équipement des hôpitaux modernes ne sont pas suivis des conditions d’accès rapides et peu coûteuses aux soins qui doivent être continuellement de meilleure qualité, on ne peut pas parler de « santé pour tous »

Admirer de beaux bâtiments abritant des hôpitaux et des  dispensaires, sans pouvoir en profiter, est un mal plus grand que de disposer des centres médicaux modestes fonctionnels où les malades reçoivent des soins réguliers. Un hôpital se compose de bâtisses, d’équipements et matériels, des personnels aux qualifications diverses et variées, mis à la disposition des patients, riches ou pauvres, qui sont demandeurs de soins pour recouvrer leur intégrité physique.  

Le logement :

A la santé s’ajoute le logement qui, à certains égards est assimilable à la santé. Nous avons déjà fait des suggestions pour aborder cette difficulté sociale, en partant du fait avéré que les gabonais se sont toujours échinés pour se donner un logis, aussi rudimentaire soit-il. 

En conséquence, ce n’est pas l’Etat qui doit construire ou faire construire les logements aux citoyens par des agences immobilières privées. 

L’Etat doit créer les meilleures optimales pour que les nécessiteux acquièrent des parcelles de terrain pour bâtir leur maison suivant un plan d’aménagement des lotissements strict, placé sous le contrôle des organismes techniques. 

L’on devrait  établir une nette distinction entre les personnes qui sont aptes à vivre dans un appartement, en respectant les conditions d’hygiène et la discipline de voisinage qui s’imposent et ceux qui, objectivement, ne remplissent pas ces conditions. 

Le gabonais est habitué à avoir un minuscule espace autour de sa maison, espace qui n’est nullement assimilable aux espaces verts des immeubles qui ont des ascenseurs, des minuteries avec parfois l’obligation de climatiser les pièces. 

Tant que la politique du logement social sera traité sous l’angle des affaires avec pour objectif la rentabilité, 10% voire 5% des demandeurs de logements n’accèderont jamais à la propriété. 

La formation :

La formation, qui part désormais de la crèche à l’université, est caractérisée, malgré les efforts, par une logique qui porte les stigmates des ratés du passé. Les réformes entreprises doivent être plus audacieuses pour créer des cadres d’enseignement et de formation à la hauteur des ambitions d’un « pays en voie d’émergence : PVE ». 

Les actions entreprises pour rapprocher les milieux scolaires des milieux professionnels sont porteuses de progrès et doivent être sans cesse améliorées. De même, l’Etat doit être exigeant en matière de formation. 

Le gouvernement doit s’assurer que les établissements privés avec lesquels il a signé des contrats de partenariat sont respectueux des orientations légales édictées par la loi. Les formes, les qualités des formations et des formateurs sont des critères fondamentaux pour conduire une société « l’Emergence ». Les succès dans ce domaine dépendent à la fois de la qualité des programmes de formation que de celle des formateurs. 

L'immigration :

Concernant l’immigration, le gouvernement de l’émergence semble ne pas porter une attention à ce très sensible phénomène social qui a un fort impact sur l’image et la crédibilité des institutions de la république. 

Les gabonais pensent et disent qu’il y a trop d’étrangers dans leur pays et que cela devient dangereux et très menaçant pour l’harmonie de la vie collective : pour nos mœurs, nos coutumes, nos habitudes, nos modes de vie, nos croyances et nos convictions. 

Le Parlement devrait entreprendre une action dans le sens de la confection (ou de l’amélioration) de la loi sur l’immigration et les conditions de séjour au Gabon et une autre sur les conditions d’octroi de la nationalité gabonaise en traitant de manière égalitaire les demandeurs. 

Partout dans le pays, jusqu’aux endroits les plus éloignés de la capitale, on trouve des étrangers, pour la plupart des commerçants, qui se substituent aux autochtones et fructifient leurs affaires en profitant des revenus des villageois et en prenant sur eux un ascendant qui les place sous leur dépendance.  

Guidés par la volonté de s’enrichir conformément à leur plan d’immigration, ce sont les étrangers qui détiennent : les leviers économiques et financiers du Gabon, l’essentiel de l’épargne privée, les PME. Ils profitent des opportunités d’affaires en bénéficiant des  soutiens pour la réalisation et la gestion de leurs projets d’investissement. 

La démocratisation de ces 4 secteurs sociaux est rendue compliquée à cause du choix des gouvernants qui est de privatiser à outrance les activités socioéconomiques et financières du pays. Le tout privé n’est pas une garantie d’efficacité. L’implication des Etats occidentaux dans la recherche et la mise en œuvre des solutions pour résoudre la crise financière internationale de 2008, provoquée par les agents du secteur privé, a démontré que le secteur public et le secteur privé ne sont pas inconciliables et que, si l’Etat prélève parfois lourdement les fonds privés sous forme d’impôts, il apporte aux agents privés des concours multiformes en cas de besoin. 

L’option des managers de l’Emergence, qui consiste à tout privatiser jusqu’à la gestion des services administratifs sensibles de l’Etat, est mauvaise et pourrait s’avérer très coûteuse à moyen terme. 

Nous ne sommes pas solidaire de ce choix. 

Si l’on pense rendre l’administration efficace en la privatisant, il ne faut pas s’arrêter à quelques services et/ou activités. Il faut privatiser toute l’administration en instituant un système contractuel entre l’Etat et chacun de ses agents à tous les niveaux de la hiérarchie, ce qui imposerait à chaque partie de se soumettre au caractère synallagmatique de tout contrat qui est fait de droits, devoirs, sanctions, discipline, obligations réciproques etc… 

Il est plus facile de détruire que de construire. Le régime de la Rénovation de 1967 a détruit les vestiges de ce qui était le symbole du Gabon colonial pré indépendant. L’église Saint Pierre, le Stade RP Lefebvre, Le beau et prestigieux Palais du gouverneur, la chambre de commerce et d’autres imposants édifices coloniaux qui embellissaient le bord de mer, pour mettre à la place, des immeubles fades sans esthétique. 

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Ali Bongo, de toutes les casses effectuées, celles de la cité qui a pris la dénomination de démocratie sont les plus incompréhensibles. 

Etait-il judicieux de détruire ce lieu qui avait pris, avec la conférence nationale de 1990, une valeur affective populaire, quand on sait qu’il y a assez d’espace pour de nouvelles réalisations ? 

Les hommes au pouvoir, jeunes pour la majorité, agissent comme s’ils voulaient faible « table rase » de ce qui a été avant eux au Gabon. L’immense projet d’aménagement du littoral qui part de l’emplacement de l’ancienne place de la foire avec en perspective la destruction du port môle semble plus concevable. 

Signalons que ce port riquiqui a été édifié pendant que dans la même période, un port de qualité était construit à Pointe Noire.

Les images du Chef de l’Etat visitant les chantiers en cours d’exécution démontrent que ses paroles sont confirmées par des actes et qu’il présentera aux populations des réalisations incontestables en matière d’infrastructures routières, hospitalières, énergétiques… qui formeront l’actif de son bilan de fin de mandat. Nous attendons que certains de ces chantiers soient inaugurés. 

Le malheur est que ces chantiers ne participent pas directement à l’amélioration des conditions de vie des gabonais. Un choix politiquement bien plus rentable aurait été d’entreprendre la réfection des voiries urbaines, la création d’une compagnie de transports publics structurée et fiable, l’aménagement des marchés populaires propres et organisés, la création des parcelles pour les logements, la réorganisation efficace d’une société nationale de gestion des ordures ménagères dans chaque chef lieu de province, le traitement des difficultés de circulation en voiture à Libreville et Port-Gentil, la réduction et le blocage (limité dans le temps) des prix des produits de premières nécessités, la construction ou la réfection des bâtiments des centres d’enseignement de tous les niveaux, en particulier une profonde réforme de l’UOB, la limitation du nombre d’étrangers au Gabon et la remise à plat de toutes les nationalités acquises par effraction… 

Une politique nationale est faite de multiples facettes qui sont d’ordre matériel et immatériel, de réalisations physiques, de sentiments affectifs et d’autres données subjectives qui peuvent éclipser les plus belles œuvres visibles. 

Tout homme qui s’attriste de compassion face à la misère de son prochain est sur la voie de la justice et de la vérité. Ses œuvres ne sont plus faites de vanité, elles lui permettent d’accéder à la grandeur qui ne vaut que par les saines pensées, les choix justes et durent à travers le temps. 

Le Gabon a certainement besoin de grandeur et vouloir « faire du Gabon un pays émergent » est un choix de grandeur et de fierté. 

Ce choix doit se construire méthodiquement et rationnellement avec la participation des gabonais qui sont les premiers concernés et qui de ce fait, doivent être impliqués à tous les niveaux. L’émergence du Gabon ne doit pas ressembler à l’œuvre d’un petit groupe de nationaux assistés par les forces de l’étranger… Le sens profond de toute action politique consiste à prendre conscience des difficultés de vie autres et de respecter leur mode d’existence.

7 janv. 2014

ELECTIONS LOCALES BIOMETRIQUES : D'UNE ELECTION A UNE AUTRE !

Les leaders des partis et les politiciens africains, chefs d’Etat ou pas,  n’ont jamais compris le rôle déterminant de la fonction de Conseiller. Du reste, l’un de ces chefs avait publiquement déclaré que ses Conseillers n’étaient bons qu’à lire les journaux (l’Union) et que c’est lui qui conseillaient ses Conseillers. 

Ce rapetissement de la fonction de  Conseiller traduit le manque de considération et les négatives prédispositions politiques et mentales à l’égard de cette catégorie de collaborateurs des hommes politiques et/ou d’Etat. Très souvent, les Chefs préfèrent les flatteries et les idées approximatives des opportunistes, véreux courtisans qui recherchent faveurs, prébendes et honneurs….Evidemment, les conseilleurs ne sont pas les payeurs !

Avant et après la sortie des résultats des urnes, les anomalies et autres malveillants propos relatifs aux locales ont été distillés ici et là par les médias et par le bouche à oreilles. La toute première conclusion à tirer des locales est que le PDG ne dominera plus la scène politique gabonaise comme il l’a fait pendant des décennies ; en particulier à Libreville qui compte la majorité des électeurs du pays. Désormais, d’autres forces qui lui sont alliées ou non, vont s’affirmer. Certes, chaque élection a sa spécificité, mais les récentes locales placent indiscutablement le Gabon à la croisée des chemins et dessinent le contexte de la présidentielle à venir. A cela s’ajoutent d’autres données. 

Ainsi, certains acteurs politiques, qualifiés pour l’instant d’indépendants, pourraient se réclamer de l’un des camps traditionnels. On peut également se poser la question de savoir si la MRE restera unie jusqu’à la présidentielle de 2016. 

Logiquement, les résultats des locales pourraient et devraient susciter une recomposition et une reconfiguration politiques nationales comme nous l’indiquions il y a quelques mois. 

Enfin, le scrutin montre que, malgré la fraude massive orchestrée par les riches candidats, les électeurs gabonais commencent timidement à faire preuve de discernement. Ils votent, non plus forcément pour un candidat, un parti riche ou pauvre de la majorité ou de l’opposition ; mais  pour les candidats qui sont proches d’eux et qui sont porteurs des valeurs et des références qui ressemblent au patriotisme. 

L’évolution du processus de démocratisation politique d’un pays qui sort d’un demi-siècle de parti unique est lente, mais irréversible. L’impossible est en voie de devenir possible si demain, quelques indépendants deviennent membres des bureaux ou présidents des conseils locaux ; si le Sénat compte quelques membres correctement élus et donc représentatifs des populations… bref, si certains centres de gestion du pouvoir républicain reviennent aux nouvelles forces qui sont en train d’émerger. 

Depuis près de 23 ans, toutes les compétitions politiques ou électorales semblent malheureusement se résumer à une lutte qui oppose le PDG au reste du Gabon politique.

Cette image s’est accentuée par le fait que depuis 2009, le PDG n’a de considération ni pour ses partenaires, ni pour ses adversaires politiques. Il conduit ses activités politiques sans prendre en compte qu’il gère les biens de l’Etat qui sont réputés être la propriété de tout le peuple ; qu’il est le plus ancien parti du pays ; qu’il s’est souvent lié à d’autres partis politiques par une alliance nationale officielle et que certains de ses anciens membres qui sont passés dans l’opposition savent comment sont bâties ses victoires électorales. 

En politique, l’erreur est facile et, dans ce domaine, « se faire hara kiri » est la pire. Les résultats officiels vont permettre aux directions des partis de faire des analyses en se  basant sur des données vraies ; de construire des argumentaires et de poser des hypothèses réalistes. Des indices et des faits fiables indiquent que le Gabon est au tout début de la fin d’un long monopole politique. 

L’actuel contexte démontre clairement que rien n’est définitivement acquis en politique; que tout est en gestation continue et en perpétuel mouvement pour enfanter le nouveau. 

Le renouveau politique national pourrait-il ou devrait-il commencer par les locales ? 

Les stratèges technocrates et politiciens du PDG-Emergent (tout comme ceux de l’opposition) doivent sérieusement se mettre au travail pour préparer, dès à présent, un avenir qui comporte de réelles préoccupations et des tenaces difficultés pour une éventuelle candidature d’Ali en 2016, même s’il est vrai que par tactique ou par peur, aucune personnalité politique n’apparait clairement aujourd’hui comme un potentiel concurrent : redoutable, sérieux et déterminé face à lui… 

Parmi les grands domaines de gestion que compte un pays, trois sont cruciaux : la gestion sociopolitique ; la gestion économique et financière, et la gestion administrative et institutionnelle. Quand la gestion de ces trois centres n’est pas harmonieuse et coordonnée, il y a un risque de crise et de rupture entre les gouvernants en place et les populations ; crise qui ouvrirait la voie au changement et à l’alternance politique du fait du basculement et de l’inversion du rapport des forces en présence, au détriment de l’équipe au pouvoir. Ne pas le comprendre pour anticiper et organiser son traitement constitue une faute lourde de la part des gouvernants. Et, quand les populations retirent leur confiance aux gouvernants, le pouvoir va fatalement à la dérive et se perd. 

Par manque d’expérience et par la méconnaissance du terrain, il apparait clairement que les sémillants émergents ne soutiennent pas suffisamment raisonnablement et méthodiquement la politique de leur leader de président. La victoire en demi teinte du PDG-émergent aux locales devrait pousser le chef de l’Etat à tirer les leçons qui s’imposent pour dessiner un avenir plus prometteur et serein. 

Les façons d’agir et les comportements des responsables du PDG et des « technocrates » du régime de l’émergence laissent croire qu’ils ont décrété un partage des rôles entre la gestion administrative de l’Etat par les « technocrates politiques », et la gestion de la politique par « les politiciens du PDG » ; donnant ainsi l’impression qu’ils considèrent ou qu’ils pensent que  leur « pouvoir est apolitique ». 

Or, tout pouvoir est d’abord et avant tout politique… Ses hommes et ses femmes doivent être unis et solidaires face aux forces politiques adverses qui ont pour objectif légitime la prise du pouvoir d’Etat par l’alternance qui peut commencer par les pouvoirs locaux ou territoriaux. 

Les résultats des locales vont donner ou augmenter chez certaines personnalités élues de l’opposition, le goût des victoires électorales obtenues à la régulière, dans la transparence avec la ferveur populaire. Le peuple va commencer à prendre conscience qu’il est possible de se mobiliser pour le changement démocratique ; quand bien même, pour se faire élire, certains candidats  n’hésitent plus à constituer un électorat captif et personnalisé. 

A la vérité, les élections ont été organisées comme par le passé et n’avaient de biométriques que le qualificatif. Si la biométrie, tant vantée, avait été appliquée, les résultats des élections locales auraient été immédiatement rendues publics quelques heures après les votes des électeurs. Le retard constaté est éloquent et traduit le malaise et la gêne des autorités électorales qui ont fait valoir la nécessité de rassembler les données.   

Le contexte politique, caractérisé par les limites constatées dans l’organisation des locales biométriques, par l’abondance de listes indépendantes et le comportement devenu une habitude des riches candidats, qui se réservent de votants grâce à leur fortune, pour remporter les victoires, dicte que l’on prenne certaines décisions et que l’on entreprenne quelques réformes qui consisteraient à : 

1- Limiter et contrôler les dépenses des candidats à chaque élection. 

2- Interdire l’utilisation des biens de l’Etat pour les campagnes électorales, par ceux qui en sont les dépositaires 

3- Réorganiser légalement le cadre politique pour institutionnaliser quatre familles politiques de référence qui seraient : la Majorité, l’Opposition, le Centre et les Indépendants. 

4- Revenir au scrutin majoritaire à 2 tours pour les élections nationales.

Pour l’instant, et pour nombre de gabonais, ces propositions pourraient sembler ringardes et dénuées de bon sens. Mais fondamentalement, ces propositions-réformes sont de nature à participer à une démocratie apaisée. Elles sont porteuses de paix, de concorde, de dialogue, de démocratie et de légitimité. 

Diriger un pays avec une « majorité » de 15 ou 20% des électeurs est source potentielle de conflits sociaux et politiques. Faire une élection, plus encore une élection présidentielle, à un tour dans un pays faiblement peuplé et en voie de démocratisation revient à édifier une anti-chambre à la gloire de la dictature, à s’attacher à l’autocratie par une ficelle dorée et à museler la liberté d’expression du peuple. 

Ce mode de scrutin à un tour confine au sectarisme, à l’exclusion, au repli dit ethnique, identitaire et au rejet des alliances politiques qui sont des éléments constitutifs du pluralisme démocratique. C’est après l’institutionnalisation d’un « Cadre Politique de Référence » que le mode de scrutin proportionnel, applicable aux locales, trouvera sa valorisation. 

La participation de l’opposition légale aux locales, représentée par les partis et les indépendants, a empêché le PDG à réaliser un raz de marée électoral comme ce fut le cas aux législatives ; quand il avait obtenu une victoire écrasante avec 114 députés sur 120… 

Les spéculations et les supputations sur la gestion de la performance du CLR par J.B. Asselé à Libreville alimentent les conversations. Le CLR est signataire de la Charte de la Majorité ; ce qui l’oblige à respecter ses engagements, sauf à décider de quitter la majorité pour une nouvelle alliance ; ce qui à priori, semble impossible pour son leader ; au regard de la nature des relations qui existent entre les personnalités du PDG, des autres partis de la MRE et le président du CLR. 

Sauf par extraordinaire, Asselé dans sa position, sans être condamné à le faire, ne peut négocier qu’à l’intérieur de la majorité, avec le PDG ; et point en dehors, encore moins avec les opposants. 

Quant à J.Eyeghe Ndong, candidat déclaré à la mairie de Libreville, son élection serait une véritable performance politique, un vrai miracle qui, s’il se réalise, produira des effets dans 3 ans. 

Si les performances de P. C. Maganga Moussavou à Mouila, de V. Essono Mengue et Owono Nguema à Oyem, d’Eyeghe Ndong, Chantal  Myboto Gondjout……. à Libreville se traduisent par l’occupation des postes dans les directions des Conseils, l’avancée démocratique du Gabon serait en cours…..

A nos lecteurs, bonne et heureuse année 2014 !

A l’occasion de l’année qui va commencer, je formule mes sincères vœux de Bonheur : Santé, Prospérité et Réussite… à tous les compatriotes détribalisés, démocrates, patriotes qui prennent le temps de lire nos articles et nous témoignent en retour leur sympathie, nous encouragent et nous adressent des critiques constructives. Que 2014 soit pour nous tous, hommes, femmes ; jeunes, adultes et vieux, une année d’introspection, de décision et d’amour. Puissent la Liberté, la Justice et la Démocratie s’installer inexorablement dans le pays. Que Dieu préserve le Gabon de toute dictature.

23 nov. 2013

GABON : LE CONSEIL D'ETAT : PRESTIGIEUSE INSTITUTION RÉPUBLICAINE OU INSTITUTION D'OPERETTE ?

Cet écrit est à base d’un questionnement. Depuis plusieurs mois, les nombreux compatriotes qui ont des affaires pendantes au Conseil d’Etat, cherchent en vain à rencontrer ses responsables et agents, pour le suivi de leur plainte.  Les femmes, les hommes et les bureaux de l’institution qui doit rendre compte aux administrés de la suite réservée aux contentieux qui les opposent à l’Administration sont introuvables dans la ville. Aux affaires vieilles de près de 10 ans, voire davantage, s’ajoutent celles qui sont en traitement. Il est urgent de liquider la masse de dossiers en souffrance.  

Le Conseil d’Etat occupe une place relativement honorable parmi les Institutions républicaines du Gabon. Dans l’examen et la conduite des conflits qui opposent l’Etat employeur, ses agents et le reste des administrés, cette Administration s’appuie sur le droit pour rendre la justice. Malgré cela, comme la quasi-totalité des institutions du pays, le Conseil reste largement dominé par le joug de la puissance du Pouvoir Exécutif ; et il donne, par moments, l’impression d’agir sous sa dictée. 

Au Gabon, rares sont les administrations qui fonctionnement sur des bases saines. Elles sont toujours en retard et hors délais en ce qui concerne le traitement des cas sociaux et des situations urgentes et vitales pour la sécurité alimentaire et l’intégrité morale des personnes physiques. Le laxisme et la paresse des agents publics sont connus de tous les administrés qui un jour ont sollicité les services de l’Etat ; soit pour obtenir un rendez-vous, pour authentifier un document ou pour valider des faits. L’administration gabonaise est trop lente du sommet à la base ; sa réforme doit sortir des discours politiques pour entrer dans les faits. Il faut aussi souligner les cas d’inattention, voire d’incompétence des responsables administratifs. 

Dans nombre de cas, suite aux mauvais traitements techniques des  dossiers  professionnels, les responsables administratifs poussent les agents ou fonctionnaires à ester en justice contre l’Etat employeur. C’est à ces moments que l’Etat prend une forme objective, humaine et concrète en devenant une cible vulnérable et facile. Les administrations africaines qui rendent les arbitrages ou prennent les décisions de justice dans lesquels l’Etat est impliqué ou pas, ne parviendront jamais à être impartiales, indépendantes, crédibles et prestigieuses ; en particulier quand l’Etat est fautif et condamné. 

Pour des fautes minimes, et à cause de la négligence de ses agents, l’Etat dilapide de colossales sommes d’argent. Le fonctionnaire qui s’adresse à une administration de justice, généralement le Conseil d’Etat, pour demander réparation d’un préjudice qu’il a subi, attend pendant des années l’application de la sanction infligée à l’Etat. Le Conseil est depuis quelques mois invisible et introuvable dans la ville. 

Longtemps logés à la Cité de la Démocratie, plus personne ne sait où sont les nouveaux locaux du Conseil et, ces derniers ont-ils suffisamment de places pour abriter tous les conseillers ? Combien de membres du Conseil sont aujourd’hui actifs ? Combien de dossiers sont en attente de finalisation ? Bien des fois en cas d’aboutissement tardif d’une requête déclarée recevable par un avis du Conseil, ou d’inexécution d’une décision d’indemnisation en faveur d’un citoyen plaignant, ce dernier se trouve esseulé et sans possibilité ni garantie de conduite de sa plainte à bonne fin.  Que faire face au temps qui passe ?   

Les administrations qui entrent en action lors d’un contentieux entre l’Etat et son agent ce sont : l’administration utilisatrice de l’agent, l’Agence judiciaire du Trésor (AJT) et le Conseil d’Etat. 

Quand l’avis de ce dernier déclare fondée la requête du plaignant, avec en filigrane la condamnation de l’Etat, plusieurs années peuvent s’écouler sans que la procédure n’aboutisse. 

L’Etat impartial que nous voulons au Gabon impose à toutes les composantes du corps social le respect des décisions de justice qui sont favorables aux uns et préjudiciables aux autres; que l’on soit une personne morale ou physique, pauvre ou riche, noir ou blanc, jeune, adulte ou vieux, civil, politique ou soldat. Sans cela, l’affirmation de l’égalité de tous devant la loi et la justice ne restera qu’une clause de style destinée à tromper le peuple. 

Quand une administration ne remplit pas, ou ne peut plus remplir ses missions républicaines, il faut mettre fin à son existence. Si, du fait de sa relative impartialité, le Conseil d’Etat est gênant pour le fonctionnement des autres institutions, il faut le supprimer. Face la toute puissance de l’Etat, le Conseil sert, quelque peu, de rempart protecteur au citoyen. Dire que cet organisme qui est, à sa manière, un contre pouvoir républicain n’a pas un siège digne de sa prestance ; quand des administrations et autres agences moins rayonnantes sont installées dans des bâtiments neufs et luxueux. 

Présentement, pour des raisons diverses et variées, beaucoup de dossiers sont bloqués au Conseil d’Etat. D’abord, parce que ses membres ne sont pas dans les conditions optimales de travail pour les finaliser, ensuite, les administrations fautives et sanctionnées mettent tout en œuvre pour ne pas faire avancer les procédures ; enfin le sentiment général est que l’on impose le statuquo à l’organisme étatique en charge du règlement des sommes fixées en réparation des dommages. Ces derniers temps, la rumeur affirme que « les caisses de l’Etat sont vides »... 

Quand on peut bloquer un système informatique pour empêcher l’accès aux comptes publics en mauvais état, quand les télécommunications peuvent être brouillées pour que les informations ne circulent pas avec l’extérieur ; procéder au blocage du paiement des sommes dues aux citoyens est un acte banal. Quel crédit peut-on accorder à une administration qui s’évertue à cacher ses tares plutôt que de respecter et d’appliquer les lois et les règlements en vigueur ?

Les victimes de ces pratiques machiavéliques sont nombreuses dans le pays. Pour être respectés, l’Etat et ses institutions doivent être dignes et vertueux. Le recours aux subterfuges et autres comportements dilatoires n’est que violation de la loi, manque d’éthique et de grandeur d’esprit. Qu’est ce qui explique que le Conseil économique et social (CES) ; la Cour Constitutionnelle, le Conseil national de la communication (CNC), la Commission électorale nationale permanente (CENAP), le Secrétariat général du Gouvernement (SGG), le Parti démocratique gabonais (PDG), la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite et d’autres institutions aient des sièges anciens ou nouveaux…et pas le Conseil d’Etat ? Il y a un véritable problème autour de cette institution. 

Le présent plaidoyer en sa faveur n’est que la traduction de l’écœurement et de l’incompréhension de tous les gabonais qui attendent la suite de leur plainte contre l’Etat, et qui ne parviennent plus à contacter ses membres dont les activités ont un réel impact social. La justice c’est aussi d’exécuter la peine lorsqu’on est condamné par la loi ; et de donner ainsi la preuve qu’on respecte les institutions mises en place pour réguler la vie sociopolitique collective dans le pays. L’irrespect de la loi et l’humiliation du citoyen sont des dénis de justice, de l’Etat de droit, et violation de la loi qui sont assimilables à la haute trahison. Si la loi qui est le moyen courant et normatif édicté par l’Etat, pour régler les conflits, perd sa force et se trouve bafouée par l’Etat lui-même, que reste-t-il aux simples gens pour espérer affronter légalement et victorieusement l’Etat sur une base égalitaire ? 

C’est à croire que les institutions de la République et leurs personnels sont traités en fonction de leur allégeance à l’Exécutif, ou de la qualité des relations personnelles entre leurs dirigeants et ceux de l’exécutif, et de leur dimension sociopolitique et financière.  Le Conseil d’Etat rend moult avis qui ont des conséquences dans la gestion de la trésorerie publique. Particulièrement quand l’Etat est condamné, à payer de fortes sommes pour indemniser un requérant. Aussi, faut-il épisodiquement suspendre ou empêcher les activités du Conseil par de pernicieuses manœuvres afin d’éviter de sortir l’argent des caisses. Le Conseil pourrait alors se trouver dans l’obligation de fixer à la baisse les montants des sommes légitimes à payer pour indemnisation. 

Certes, le Conseil d’Etat, la Cour constitutionnelle et le CNC, ne comptent pas en leur sein que des agents formés ou spécialisés dans leur domaine d’activités. On y trouve des « corps étrangers », nommés par la volonté des chefs et utilisés volontairement ou pas pour servir de repoussoir ou pour retarder les procédures. Un Etat de droit ne peut pas se composer de deux catégories d’Institutions. D’une part, celles qui sont fonctionnelles, dotées de copieux moyens matériels, financiers et humains et dirigées par des personnels aisés et nantis ; et de l’autre, celles qui n’ont d’institution républicaine que le nom et le titre, et qui, en fait sont des « Institutions d’opérette » ne servant que d’apparat et de décorum étatique. 

La République est au service du peuple, et, toutes les institutions qui la forment doivent être respectées et équitablement gérées par l’Institution suprême qui est la Présidence de la République dirigée par un Chef de l’Etat soumis, par son serment, à l’obligation d’être juste envers tous. La simple observation montre que la Cour constitutionnelle, le Sénat, l’Assemblée nationale, le Conseil économique et social et leurs responsables sont placés dans les conditions idoines pour accomplir leurs missions. 

Le Conseil d’Etat semble ne pas être logé à la même enseigne. L’indemnisation des citoyens à partir d’une cagnotte constituée à cet effet comporte habituellement des entraves liées à la cupidité des personnes chargées de conduire l’opération. 

Beaucoup de gabonais sont morts sans avoir reçu les sommes qui leur revenaient suite à une décision légale : Gabon poste, Gabon informatique, Air Gabon, BGL, etc. L’Etat doit payer pour les fautes commises par ses agents véreux, incompétents, paresseux et inattentionnés qui ne comprennent rien à l’éthique, à la hiérarchie, aux procédures et aux us et coutumes administratifs et qui, en retour doivent être durement sanctionnés.



31 oct. 2013

GABON : POUVOIR ET CONTRE POUVOIR

Pendant plusieurs jours, les politiciens, les politistes ou politologues, et la presse privée ont publiquement traduit le sentiment général qui se dégage d’une partie de la population sur la capacité juridique de certains compatriotes à se porter candidats aux prochaines locales. 

Entre autres, deux  noms ont été ciblés, celui de Kerangalt et de Seydou Kane, qui sont légalement devenus gabonais par naturalisation et, de ce fait, ils peuvent revendiquer ou faire prévaloir leurs droits civiques et civils. 

Cependant, quand les dispositions  légales sont confrontées à la vindicte populaire, à la vox populi, quand le droit se heurte aux faits, comme c’est le cas pour ces candidatures, c’est qu’il existe un malaise, un problème, une difficulté, c’est que le phénomène est inhabituel et choquant. Nous avons connu la présence des étrangers, « franco-gabonais », dans la sphère du pouvoir peu de temps avant et après l’indépendance. 

L’insertion au sommet de l’Etat, et dans les organes de gestion des mandats populaires des personnes venues de l’étranger, avait commencé du temps du Premier Ministre et du Président Léon Mba. Elle s’est accentuée sous le règne d’Albert Bernard MBongo. 

Certes, quelques éminents gabonais aux noms à consonance étrangère comme Kachenko, Mamadou, Alvaro, walker, Dossou, Diop, ogonwou, Adétona, Padonou, Adon, Paraiso, Saïzonou, Daouda, Dikéou, Sindikou,   etc. ont fidèlement servi le Gabon parce qu’ils étaient gabonais, par ce qu’ils sont gabonais. 

Aujourd’hui, personne dans le pays ne peut contester l’appartenance de leur descendance au Gabon. Le peuplement historique du Gabon s’est réalisé par les installations successives anciennes et nouvelles des ressortissants de notre sous région de l’Afrique Centrale (ancienne AEF) ; complétées par celles des groupes en provenance de l’Afrique de l’Ouest (AOF) ; en particulier du Sénégal, du Dahomey, du Nigéria, du Togo etc. 

Avant l’indépendance du Gabon, l’intégration de ces arrivants était si totale et si sincère que la prise de la nationalité gabonaise ne les obligeait pas. Leur contribution à l’organisation du jeune nouvel Etat en formation était très appréciée et s’affirmait principalement dans les affaires, avec pour secteurs  de prédilection le commerce et les services. 

A cette époque, le fichier d’état civil territorial était sous le rigoureux contrôle de l’administration coloniale. Et, tous les peuples sous tutelle avaient la « nationalité française ». Au niveau social, des mariages furent célébrés entre gabonais et étrangers. Et, à l’exception de quelques ressortissants congolais, camerounais, et  Equato-guinéens dont les familles, souvent de clans et de patronymes communs, se retrouvaient dans deux de ces pays. 

Rares, à cette époque, étaient les étrangers originaires de l’Afrique de l’Ouest qui occupaient et exerçaient des hautes fonctions administratives ou politiques au Gabon. 

Les mélanges successifs entre les gabonais d’origine et les gabonais d’adoption n’ont pas réussi à créer un climat social national favorable à une saine et durable cohabitation des deux catégories. Au contraire, les mentalités ont évolué vers le rejet catégorique de l’étranger. 

Plusieurs faits expliquent ce rejet du « tout sauf étranger » qui frise parfois la xénophobie. 

D’abord, l’entrée anarchique et continue au Gabon d’une masse d’étrangers en situation irrégulière, puis l’obtention ou l’octroi trop facile et rapide de la nationalité gabonaise par une administration qui n’a pas mis en place une politique d’immigration rationnelle et protectrice. 

Il y a ensuite le développement étouffant des lieux de culte et autres alcôves fétichistes truffés d’étrangers dans les quartiers populaires: églises de réveil, mosquées, marabouts, voyants, charlatans. 

Et enfin, l’implication des étrangers, associés ou pas aux gabonais, dans les faits divers crapuleux et violents. 

Ce rejet généralisé est devenu plus coriace et plus palpable depuis 2009, après la prise de la direction du  pays par Monsieur Ali Bongo Ondimba qui a installé les gabonais d’origine étrangère dans des fonctions étatiques prestigieuses et stratégiques en provoquant chez ses compatriotes,  un profond sentiment de frustration... 

Aujourd’hui, les gabonais se sentent dominés et diminués chez eux, trahis et délaissés par le Chef de l’Etat. Cette crise est née des violentes contestations post électorales qui ont causé une fracture entre la population et le candidat déclaré vainqueur à la présidentielle. 

Malgré l’exécution graduelle des projets contenus dans son projet de société, pourtant porteur d’espoir, et les transformations qui en découlent ; ces faits sont ancrés dans la « mémoire collective des gabonais ». 

En retour, le Chef de l’Etat donne l’impression d’être convaincu, à tort ou à raison, que « son peuple ne l’aime pas, ne le considère pas » ? 

Et que, conscient de ce désamour, il se trouve dans l’obligation de composer avec la catégorie de gabonais qui lui témoignent fidélité, soutien et estime, groupuscule formé de citoyens naturalisés, aux profils et aux statuts sociaux hybrides, traités d’usurpateurs et d’imposteurs par la grande majorité des gabonais. 

Certains, par leur comportement arrogant et hautain provoquent contre eux  le courroux, voire la haine. 

A l’exception de Libreville, Port-Gentil, Gamba, et bien entendu « Lambaréné fourre tout », très peu de gabonais se portent candidats hors de leur « localité d’origine », sans susciter des critiques plus ou moins ouvertes. 

De plus, dans un pays où une partie du peuple refuse droits et prérogatives à l’autre  (le « Tout-sauf-Fang » est assez édifiant et éloquent à cet égard), tout le peuple n’acceptera jamais tout le temps, d’être commandé par une partie des gabonais étrangers.  

C’est dans ce contexte caractérisé par une psychose sociale que les gabonais issus de l’immigration, supposés remplir toutes les conditions pour être éligibles et électeurs aux différents scrutins du pays, sont inscrits dans les listes pour les locales. 

Décidément, on n’arrête pas le progrès…. 

La formation d’une population nationale multiraciale, multiethnique, multiculturelle se fait progressivement au fil du temps ; par le travail et le partage des valeurs du vivre ensemble et en harmonie. 

Ce n’est ni le fait du prince, ni le décret arbitraire d’un pouvoir qui peut unir les personnes qui n’ont rien en commun. 

En Afrique, le joug nègre qui a succédé au joug colonial a hérité et perfectionné les vicieuses et violentes méthodes de commandement de ce dernier, tout en les rendant plus grossières. Les peuples noirs d’Afrique ont souvent été dirigés par des Chefs fantoches, impopulaires, immoraux et insoucieux des difficultés de vie des masses. 

Les gabonais ont raison de refuser chez eux ce que les autres peuples refusent chez eux. 

Depuis que les habitants d’ailleurs ont compris que le gabonais est pacifique et hospitalier, le Gabon est devenu le lieu d’expérimentation et de sublimation de toutes les vilenies, de tous les abus, de toutes les vanités. 

Et, les arrivants qui sont cooptés pour participer à la gestion de leur destin ne sont pas de mentalité irréprochable et de compétence avérée. 

Souventes fois, l’on a constaté que ce sont ces « derniers de la classe » qui parviennent à se hisser au faîte de l’Etat, que ce sont les gabonais à l’état civil entaché d’irrégularités qui sont mieux traités que les gabonais qualifiés « de pure souche ». 

Si le Gabon doit devenir un Etat-uni formé des personnes en provenance des autres parties du monde, ce processus doit se faire sur la base des conditions, des procédures, des principes et des lois rigoureusement codifiés. 

La mondialisation et la libre circulation des personnes ne signifient nullement qu’il faut ouvrir les frontières au point de laisser entrer l’infamie et la perversion de la morale. Notre appareil d’Etat est encore si faiblement structuré, qu’il ne faut pas se précipiter pour instituer la libre circulation des personnes entre l’étranger et le Gabon, et,  faire en sorte que les étrangers se retrouvent insolemment au sommet des Institutions de la République. 

Puisque les Etats noirs semblent avoir opté pour l’autocratie et renoncé à la démocratie, pourquoi donc s’étonner que la bonne gouvernance, le vote citoyen, le suffrage universel et partant la souveraineté du peuple soient blasphémés et relégués au rang des inutilités. 

A tous, la sagesse impose la modération, le respect des valeurs collectives et l’écoute permanente des peuples dont les conditions d’existence sont très médiocres et très éloignées de celles, bien meilleures, de nos contemporains de ce début du siècle.      

29 oct. 2013

POLITIQUE NATIONALE DES LOGEMENTS SOCIAUX...COMMENT ?

L’évocation des expressions : politique sociale, logement social, plan social, crédit social, assistance sociale, sécurité sociale, le Social… ramène à un sympathique sentiment à l’égard des nombreux citoyens qui ont des besoins sans pour autant disposer de moyens suffisants pour les satisfaire. 

Les différentes catégories de personnes qui composent la société sont placées dans des conditions si contradictoires, au point que les unes, la multitude,  expriment des besoins basiques, tandis que les autres, l’infime minorité, peuvent subvenir à la totalité de leurs besoins en conservant un surplus d’argent inutilisé dont ils ne savent même pas quoi en faire. Cette logique qui est propre aux sociétés  capitalistiques et à leur système économique marchand s’est généralisé ; particulièrement depuis le recul du modèle socialiste (suite à la maladroite pérestroïka initiée par M. Gorbatchev  « qui a mis  fin » de la guerre froide) dont se réclamaient l’URSS, la Chine, l’Albanie, Cuba et d’autres régions du monde, en formant le groupe communiste.  

La question sociale, qui se résume à la recherche des solutions à l’ensemble des difficultés de vie des populations les plus vulnérables d’un pays, a toujours été au cœur de l’action publique des gouvernants, en tant qu’elle touche un grand nombre de familles. 

En Afrique et dans le reste du monde, nombreux besoins sont récurrents et font l’objet d’une attention particulière de la part des pouvoirs publics. Au nombre de ces besoins se trouvent : la santé, l’éducation, l’emploi et le logement qui, avant les besoins en infrastructures, en loisirs et divertissements se rapportent directement à l’intégrité physique et moral, et à la dignité de l’homme. 

Pour cela, un Etat ne doit pas donner l’impression de privilégier les activités festives et jouissives dont les coûts représentent des montants réputés faramineux.  

Au Gabon, le Gouvernement en charge de la mise en œuvre de la politique du Chef de l’Etat a entrepris de traiter graduellement la question du logement, en particulier du logement social. Cette orientation politique officielle qui est ancienne, n’a jamais donné que des résultats mitigés. 

Depuis 1949, la politique étatique du logement en faveur des moins nantis a été conduite par 4 principales sociétés : 

  • la Société Immobilière de l’Afrique Equatoriale Française (SIAEF en 1949), 
  • la Société Immobilière du Gabon (SIG de 1960) devenue Société Gabonaise d’Aménagement et d’Equipement Immobilier (SGAEI), 
  • la Société Nationale Immobilière (SNI en 1971) dont les activités,  pour l’essentiel, n’ont abouti qu’à la formation de nouveaux millionnaires par les détournements des fonds mobilisés. 

Parmi les réalisations depuis 1949 se trouvent les lotissements construits à Jeanne et Blanche (quartier Louis en 1949-1950), la Cité des cadres et Camp de police de Port-Gentil (1951-1952), Akébé-Peyrie (1953-1962), Likouala Moussaka (1963-1972), Gamba (1971-1984), Nomba domaine (1974-1984) et plus récemment, Owendo, Angondjé etc. 

Comme dans la majeure partie des pays du monde, aucun projet ne se fait au Gabon sans que des commissions ne soient versées à leurs gestionnaires. 

Les cités construites par ces sociétés immobilières ressemblaient davantage aux « cages à lapins » qu’à des maisons d’habitation pour l’homme : point de court et de jardin, matériaux primaires à l’instar de Likouala Moussaka et de la SNI Owendo et ailleurs, plans et configurations inadaptés aux mœurs locales. 

L’on a sorti les habitations populaires des bidonvilles pour les reconstituer améliorées en cités dortoirs. Les gabonais ne sont pas habitués aux maisons à niveaux ; ils se sentent bien sur la terre ferme. Les maisons destinées aux personnes à faible revenu doivent être simples, fonctionnelles et « posées sur le sol ». 

Nous avons connaissance de ménagères qui possédaient un lopin de terre, qui y ont construit une maison de 3 à 4 chambres comprenant séjour, salle de repas, douche, WC et  cuisine intérieure avec un salaire mensuel de 90.000 FCFA. 

Les experts des sociétés de promotion immobilière et  les dirigeants de l’Etat n’ont jamais intégré cette réalité dans leur politique de « logements sociaux ». Le gabonais originaire d’une province de l’intérieur du pays, à revenu modeste, qui veut bâtir un logement dans la capitale rencontre un problème fondamental : celui d’acquérir un terrain pour construire sa demeure. 

La politique de l’habitat social concerne en priorité les bas salaires. Elle doit consister à octroyer aux nécessiteux une parcelle de terrain : condition sine qua non pour eux, d’accéder à un logement. 

Aussi, plutôt que de proposer aux citoyens des logements préfabriqués de 20 à 25 millions voire plus, l’Etat devrait chercher à ouvrir de grandes étendues de terrains de plusieurs milliers de parcelles, destinées à la vente à des  conditions adaptées aux personnes cibles de la politique de logement social. 

Chacun devrait alors bâtir sa maison en fonction de ses desiderata en respectant les spécifications que les experts de l’urbanisme auront au préalable défini ; en particulier le positionnement et les caractéristiques communes aux constructions. 

C’est de cette façon que l’on sortira la politique officielle de logement social des « quartiers populeux sous-intégrés » pour la positionner dans le cadre des « Quartiers Résidentiels Populaires Gabonais : QRPG) à créer. Il y a assez de place aux alentours de Libreville, du Cap, d’Essassa et de Ntoum pour une telle stratégie d’accès au logement peu coûteux au moment où par enchantement, les axes routiers Libreville-Kango et Libreville-cap Estérias sont en amélioration continue. 

Concomitamment, en partant de la connaissance des demandes en logements et leur prévision d’évolution, l’Etat pourrait créer une société d’économie mixte (SEM) de commercialisation des matériaux de construction. Pour sa faisabilité, l’agencement des phases d’actions de notre réflexion-suggestion seraient : 


1 - Déterminer le potentiel de demandes de terrains et de logements exprimées par les catégories de salariés ou de personnes ayant des revenus qualifiés de « modestes » et reconnues comme tel, et en prévoir la progression ; 

2 - Repérer et fixer les zones et les superficies à mettre en valeur pour la création progressive des parcelles ; 

3 - Dresser un plan de masse comportant le positionnement des bâtiments, des voiries et de toutes les entités commerciales, sportives et de loisirs collectifs ; 

4 - Fixer la dimension normative de la parcelle entre 2.025 et 2.500 m2 ; 

5 - Créer une grande société de BTP qui ferait, en tant que de besoin, appel aux sous-traitants et qui exercerait les activités de déforestage, d’assainissement, de remblai et déblai, de fabrication de matériaux de construction, placée sous la tutelle technique du Ministère de l’habitat et de partenaires privés ; 

6 - Acquérir les matériels et équipements appropriés de génie civil ; 

7 - Lancer les chantiers et fixer la durée indicative des travaux et la  période d’achèvement ; 

8 - Créer un comité indépendant de réception et d’examen des dossiers de demande et de vente des parcelles ; 

9 - Définir et publier les conditions et les critères stricts d’accès aux terrains ; avec pour priorité, l’engagement d’investir dans la construction d’une clôture ; de faire de la maison son habitation principale pendant au moins 5 ans, de ne pas la mettre en location durant cette période et de ne la vendre qu’après un délai prédéterminé avec l’accord du Comité.

Cette réflexion-proposition, qui émane d’un simple observateur, et point d’un expert en génie civil, fait suite à une visite effectuée aux chantiers en cours pour la construction des logements qualifiés de sociaux à Angondjè et dont la laideur n’a d’égal que la connaissance des us, coutumes et modèles d’habitation des gabonais. 

L’exemple des maisons à deux niveaux de Batavéa et Likouala Moussaka a montré que ce style de logement ne convenait nullement aux familles gabonaises. 

Mais voilà que l’on reprend à plusieurs années d’intervalle, ce modèle avec des matériaux préfabriqués qui ne sont pas adaptés à un pays ensoleillé, chaud et humide comme le Gabon. 

De plus, comme au temps de la SGAEI et de la SNI, les bâtisses sont si rapprochées qu’à des occasions et à des situations spéciales ou particulières, on entendrait le voisin ou la voisine rire, pleurer, crier ou gémir… 

Les cités d’Angondjè ne peuvent intéresser que les personnes qui sont dans l’extrême urgence et ayant un besoin immédiat de foyer. 

Il est inhumain et indécent de proposer ce genre de logis, aux familles qui ont des enfants en bas âge, pour habitation et pour la vie dans un pays où il y a de grands espaces libres. 

La rentabilité d’une politique d’habitat social ne se trouve pas au plan commercial, mais bien au plan sociopolitique. Pour cela, l’Etat devrait se détourner de toute considération mercantile et ne privilégier que la satisfaction des intérêts de ses habitants. Seul l’intéressement  des agents privés doit faire l’objet de recherche de profit pour leur rémunération qui doit être en partie assurée par le projet. 

Répétons que la « politique de logement social », repose sur la justice et la transparence et commence par la disponibilité permanente des parcelles à bas prix destinées aux catégories visées. Les acquéreurs des lotissements seront responsables de la confection du plan, de la mobilisation du financement et du rythme des travaux de construction de leur maison. 

La création de nouveaux types de quartiers populaires pourrait constituer, pour la politique d’émergence d’Ali Bongo, un choix, une décision et un acte décisifs et démonstratifs d’une volonté pour apporter une solution durable à un problème social structurel du pays. 

La mise en œuvre de cette importante politique dans les principaux centres urbains, en particulier à Libreville, serait très mobilisatrice et pourrait réactiver l’attention et la confiance des catégories concernées et atténuer les doutes que certains manifestent à l’égard de la politique sociale officielle émergente préconisée par son initiateur.