23 avr. 2015

CONVERSATION ENTRE JEAN CHRIST MBINA ET MOI


Au commencement était la parole et la parole par magie créa le monde et du monde sortit l’homme et l’homme retourne à la terre : au monde, à Dieu, à lui.      

JeanChrist Mbina : Bonjour Grand! C’est avec  beaucoup d’émotion, de sentiments entremêlés, faits de tristesse, de confiance et d’espoir que j’ai lu et relu ta missive (à lire ici) dans laquelle tu abordes des sujets qui sont hautement importants pour notre pays, ses femmes et ses hommes qui forment son peuple. 

Je constate que les oppositions socio politiques se sont exacerbées et se radicalisent au point que nombreux craignent que ce climat malsain devienne de plus en plus nauséabond et diabolique et qu’il conduise à de regrettables débordements. 

Guy Nang-Bekale : Eh oui ! Tu sais bien que le peuple vit une tragédie qui lui est imposée depuis plus d’un demi-siècle par un groupe de compatriotes cyniques et avides de puissance. Croupi dans la pauvreté, l’indifférence et la détresse, le peuple subit ce joug par ignorance et par peur. 

Plus aucune de ses composantes sociales ne prend la responsabilité de faire face à l’ignominie et à la misère généralisées. 

Pour les jeunes, adultes et vieux, tout se passe comme si, dans une méprise totale, l’on privilégie la bêtise et l’éphémère supplante le durable…Cher frère et ami,  désormais l’étranger est roi et le gabonais serf dans son pays. C’est une honte ! S’il en est ainsi, c’est par ce qu’une minorité des gabonais l’a voulu.

JeanChrist Mbina : Guy, quelle misère ! On parle de plus en plus de corruption, de crimes rituels, d’homosexualité, du manque de patriotisme et de sens du discernement… Face à ces répugnantes pratiques « Que  Faire  » comme dirait Vladimir Ilitch Oulianov Lénine ? 

Depuis la nuit des temps, c’est toujours le même scénario : d’un côté, les puissants tueurs, et de l’autre, les hommes d’amour immolés. 

Dois-je te faire l’injure de te rappeler ce qui est arrivé à un jeune homme du passé, âgé  d’un peu plus d’une trentaine d’années, qui voulait transformer, par la parole et le geste, les mentalités et les pratiques ignobles du Pouvoir politique des puissantes autorités religieuses et royales de son époque? 

Le sort qu’il a connu est celui qui est réservé à tous les Êtres de cœur et d’intelligence de toutes les époques et de tous les pays : la mort. 

Grand, le Nom de celui dont mon prénom porte la particule a donné un sens spécial à la mort des martyrs et des honnêtes gens. 

Guy Nang-Bekale : Oui JeanChrist, un jour sera où malheureusement notre humanité, se souvenant de Talion, exhumera sa loi. En ces temps-là, l’homme appliquera à nouveau le « qui tue doit être tué » ; il recourra à sieur Guillotine

La présence de Talion et Guillotine dans une même société  à notre « époque moderne », est traductrice de la dégénérescence de celle-ci et de tout Etat ; en particulier des Etats qui se réclament de la République en s’auto qualifiant de Droit. 

Le droit, la justice et le bien collectif n’existent plus quand les criminels, les assassins et les voyous, dont les noms et les actes connus de tous,  côtoient quotidiennement les simples et honnêtes gens ; leur serrent la main, leur sourient en les spoliant impunément ; tout en paradant en toute tranquillité à travers le monde. 

JeanChrist Mbina : Mon cher frère, n’y a t-il pas de solution adaptée et consensuelle à cette humiliation qui perdure et dont aucune fraction du peuple ne trouve la sortie ? 

Souviens-toi, jeunes, nous avons lu un ouvrage dont un passage disait que « seuls les renégats à toutes les idéologies et à toutes les humiliations, à aucun pouvoir ne se rebellent »

La révolte, la rébellion dont il s’agit, c’est la liberté de choisir, de dire, de faire et d’entreprendre ce qui est conforme aux règles et lois sociales applicables à tous. 

Elles partent de la lutte pour le droit à la nourriture jusqu’à la lutte pour l’organisation des élections propres ; c'est-à-dire justes et transparentes. 

Guy ! Quoique vivant loin du Gabon, je lis tes articles qui sont publiés dans le « Mbandja » et portés sur ton blog internet par certains de tes lecteurs. J’ai parcouru les commentaires élogieux et les critiques acerbes des uns et des autres. Que cela ne te décourage point, continue ton œuvre. Un jour, tu seras honoré de la reconnaissance qui est réservée aux hommes qui sont souvent incompris, voire moqués de leur vivant. 

En 1990, après l’assassinat de Joseph Redjambe, tu as pris tes responsabilités en ta qualité de Président du PGP dans l’Ogooué Maritime. Tu avais invité la population à exprimer sa colère, son indignation et du mépris pour ces hommes-chiens qui ont perdu le sens de la compassion et qui ont jeté leur humanité aux chiottes. 

Tu as été torturé, emprisonné, appauvri et relégué au rang de paria par une plate aristocratie de pouvoir et d’argent qui a perverti et ruiné le pays et ses habitants par ses comportements de satrapes aux appétits sans limites. 

Aujourd’hui, certains osent affirmer que tu es corrompu et que tu as profité du  régime PDG-Bongo. Pauvre Gabon, mon pays ! 

Pourquoi ton peuple ne parvient pas à faire la distinction entre la race des bandits notoirement connus et le petit nombre de patriotes qui souffrent de ne pas pouvoir manifester à ce peuple leur amour. 

Il me revient qu’à 18 ans, nous avons passé les vacances au Lac Azingo, à Nfangja, chez Mie Nzeng dans le Moyen-Ogooué. Nous marchions sur le chemin caillouteux qui mène au fond de la languette de terre sablonneuse, à l’ombre du feuillage d’un gros arbre, nous nous sommes assis et, de mon tréfonds sont sortis des sanglots, des larmes et des cris incontrôlés et incontrôlables. Le choc a duré plusieurs minutes. Puis, tu m’as dit : « Pourquoi pleures-tu JeanChrist ? Je t’ai répondu qu’une lueur est sortie des nuées et s’était posée sur le feuillage touffu et luxuriant de l’arbre en prenant la forme d’un cœur. Nous nous sommes alors tenus par les yeux et tu m’as dit « Jean, c’est peut-être ton Christ qui t’a fait voir cela »…Puis nous avons pleuré, prié et chanté. 

Guy Nang-Bekale : Oui, il m’en souvient. Je confesse qu’il m’arrive de voir cloué sur la croix, non pas un Christ de race blanche, mais un Christ noir d’ébène à notre ressemblance. 

Frérot, nous sommes tous des Christ ! C’est cela que tous les hommes de toutes les races du monde ont en  partage pour l’éternité.  Seuls les hommes au cœur pur et tendre peuvent accéder à ce type de mystère que certains nomment hallucination. 

Pour ma part et pour cause, je sais que tu as eu cette vision. La couleur de la peau est insignifiante, le racisme est un parfait produit de l’ignorance et de la bêtise. Dehors les racistes ! 

JeanChrist Mbina : Morah ! C’était ton surnom quand nous étions gamins. Pour avoir choisi le camp du peuple, tu as perdu les privilèges attachés au  mode de vie qui est réservé aux citoyens qui ont, comme toi, des références et une formation pour prétendre à une existence calme, tranquille et vertueuse. Qu’à cela ne tienne, tu es pour moi une valeur et une référence et tu le demeureras tant que nous vivrons. 

J’ai beaucoup appris de toi. Tu m’as fais comprendre que la trahison, l’injustice, l’insolence, le mensonge et tout ce qui y ressemble est le lot des gens égoïstes et méprisables, qu’il faut s’en tenir à la morale, à la grandeur et à la noblesse qui font accepter la mort, sous toutes ses formes, à ceux qui ont un sens très élevé de la Liberté. Qu’elle vienne des assassins ou de la nature. 

Grand frère, je t’aime et je t’admire par ce que tu n’as jamais cessé d’aimer ton prochain, ni de t’émouvoir devant la misère, l’injustice et la connerie en général ; par ce que tu sais pleurer et tu sais rire… Parce que tu as de l’humour et il y a de l’auguste dans ton comportement. Ce sont là, des valeurs que l’on ne trouve plus chez nombreux de nos compatriotes qui,  par leur propension effrénée à l’enrichissement rapide et facile, appauvrissent le peuple et se placent inconsciemment sous le dictat du diable. 

Tu m’as souvent dit que malheur à ceux qui blasphèment l’intelligence, l’amour, la vérité et la justice. 

Guy Nang-Bekale : En vérité JeanChrist, il n’y a que les niais et les impies qui sont capables des formes de laideurs dont tu parles. 

Celui qui n’a jamais commis de bêtise, qui n’a pas connu des moments de révoltes et de rêves, qui n’a jamais été idéaliste en préconisant le bonheur des pauvres par les prélèvements sur la fortune des riches ; qui n’a jamais été fasciné devant les exploits courageux des justes, qui n’a jamais ressenti des déchirures intérieures… 

Celui qui n’a pas vécu certaines de ces choses dans sa jeunesse ou au cours de sa vie, ne sera qu’un individu misérable, vantard, prétentieux et idiot. 

Autour de nous et à travers le monde on rencontre cette engeance qui, du reste, est en perpétuelle croissance. Des imposteurs et parjures qui changent de logique au gré de leurs intérêts qu’ils font passer pour ceux des peuples. 

JeanChrist Mbina : Cher aîné ! Tu as souffert jeune, pour avoir été juste et audacieux. 

Mais aujourd’hui, combien de jeunes sont capables d’audace et de témérité pour magnifier leur jeunesse et la rendre glorieuse ? 

Les adultes parlent aux jeunes des problèmes des jeunes sans leur avoir dit ce qu’à été leur propre jeunesse. Ils parlent  des conditions de vie des jeunes sans leur avoir raconté ce qui a donné du sens à leur jeunesse… 
Après cela, les adultes dissertent sur le conflit des générations sans dire de quelles générations il est question. 

Quand nous étions universitaires, souviens-toi  qu’on disait « merde » pour se souhaiter bonne chance aux examens. Est-ce cette merde qui est passée sur nos diplômes au point qu’ils soient méprisés par ceux qui n’en n’ont pas, ou qui n’ont que des faux parchemins. 

Les adeptes de la facilité et de la paresse n’ont jamais eu de considération pour les partisans de l’effort et du travail. 

Guy Nang-Bekale : Observe que dès 1990, tous ceux qui se sont engagés dans  l’opposition et le changement ont gaspillé beaucoup d’efforts et fait d’énormes sacrifices pour des résultats insignifiants. Ils ont été dédaigneusement qualifiés de moutons égarés, d’aigris et de fous par les stipendiés du régime PDG-Rénovation dont certains se réclament aujourd’hui de l’opposition… 

Elle a du bon l’opposition ! Tard vaut mieux que jamais ! La mort d’Omar Bongo est en train de donner naissance à un « PDG nouveau » ; où les anciens « rénovateurs », « appellistes » et autres « caciques » se retrouvent au nom du patriotisme qui nous guide et nous unis. 

C’est par la faute des pédégistes et des bongoistes que le PDG se liquéfie en enfantant une opposition de type nouveau, robuste et déterminée, qui pourrait conduire à l’alternance. 

Patriotes sincères, traîtres et fieffés opportunistes s’y engouffrent allègrement. 
  
JeanChrist Mbina : Guy ! Au nom de quoi un opposant officiel à un régime politique peut-il être traité de voyou, de voleur, de criminel ? 

J’affirme que c’est pour ses idées, ses convictions, ses actes, ses pratiques et son comportement social que tout homme doit être qualifié et justifié. 

Jusqu’à ce jour, je me pose la question de savoir pourquoi on te fait passer pour un persiflé, un méchant, un extrémiste jusqu’auboutiste. 

J’espère qu’un jour, tu parleras aux gabonais pour leur dire ta part de vérité sur toi et sur ce qui a été baptisé « les évènements de 1990 à Port-Gentil ».  

Guy Nang-Bekale : Je crois t’avoir déjà dit frérot, que je me suis intimement lié d’amitié avec la Liberté, la Justice et la Vérité au point que nous sommes unis par une vive et inaltérable complicité. 

Au crépuscule d’une vie, toute créature humaine doit se tourner, malgré les fatigues nées du poids des ans et de rudes épreuves, vers son créateur pour se rattacher à lui comme il l’a été avec sa mère, par le cordon ombilicale jusqu’à sa naissance. 

JeanChrist à l’approche de la mort, de l’ultime jour, l’homme cherche à se lier à Dieu par un cordon nouveau qui a été appelé « Religion » par les anciens savants ; et que le postérieur troupeau d’imbéciles a transformé en une corvée, une pratique contraignante faite d’obligations, d’interdits, d’adorations hypocrites et d’achat de bonheur pour accéder à l’éternité. 

C’est en vieillissant sous l’effet du soleil, de la pluie, du vent, des souffrances, des joies et de nos diverses activités terrestres que nous allons vers Dieu avec pour devoir de le manifester, de le magnifier et de le transmettre aux plus jeunes. 

Heureux l’homme qui vieillit et meurt sans souffrance, sans avoir été grabataire et en prophétisant.

JeanChrist Mbina : Effectivement, un demi-siècle de vie ou plus transforme l’homme et le projette hors de la terre et de lui-même. 

Combien d’humains ont compris que le vieillissement porte  la déification et conduit à la divinité. 

Il me semble que tout comme la racine est à la plante, l’Homme est à Dieu. 

Guy Nang-Bekale : Ne dis pas « il me semble ». Affirmes-le, parce que c’est cela qui est ! 

Rappelle toi les paroles répétées à chaque eucharistie par les serviteurs homologués de la religion ouverte : « l’Esprit Saint fait de nous une Eternelle Offrande à la Gloire de Dieu »

Ces paroles contiennent une vérité sublime et infinie. Dieu est pour les vivants et les morts. 

Tu as sûrement constaté que les hommes ne parlent de Dieu et du diable que de leur vivant. Au jour de deuil, dans les homélies, on remet tout ce qu’un défunt a fait, non pas au diable, mais à Dieu. On ne parle plus du diable qui meurt en même temps que l’homme qui l’a porté durant toute sa vie, tandis que Dieu demeure à la fois parmi les vivants et avec celui qui quitte le monde. 

L’homme meurt emportant le diable avec lui. Il ressuscite pour l’éternité en portant Dieu en lui.

JeanChrist Mbina, c’est ça la magie de la foi !

22 mars 2015

A L'ABBE NOEL NGWA NGUEMA, A MON ONCLE BIEN AIME : PAR AMOUR, RESPECT ET ADMIRATION.


Tous nos aînés, prestigieux fils de Nguema nés au Gabon, ont eu une vie qui fait de leur séjour terrestre une tragédie au goût inachevé. Par leur formation et leur expérience professionnelle, soutenues par un excellent cursus scolaire, universitaire, et intellectuel ; chacun d’eux aurait, peu ou prou, légitimement prétendre jouer un rôle majeur dans l’organisation et le développement du Gabon, ce minuscule pays. Chacun d’eux pouvait prétendre accéder au sommet de l’Etat pour le gérer au nom et au profit du peuple. Ils ont connu le sort de ceux qui sont en avance sur leur temps, sort  fait de douleur, d’inquisition, d’incompréhension, d’indifférence et de solitude…S’il en est ainsi, c’est que Dieu l’a voulu.
    
Germain Mba Nguema assassiné, Jean Pierre Nzoghe Nguema emprisonné, humilié et torturé ; Marc Nan Nguema menotté, humilié et emprisonné ; Noêl Ngwa Nguema emprisonné, humilié  et sauvagement torturé. Presque tous sont décédés dans le silence malgré la violence de leur mort. 

De ces valeureux fils de Nguema, il reste en vie un seul qui a également été emprisonné, humilié : c’est Jean Marc Ekoh Nguema qui a été moqué depuis l’âge adulte jusqu’au crépuscule de sa vie par des gens sans moralité et irrespectueux de nos valeurs, mœurs, us et coutumes. Les jeunes doivent honorer et assister les Etres vieillissants en phase de partance.

Que s’est-il passé dans le passé pour que la malédiction frappe ces talentueux citoyens gabonais, ressortissants de la Famille de Nguema ? Bien formés, et techniquement qualifiés, ils n’ont point joué un rôle à la hauteur de leur charisme, de leur compétence et de leur engagement politique courageux en faveur du camp des démunis.

Quand meurt un homme, la multitude qui reste en vie le couvre d’éloges. Au Gabon, l’amitié, la fraternité et  l’amour,  qui sont enseignés et prônés dans tous les lieux ésotériques qui se veulent sains, ont laissé place à la haine, au mépris et à la moquerie. 

Nos valeurs ancestrales, en se mélangeant à celles qui ont été transplantées dans notre société par importation, ont perdu toute leur saveur. Les religions, particulièrement la catholique qui est la plus pratiquée au Gabon, ont assené des coups mortels à nos lieux saints ancestraux. Le métissage et le syncrétisme qui s’en sont dégagés ont, non seulement édulcoré leur teneur, mais en plus, ont transformé les gabonais, devenus poltrons et rendus plus malléables et peu audacieux. Dans cet embrouillamini général, quelques rares  compatriotes ont gardé leur dignité intacte ou presque. Parmi cette noble « oligarchie » morale et spirituelle se trouvent quelques uns de ma parenté : ces Nguema, dont j’ai toujours été fier et qui ont servi et qui serviront d’exemple et de guide à certains jeunes, comme le Christ l’est pour beaucoup depuis des générations. 

Porté par les premiers prêtres blancs venus de l’occident, l’homme noir africain, toujours abusivement hospitalier, a accueilli le Christ comme sauveur. Nos ancêtres, dans les temps anciens, après avoir donné leurs meilleurs fils aux esclavagistes négriers qui les conduisaient hors de l’Afrique pour des travaux corvéables mortels ; ont, dans les temps dits modernes, donné à l’église de Christ leurs fils, souvent premiers nés et le « bagage à mains » indispensable; dégarnissant ainsi la famille de ce qui incarnait sa divinité. Dans la Province du Moyen Ogooué, des familles miéné et fang ont poussé leurs enfants, souvent les meilleurs, à la profession religieuse dans les milieux protestants et  catholiques. 

Marc Saturnin Nan Nguema a échappé à la prêtrise après des rudes palabres entre ses clans maternel et paternel. Pour l’écarter de la voie sacerdotale il fut orienté vers l’éducation et la formation scolaires officielles traditionnelles. Ma naissance tardive et la généralisation de l’enseignement scolaire laïc m’ont soustraie de la voie des ordres. Malgré cela, il est resté gravé en nous un tenace sentiment religieux christique.

Noêl Aimé (je découvre ce second prénom qui est parmi les plus beaux prénoms français) Ngwa Nguema, notre oncle et ainé, est entré dans le monde ecclésiastique un peu comme « par défaut ». Chez les vrais fang d’antan, qui ne se laissaient pas embobiner par les dieux étrangers, une pièce rare comme Noël ne devait jamais sortir de sa famille. L’homme qui quitte sa famille naturelle d’origine,  pour une autre, sera toujours et  pour le reste de son existence un fils adoptif qui ne connaitra jamais toute l’histoire de sa famille d’adoption. Quand le fang qui opte  pour le service de l’église fait les vœux qui lui sont imposés, il ne sait pas à cet instant de sa vie, que l’avenir lui réserve un retour à la normativité qui le conduira à affronter des épreuves qui seront parfois en contradiction avec ses engagements sacerdotaux. Certes, les exégètes bibliques de l’idéologie christique ont retenu la confession comme moyen de se régénérer moralement et spirituellement après avoir péché ; cependant, la pratique du péché n’est pas éradiquée par l’aveu de la faute; sinon, tous les chrétiens fidèles adeptes et serviteurs de Christ n’auraient point de péchés.

Cher oncle, nos discussions sur la tradition fang, sur la profession de prêtre exercée par un fang me reviennent à la mémoire et me poussent à dire que Prêtre, tu t’étais condamné à assumer ton engagement religieux ; en gérant la chair et l’esprit, le corps et le sang de Jésus, le Possédé et l’Acquis. 

J’ai assisté à certaines de tes célébrations. J’en conclue aujourd’hui que c’est lorsque, de soutane vêtu, tu officiais à l’autel pour la célébration de l’eucharistie, droit tel une plante d’hysope, que tu étais vraiment  prêtre et christ totalement transfiguré en serviteur des Dieux. Sitôt ton soutane tombée, tu redevenais un citoyen qui avait des obligations sociales et humaines, et des droits en matière de justice, de liberté et de vérité ; exigeant pour les hommes et les femmes de ton temps des conditions  de vie collective convenables; en particulier pour ceux qui sont dans la douleur. Heureux les serviteurs de Dieu qui, face à la misère du peuple, ressentent de la douleur et dénoncent  l’oppression des pouvoirs autocratiques ; heureux et dignes sont-ils en réclamant la justice et le bonheur pour la multitude en sachant, par avance, qu’au bout se trouve la mort.

Lors de l’une de tes célébrations, tu parlais dans une homélie, avec ironie, de l’épisode du peuple d’Israël qui avait été esclave pendant 40 ans en Egypte, et qui, sous la conduite de Moise sortit de cet esclavage. Arrivé dans le désert, il eût faim et s’en prît violemment à Moïse. Israël reprochait à Moïse de l’avoir sorti du pays où il recevait une portion de nourriture, ration quotidienne, malgré les souffrances et les humiliations de leurs geôliers. Par ce qu’il avait faim, disais-tu, le « Peuple mis à part par Dieu » oublia subitement la rudesse de ses conditions de détention en Egypte, et y retourna en pensée, en souvenir …Oui, la faim ramenait le peuple de Dieu en prison. Ainsi va l’humanité. 

Oncle ! C’est par amour, respect, admiration et reconnaissance pour toi que j’ai décidé d’écrire ces lignes pour ne pas te laisser partir sans mots dire.

Ta mort a démontré que l’église catholique a perdu la pratique d’enterrer les prêtres à proximité de la paroisse où ils ont servi des années durant. L’église de Nzeng Ayong et toutes ses structures annexes sont ton œuvre. De ton vivant, tu avais clairement exprimé à tes parents et à tes confrères de l’église ta volonté d’y être enterré. Nombreux gabonais et gabonaises, civils et religieux peuvent en témoigner ; l’Archevêque y compris. La décision de t’inhumer à Saint-Jean a surpris plus d’un observateur ; moi aussi. Qu’est ce que ça aurait été juste et bon de te poster dans l’enceinte de « l’Eglise de l’Abbé Noël Ngwa de Nzeng-Ayong ». Cette décision est perçue comme une injustice qui déshérite  et déshonore   un « prélat »  qui a tout mis en œuvre pour donner aux Êtres pieux un lieu de rassemblement. Elle m’a fait écrire quelque part que : « La haine, fidèle compagne de l’Amour, portée par tes confrères et les tiers, t’a suivi jusqu’au tombeau…. » 

Mon Oncle, désormais tu es pour l’éternité en compagnie des nôtres, avec pour proches voisins, les autres adeptes amis du Christ….Et tu nous attends.






  

15 mars 2014

AUX AMBASSADEURS ACCRÉDITES AU GABON...

Excellence, Madame, Monsieur ! 

La situation sécuritaire en l’Afrique francophone nous interpelle tous. C’est pour cette raison que nous souhaitons vous faire réagir, ou simplement vous faire réfléchir, sur la mise en œuvre, par vos Etats, des missions salvatrices en faveur des pays nègres francophones qui sombrent dans de meurtriers conflits sociaux. 

Nous constatons, avec beaucoup d’admiration et de  reconnaissance, qu’au moment où certains de vos pays amis du continent européen sont secoués par de violentes crises sociales provoquées par les revendications populaires multiformes, vous déployez d’énormes moyens économiques, matériels, financiers, militaires et politiques pour régler les conflits qui naissent à travers le monde, et en particulier en Afrique noire française subsaharienne. 

Cette marque d’intérêt et d’amitié est louable et réjouit les humanistes du continent… Peu importe le volume des moyens, la Paix et la Démocratie que nous appelons tous de nos vœux n’ont pas de prix et justifient ces sacrifices.

Madame, Monsieur ! 

Ce qui est horripilant, c’est de savoir que depuis des décennies, les incendies que vous venez éteindre partent du même foyer de tension. La cause majeure qui est à l’origine des crises qui justifient vos interventions militaires en Afrique est « la prise illégale et l’exercice brutale du pouvoir d’Etat par des groupuscules qui violent à la fois la loi, et les fondements élémentaires de la démocratie »

Evidemment, vous savez parfaitement qu’en Afrique, les élections, en particulier l’élection présidentielle, sont des mascarades, et votre complaisant comportement à l’égard des mauvais gagnants fait dire que vous les cautionner et que vous en êtes complices. 

Pourquoi n’intervenez-vous que pour rétablir l’ordre suite aux crises sociales aiguës, aux coups d’Etat et aux violents conflits post électoraux ? 

Savoir que vous dépensez d’énormes sommes d’argent qui peuvent servir à autres choses et surtout, que vous perdez des vies humaines (vos soldats meurent à travers le monde) pour des responsables qui ne parviennent pas à gérer convenablement leurs institutions et à respecter les lois qu’ils ont librement édictées et adoptées, suscite une réelle curiosité. 

Pourquoi ne déployez-vous pas ces moyens pour imposer des élections libres, justes, transparentes et propres… pour prévenir les violences ?

Excellence ! 

Vous êtes témoin inactif de la transformation en royauté de la forme républicaine donnée aux Etats, par vous, en même temps que les indépendances de vos anciennes colonies. Par tous les moyens, les fils de président succèdent à leur père, confisquent les pouvoirs, offensent les démocrates et instaurent les monarchies d’un type nouveau. 

Quand le désespoir arrive à saturation et la misère à son comble, le moindre accrochage se transforme en affrontement, toutes les haines éclatent, le sang coule, les populations sont déplacées, des camps de réfugiés se forment… Et, à posteriori, vous arrivez sur les lieux pour constater les dégâts et pacifier le pays. 

Les africains apprécient à leur juste valeur les énormes efforts que vous faites pour les aider à retrouver la paix après leurs sanglantes « guerres ethno-religio-politiques ». Néanmoins, votre impartial appui aux processus d’accès au pouvoir d’Etat par des élections transparentes serait de nature à réduire progressivement les  cas de violences armées et autres génocides en Afrique…tout autant que vos interventions militaires. Il vaut mieux prévenir que guérir... 

Dans quelques mois, les élections présidentielles seront organisées dans certains pays africains francophones, dont le Gabon. Des chefs d’Etat en poste seront sûrement candidat à leur succession….Ailleurs, certains tentent déjà de s’imposer en falsifiant la constitution. Il y a encore du temps pour engager des actions qui permettraient d’éviter la manipulation des processus électoraux, par la fraude, l’utilisation de la violence armée et toutes les formes de combines occultes funestes. 

Nous disons « Oui à l’Ingérence Politique Electorale (IPE) » pour organiser des élections libres propres, transparentes, démocratiques…

…Aux gabonais nos compatriotes !

Que ceux d’entre vous qui sont détribalisés traduisent ce texte à ceux qui ne parlent pas et ne lisent pas le français. Je me mets en demeure de tenir ces propos, compte tenu de mon âge, de mon expérience militante et d’homme, de mes sentiments humanistes et patriotiques mais aussi, au regard des signes avant-coureurs qui annoncent des moments de violences, à court terme, pour le Gabon.  

Cet écrit, n’est nullement une invitation à la haine ou à la désobéissance. C’est un acte préventif qui doit être considéré comme un appel au patriotisme, à la valorisation des comportements citoyens. 

Depuis l’arrivée d’Ali Bongo Ondimba à la direction du Gabon, vous êtes dans une posture qui associe plusieurs sentiments contradictoires dont le doute, l’indifférence, l’espoir, l’agacement, l’incompréhension, la méfiance, la crainte et, malheureusement la peur et la haine aussi. 

Des trois fils qui ont succédé à leur père à la direction des Etats africains, seul Ali Bongo n’a pas judicieusement associé les anciens à son pouvoir. Quand on regarde les actualités politiques de la RD-Congo ou du Togo, on remarque la présence des personnes d’un certain âge aux côtés des plus jeunes. 

Au Gabon, les formations des équipes gouvernementales et institutionnelles sont  marquées par le rajeunissement. Le socle politique du vieux régime PDG est composé de technocrates, de diplômés et de minets…de jeunes dans du vieux sans les vieux.

Depuis les indépendances, beaucoup de pays noirs ont connu des changements politiques. Notre pays a connu 3 prises du pouvoir par les civils, et un coup de force armée qui n’a pas abouti à la prise du pouvoir.  
Ainsi, deux catégories d’agents sont susceptibles d’arriver à la direction des Etats noirs : les politiciens et les militaires. 

Les premiers y parviennent généralement par la fraude soutenue par la force des soldats, tandis que les militaires utilisent ce qui constitue leur raison d’être : les armes. 

Personne n’est assez intelligent, riche, courageux et habile pour prendre, seul, le pouvoir dans un pays. Il lui faut des alliés. La personnalité qui arrive au pouvoir présidentiel par l’élection (qui est très rarement libre et transparente en Afrique) ou par coup d’Etat (qui est souvent critiqué avant d’être reconnu officiellement) a toujours une dette à l’égard d’autres acteurs proches ou lointains : les populations dans le cas du vote et les soldats en cas de putsch. 

Si le bulletin de vote est une arme pacifique, le fusil est un outil dangereux. Et, les intellectuels, les cols blancs, les hommes d’opinions et de convictions, souvent poltrons et veules n’ont pour principale arme que la plume. Ils se trouvent désemparés, à la fois face à la fraude électorale, et face à la violence armée. 

Outre la France, ancien pays colonisateur, il y a des entités sociopolitiques qui ont une influence indéniable sur les processus électoraux des pays francophones anciennement colonisés, ce sont : les politiciens alphabétisés, les intellectuels diplômés et les militaires lettrés. Ils ont été formés aux écoles occidentales, et tous ont pour références, l’organisation occidentale de l’Etat et ses institutions publiques. 

Ceux qui pensent que l’une de ces catégories peut être apolitique ne commettent pas seulement une erreur mais font preuve de crétinisme politique. Pour chacune de ces entités, la forme prise par son arrivée au pouvoir, les moyens utilisés pour y séjourner longtemps et la façon de diriger les peuples comportent quelques nuances. 

A ce jour, un seul dirigeant africain a réussi à se donner une image d’homme d’Etat à partir de la fusion des qualités de deux de ces catégories : Thomas Sankara, « intellectuel soldat », jeune leader charismatique qui n’a jamais tenté de devenir politicien. Adulé par les peuples africains, il a été honni par la communauté internationale… Depuis des siècles, c’est toujours le même stratagème qui a cours dans les sociétés humaines. C’est pour la défense des intérêts de la masse et des valeurs que des hommes de cœur et d’honneur ont toujours été condamnés à mort, sacrifice suprême souvent accepté par avance par les victimes, dont l’amour pour les autres et l’intelligence des choses surpassent la moyenne humaine de leur temps : depuis le Christ jusqu’à nous. 

Mourir pour avoir voulu prendre le pouvoir, mourir après avoir exercé le pouvoir sont deux situations historiques qui ont marqué l’histoire et l’évolution des Etats africains post coloniaux, et leur organisation politico-institutionnelle. 

Souvent, deux formes de soutien sont apportées à tous ceux qui aspirent au pouvoir d’Etat. L’un national est valorisé à travers le pseudo-vote fondé sur le choix libre du peuple qui souvent, ne sait pas très bien où se situent ses intérêts. L’autre, international est le fait des pays développés dont les intérêts importants sont encadrés par de puissantes forces multiformes. 

La lutte pour la prise du pouvoir d’Etat en Afrique est une lutte à mort qui met en branle ces intérêts : ceux de chaque candidat et ses partisans ceux des populations indigènes portés par les candidats et enfin les intérêts des pays étrangers défendus par les Etats de la « Communauté internationale » et les firmes multinationales. 

L’élection du président d’un pays francophone noir n’est ni neutre, ni anodine. En réalité, les intérêts d’un pays ne sont ni exclusifs, ni sans partage. Ils sont liés aux intérêts des autres pays du monde, en particulier des pays partenaires. 

En conséquence, la compétition pour la prise du pouvoir dans un pays donné intéresse inévitablement, par ricochet, les pouvoirs constitués dans d’autres Etats du monde. Pour ne pas être surpris, tout candidat africain doit connaître et s’approprier cette vérité avant de s’engager dans une élection présidentielle qui est la décision cruciale pour tout acteur politique. 

Plutôt que considérer les intérêts en présence comme opposés, divergents ou contradictoires, il faut les agréger dans une stratégie politique et un plan d’actions nationale et internationale réaliste qui tienne compte de ce que nous baptisons « l’Ordre Géopolitique Mondial : OGM » qui doit déboucher sur une ingérence politique électorale transparente et publique de la Communauté Internationale. 

Cette conception internationale des relations des pouvoirs politiques étatiques concerne, sans exception, la totalité des pays du monde. Aussi, l’ingérence politique pratiquée par la Communauté Internationale trouve son officialisation et sa légalisation dans l’Ingérence Politique Electorale (IPE). Cette dernière doit être intégrée dans les agendas politiques des pays partenaires membres de la communauté internationale. L’IPE doit s’exercer avant, pendant et après la tenue de l’élection présidentielle dans un pays. Cette suggestion concerne davantage les pays où les fraudes électorales sont avérées et provoquent de sanglantes crises sociales; en particulier en Afrique noire francophone. 

Les partenariats économiques et financiers entre les pays en voie de développement et les pays démocratiques occidentaux doivent se prolonger en partenariats politiques électoraux-démocratiques pour assurer la transparence, la paix et la bonne gouvernance dans ces parties du monde. 

L’IPE aura pour but de légitimer l’arbitrage des puissants pays du monde dans les processus électoraux défaillants. Si en Afrique il n’y a pas d’élections présidentielles propres, c’est par ce que certains individus sont incapables de respecter la loi. En conséquence, cela les disqualifie à diriger un Etat de droit. 

3 mars 2014

L’ÉMERGENCE PAR "GABON D'ABORD" POUR MODERNISER ET ACTUALISER "L’UNITÉ NATIONALE"

Les propositions qui sont adressées aux responsables étatiques par les honnêtes citoyens, débarrassés de tout subjectivisme, et par les partisans désintéressés de la MRE, sont moquées et non prises en compte. 

Dans cet article, nous suggérons quelques pistes de réflexion aux acteurs sociopolitiques, socioculturels, socioéconomiques et financiers qui forment le groupe des incontournables  gestionnaires du Gabon  émergent.  

Il faut mettre en œuvre une "économie solidaire" à travers les projets nationaux intégrateurs. Pour cela, la Nouvelle Economie Politique Officielle (NEPO), doit se donner un volet social innovant fondé sur l’encouragement et l’appui à l’initiative privée nationale.

Face à la gestion politique scabreuse du PDG, bientôt ou tard, le milieu politique connaîtra une configuration qui pourrait débuter par une ouverture politique qui, pour être salvatrice et maîtrisée, doit être initiée et conduite sous le strict contrôle du chef de l’Etat. 

Les cas d’indiscipline signalés parmi les conseillers-électeurs pédégistes  lors des votes des conseils locaux ne sont que des signes avant coureurs qui indiquent qu’un examen global de « l’état du Gabon » est devenu nécessaire. 

Sans cela, une géante vague sociale, formée par « la masse silencieuse » des « non inscrits », les compatriotes qui ne sont membres d’aucun parti politique, pourrait balayer les stratégies et les montages politiques tactiques du plus grand parti de la MRE et du pays. Pour n’avoir pas appliqué la résolution relative à la présentation des listes communes « au cas par cas », prise à la réunion des chefs des partis de la Majorité, le PDG va s’obliger à collaborer, non pas avec ses compagnons, mais  avec certains de ses adversaires dans la gestion des conseils, avec le risque de crises en cascade. 

Le PDG est vieillissant, il faut : soit le restructurer et le transformer complètement, soit le remplacer par un nouveau parti politique qui serait le reflet de la politique d’émergence qu’Ali est en train de dessiner. Il ne faut pas être magicien ou voyant pour constater qu’il y a un véritable décalage, un vaste fossé entre les objectifs « idéologiques et fonctionnelles » du PDG et les bases de la nouvelle économie politique officielle (NEPO). 

Quoiqu’encore limitée et maladroite, la mise en place de ce que nous qualifions de « démocratie socioéconomique », que le chef de l’Etat initie par l’intermédiaire d’une politique sociale et solidaire destinée aux gabonais les plus défavorisés n’atteint que très timidement une infime minorité des intéressés. 

Le montage d’une économie libérale et solidaire doit nécessairement et obligatoirement s’accompagner d’un système politique démocratique et responsable impulsé par les personnalités dirigeant des partis politiques sérieux et expérimentés. C’est dans les réalisations économiques bénéfiques pour la masse des gabonais nécessiteux, et dans la prise des décisions justes et saines qu’il faut aller chercher les outils pour combattre et changer l’idée, vraie ou fausse, suivant laquelle : « les gabonais n’aiment pas Ali ». 

Les gabonais, hommes et femmes jeunes doivent davantage apparaître dans les structures et les institutions qui incarnent l’Etat, en commençant par la Présidence de la République. Le désamour d’une grande partie du peuple gabonais pour son Président se trouve d’abord dans l’insuffisance, l’absence de présence ou la sous représentation des gabonais autour de lui. 

C’est certainement par patriotisme, et nullement par fantaisie, par effet de mode ou par hasard que le vieux slogan « Gabon d’abord » a conservé son charmant attrait jusqu’aujourd’hui. 

Le Gabon et son peuple ont contribué, à toutes les époques, de la coloniale à l’indépendance jusqu’à maintenant, au progrès des autres pays francophones sans gains retours significatifs. Ce fait est installé de façon indélébile dans la mémoire des gabonais conscients. 

Seuls ceux qui ne connaissent pas l’histoire du pays peuvent négliger cette donnée historique qui se perpétue et se pratique sous diverses formes actuellement. Sous Omar Bongo, « l’unité nationale » était avant tout et surtout une idéologie à connotation politique voire politicienne qui était véhiculée, défendue et appliquée par des politicards médiocres, vénaux et veules qui l’ont transformée en un slogan vide de sens. 

Ali doit « moderniser » cette référence (Unité nationale) et lui  donner « une valeur adaptée », conforme au contexte du moment. Cette « modernisation-actualisation de l’unité nationale » devrait prendre sa source dans l’harmonisation des projets, des programmes, des plans nationaux fédérateurs (dont le processus est décrit dans le schéma directeur national des infrastructures) de développement avec leur traduction et leur transposition dans les discours des acteurs politiques des directions des partis de la MRE. 

Les comportements des élus locaux du PDG qui sont qualifiés d’indiscipline par certains analystes et observateurs traduisent une vérité fondamentale que les gouvernants ne peuvent pas percevoir parce qu’ils sont trop absorbés par leurs responsabilités, et par la gestion de leurs intérêts personnels. 

Cette vérité est que le peuple a besoin d’unité, de justice, de solidarité et de patriotisme : « Le pays doit être géré au centre » et non par la dictature d’un seul parti, le PDG, dont les victoires sont souvent contestables et contestées.  « Gérer au centre » ne signifie pas forcément entrer au gouvernement, c’est faire en sorte que des gabonais expérimentés et talentueux prennent par au fonctionnement du pays, en commençant par  les institutions républicaines et d’autres centres de décisions : voilà la substance du message des élus PDG qui votent pour les non pédégistes en direction de leur chef. Cette attitude est louable, par ce qu’elle est teintée de patriotisme. 

Cela ne doit bien évidemment pas remettre en cause l’existence des partis, ce qui porterait un coup à la liberté d’expression dont nous sommes friand. Le message est clair. Avant et depuis 2009, le peuple politique a besoin de consensus et d’une démocratie assainie. 

Ce besoin a été mal exprimé par la tapageuse et maladroite demande de la tenue d’une « Conférence nationale souveraine » quelques mois seulement après la présidentielle. 

A cette occasion nous avons eu, et encore maintenant nous avons la preuve qui confirme que le PDG-émergent est mal géré. Il est moins bien géré qu’au temps d’Omar. 

Quel élu PDG-rénovation pouvait donner son vote à un candidat tiers sans son onction ? 

Répétons que le PSGE est porteur d’espoir et de grandeur pour le pays. Il doit être méticuleusement mis en œuvre, sans précipitation, sans excès d’optimisme et sans fanfaronnades. Le PSGE doit privilégier les « projets nationaux intégrateurs » à court et moyen terme que sont les infrastructures de communications (qui font désormais partie du social, en particulier à Libreville), au nombre desquelles les routes nationales, les voiries urbaines, les moyens de transports fluviaux et maritimes et leurs quais et embarcadères. 

C’est à travers les projets de ces secteurs que l’Etat doit affirmer le principe de solidarité sociale et la mission de service public dévolue à son administration, en laissant au secteur privé une place de premier rang dans le transport aérien.  

Au titre des projets de l’émergence que nous qualifions « projets nationaux intégrateurs ou fédérateurs», il y a bien évidemment « l’action sociale » de l’Etat. Ici, les priorités et les urgences sont la santé, les logements, le coût de la vie dans les capitales provinciales et l’emploi qui doit être soutenu par le secteur privé avec l’accompagnement de l’Etat pour la création des entreprises petites et moyennes (PME)… 

Aussi, le plan de modernisation et d’actualisation de l’Unité Nationale à travers le PSGE doit s’appuyer sur un volet « PME gabonaises » qui deviendrait l’outil de la politique de l’émergence en matière de création d’emplois des jeunes, avec pour préalable, la confection d’une « stratégie patriotique de promotion des entreprises : SPPE» orientée vers l’auto emploi. 

La politique sociale traditionnelle de l’Etat, qui consiste à aider les plus vulnérables, à lutter contre les inégalités sociales en créant des organismes spécialisés pour une justice sociale, doit être complétée par d’autres formes et modes de solidarité. 

« L’aide à l’initiative entrepreneuriale privée » est à intégrer dans la Politique sociale de l’émergence. Cette politique de création d’emplois doit bénéficier du soutien des sociétés aux capitaux publics gabonais. 

La formation d’une classe d’entrepreneurs nationaux passent par la solidarité entre les sociétés qui existent et qui ont réussi et celles qui sont en difficultés ou en création. 

Il faut donc compléter les rapprochements politiques qui se font « spontanément » entre les élus PDG et les autres, par un plan d’insertion et de renforcement des nationaux dans les activités économiques du pays. Investissement pour placer les nationaux dans le monde des affaires relève du patriotisme et comporte un risque que nous connaissons pour l’avoir affronté et vaincu par moments. Ce risque est vivace par ce que depuis plusieurs années, les gabonais sont exclus du monde des affaires, de ce fait, ils n’ont ni expérience, ni esprit entrepreneurial qui s’acquièrent par la pratique expérimentale de la gestion d’une entreprise. 

Il revient aux experts de l’émergence d’enrichir le PSGE tout au long de sa mise en œuvre et de l’intégrer habilement et fortement dans le discours politique mobilisateur du chef de l’Etat. 

Il ne s’agit pas de réciter l’affirmation selon laquelle « on veut faire du Gabon un pays émergent… Que des chantiers sont en cours pour la concrétisation des projets programmés etc. », il faut développer la stratégie économique de l’émergence en y intégrant un puissant volet social à conceptualiser politiquement…. 

Le PSGE gagnerait à être expliqué clairement et en permanence aux populations. Les cadres et experts qui sont les plus proches du chef de l’Etat et qui sont les metteurs en scène privilégiés de son projet de développement économique et de progrès social ont le devoir de maîtriser ses contours et de l’enrichir : pas en théorie, mais pratiquement.   

26 janv. 2014

DISCOURS DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE : CE QUE LE CHEF DE L'ETAT A DIT...CE QU'ON LUI A FAIT DIRE !

Dans aucun pays au monde, un chef suprême ne prend la plume pour rédiger intégralement ses discours. Chaque Chef d’Etat forme un groupe de rédacteurs choisis suivant certains critères dont deux sont essentiels à savoir : la connaissance et la maîtrise de sa pensée et de son programme politique et, la qualité et le bon style rédactionnel des écrivains sélectionnés… 

Les observateurs nationaux et internationaux assidus qui s’intéressent, depuis des années, à la politique gabonaise peuvent constater des différences entre les discours présidentiels du PDG-rénovation et ceux du PDG-émergent. 

Il est vrai que les hommes ne sont plus les mêmes, les niveaux de formation et d’expérience aussi… En comparaison, les nouveaux discours sont moins lourds, peu cohérents et de faible portée…   
« Depuis 2009, notre pays est un vaste chantier pour construire le Gabon émergent…de nombreux projets ont pris corps. Ils ont permis de consolider les fondamentaux Paix, Développement et Partage »
Quatre ans après sa prise du pouvoir, et dans la ligne droite qui mène à la présidentielle de 2016 (qui ne doit être reportée sous aucun prétexte), c’est avec une attention particulière que nous avons pris connaissance de l’allocution adressée par le Chef de l’Etat à son peuple. 

Aussi, nous avons tenu à examiner et à commenter très rapidement, de façon critique, ce que le Président gabonais a dit ou ce que les auteurs de son discours, du 31 décembre 2013, lui ont fait dire à ses compatriotes.

Une fois de plus, le « comité » qui a formalisé et traduit en discours la stratégie politique, économique, financière et sociale d’émergence du Gabon du Chef de l’Etat, a fait une présentation quelconque des projets en « cours d’exécution » y relatifs, qui doivent désormais constituer les supports permanents d’appui et d’accompagnement de ses discours.

Le caractère solennel de cet évènement, qui a lieu deux fois par an (31 décembre et 17 août), n’a été à peine perceptible que dans la restitution dynamique du texte par un orateur qui se voulait convaincant et convaincu. 

Objectivement et malheureusement, une fois encore, l’argumentaire n’a pas été suffisamment robuste. 

A la lecture, on s’aperçoit clairement que le discours présidentiel est mal agencé, il est déséquilibré et composé de paragraphes aux articulations incohérentes. 

On a l’impression que le discours est le produit de quelques rédacteurs et qu’il a été confectionné à partir des parties éparses reliées bout à bout, sans une synthèse logique de l’assemblage de celles-ci. Et pourtant, ce ne sont pas les éléments à mettre en valeur qui manquent aux émergents. Ce qui rabaisse davantage la portée des propos présidentiels, c’est le mode de présentation qui est fait de thèmes disparates, jetés pèle mêle. 

Ces thèmes ne sont pas hiérarchisés et ordonnancés… Et surtout, dans ce mode de communication, certaines données importantes n’y ont pas de place, et peuvent, de ce fait, paraître saugrenues, à l’exemple du « parachutage » des montants des ressources relatives à l’emprunt international et à la dotation du FNAS (700 et 300 milliards). 

Toujours est-il que l’orateur s’est montré serein et décontracté, confiant, sûr et certain que son action donne une impulsion au pays. Nous étions loin de l’image qui se dégageait de lui lors de l’allocution prononcée devant le parlement et le sénat  réunis en congrès, image d’un président nerveux, excité, prêt au combat contre ses contradicteurs. 

Ce changement pourrait s’expliquer par l’autosatisfaction qu’Ali tire des avancées qu’il constate, malgré des retards, dans la mise en œuvre des projets contenus dans « l’avenir en confiance », qu’il a naturellement vanté. 

Quant au contenu, c’est certainement l’un des discours le moins bien argumenté depuis son accession au pouvoir en 2009. Les  thèmes aussi importants que la paix, le dialogue, la biométrie, la solidarité, le patriotisme n’ont été qu’effleurés. Il a parlé de « Paix, Développement et Partage » en les illustrant par  la biométrie : 
« Je me réjouis de ce que la mise en œuvre effective de la biométrie ait été une occasion de consolider notre démocratie ». 
Et le président de la république de remercier les acteurs politiques et les autres instances pour « le bon déroulement d’un scrutin libre et transparent qui contribue à renforcer davantage la crédibilité et le prestige de notre pays ».  

Tout citoyen, celui qui est garant des institutions le premier,  a le droit d’apprécier à sa manière les évènements sociopolitiques du pays. Concernant la biométrie électoraliste, peu de gens en tire satisfaction par le fait que rien n’a changé. L’organisation et la gestion du scrutin par les autorités électorales ont été mauvaises… Les comportements scandaleux de certains candidats qui ont pré-inscrit les citoyens sur les listes électorales et déplacé les électeurs vers leur circonscription pour voter en leur faveur, ont dénaturé la liberté de vote et la véracité des résultats.

La biométrie n’a eu pour effet que de valider la massive fraude électorale organisée par les riches candidats. Si le scrutin pour les locales « contribue à renforcer davantage la crédibilité et le prestige de notre pays », qu’en sera-t-il du scrutin présidentiel ? 

Sans une révision du code électoral, sans une réorganisation juste et impartiale des organes chargés de la conduite des élections, la biométrie ne sera d’aucun apport pour la transparence électorale et le vote ne sera jamais libre au Gabon. 

A terme, la biométrie se transformera en un instrument au service des mêmes forces et acteurs politiques pour assurer leurs victoires électorales, elle accréditera la fraude et annihilera le contentieux post électoral. A l’évidence, il y a encore d’énormes améliorations à apporter dans ce domaine. 

Autre thème important évoqué : les négociations entre le Gouvernement et les partenaires sociaux qui « témoignent de la vitalité de notre dialogue social »

Généralement, le dialogue social (en réalité négociations sociales), met en présence les organisations professionnelles, patronales et syndicales privées ou publiques en cas de conflits. Ces négociations (dialogue) font partie des modalités à mettre en œuvre pour la résolution des crises. 

Au dessus de ce cadre de concertation se trouve le cadre politique qui est, par nature, le lieu où le dialogue prend un tout autre sens. Voir « la vitalité de notre dialogue », même social, dans les négociations gouvernement-partenaires sociaux, est réducteur de cette valeur qui est l’une des composantes de la Paix sociale et de la démocratie. 

Les termes « concertation » ou « négociation» paraissent plus appropriés que « dialogue» qui est plus global et plus conforme aux situations sociopolitiques. 

Dans ce contexte spécifique, Ali a annoncé la création du « Conseil national de l’éducation, de la formation et de la recherche et d’un Compte spécial pour les investissements des formations sanitaires publiques ». 

Puis il a parlé des activités financières et économiques : de l’obtention de 700 milliards F CFA sur le marché financier international, de la possibilité de diversifier l’économie… de la livraison du barrage de Grand Poubara et de la centrale d’Alenakiri, puis il a réaffirmé sa vision par une formule appropriée : 
« Le Gabon est en marche vers l’émergence grâce à une approche cohérente et structurante de notre stratégie. »
En condamnant certaines pratiques, le président a pris le risque de faire passer son discours pour un « catalogue de bonnes intentions », d’« effets d’annonces » ou un « aveu d’échec ». 

Il dit  de la CNAMGS qu’elle canalise d’importantes ressources financières …mais, ajoute-t-il, « j’observe la persistance d’un problème de redistribution des fonds destinés à chaque structure sanitaire » et de préconiser la « création d’un compte spécial (un de plus !) pour les investissements des formations sanitaires publiques… »

Passant à l’important dispositif de solidarité du «  Fonds National d’Aide Sociale : FNAS», qui doit profiter davantage aux foyers économiquement faibles, le Chef de l’Etat parle de reconsidérer « la stratégie de solidarité sociale en déployant une nouvelle politique d’accompagnement de ces foyers »

Il nous a informé que sur les 300 milliards F CFA de crédits budgétaires alloués à l’aide et subventions, « seuls 20% bénéficient réellement aux couches sociales les plus défavorisées »… où vont les 80% restants ? 

Réaction d’Ali : « cela doit changer, et cela va changer en 2014 », que le dispositif officiel d’aide sociale coexiste avec un dispositif plus efficace et plus lisible mis en place par son épouse, autour du FNAS et de la CNAMGS… « pour lutter contre la pauvreté et s’attaquer aux facteurs aggravants de précarité et d’exclusion »…. 

Conclusion normale, « cette assistance de l’Etat aux personnes les moins favorisées ne se fera pas sans conditions » : lesquelles ? 

Il n’en parle pas… mais déclare que ce « principe de l’effort en contrepartie du soutien de l’Etat sera étendu à tous les secteurs…» 

Indubitablement, ce discours est peu convaincant et décevant pour les populations, pour les forces politiques et sociales, en particulier celles qui soutiennent son action ; mais peut-être moins pour les partenaires du Gabon. 

Le discours ne comporte aucun élément positif pouvant susciter l’enthousiasme des couches les plus vulnérables qui sont les plus nombreuses. On retient que des organismes existants seront réorganisés et de nouveaux créés, que les modalités de gestion financière seront rendues plus efficaces, que « des efforts seront demandés aux catégories sociales les plus vulnérables en contrepartie de l’aide sociale de l’Etat »

C’est ici que la politique sociale de l’émergence perd toute sa crédibilité. Quels efforts peuvent fournir les catégories sociales les plus vulnérables ? Quelles catégories sociales peuvent être qualifiées de plus vulnérables au Gabon ? Handicapés, jeunes filles mères célibataires, chômeurs, retraités, grands malades…Ali ne les cite pas et leur demande de faire des efforts pour avoir l’aide sociale de l’Etat : nous sommes dans le donnant-donnant. 

A la fin de son discours, le Président de la République gabonaise a lancé un appel à ses compatriotes. Cet appel contient toute la substance, toute l’essence et traduit l’état d’esprit des « éminences grises de l’émergence » qui participent au quotidien à la mise en œuvre de la nouvelle économie politique du Gabon. 

Cet historique appel aux accents "Omariens" : 
« Une fois encore, une fois de plus, je voudrais réitérer mon appel au patriotisme et inviter chacun au rassemblement devant les défis que l’histoire nous invite à relever ensemble. Je demande à chacune et à chacun de rejeter résolument les critiques primaires et subjectives, la stigmatisation systématique de l’action publique, les dénigrements intempestifs, instinctifs et stériles » 
et d’ajouter que « Les marques de confiance que nous témoigne la communauté internationale doivent nous interpeller et nous rassurer sur la pertinence de nos choix »

Pour terminer, notons que le Chef de l’Etat ne s’est pas prononcé sur : la politique d’accès au logement, la situation globale des finances publiques, le processus de démocratisation du pays et la place de l’opposition dans la vie politique…Les crimes rituels, la sécurité et la protection des biens et des personnes….Vive le 17 Août 2014 et vivement 2016.