8 oct. 2013

LETTRE A MON FRERE ET AMI...O JEAN CHRIST MBINA : POUR SI PEU !

Très Cher...Toi dont le surnom est « Patriote Gabonais », je t’écris pour t’informer de ce que nous vivons au Gabon, dans la province du Moyen-Ogooué, en particulier à Lambaréné.

Comme tu le sais, la Province est située à une sorte de carrefour.

 Les voyageurs qui partent de Libreville pour se rendre au Sud, au nord et un peu partout à l’intérieur du pays passent par le Moyen-Ogooué. Les uns bifurquent par Bifoun vers Ndjolé et plus loin dans le Woleu, l’Ogooué-Ivindo, le Haut-Ogooué, l’Ogooué-Lolo... Les autres continuent par Lambaréné pour la Nyanga et la Ngounié.

Depuis de nombreuses années, Lambaréné souffre de tous les maux communs à toutes les villes qui ont cette position géographique.

La population de la ville est en croissance continue par un fort afflux des compatriotes en provenance des autres parties de la République. Ce phénomène a été accentué et rendu anarchique par des politiciens véreux qui, pour assurer leur puissance et leur domination, ont favorisé ce mouvement pour constituer un électorat captif, au lieu de donner aux arrivants une place normal dans la ville.

C’est cette politisation de l’évolution démographique de la ville qui perpétue un système abject qui fait que les victoires électorales sont toujours en faveur des mêmes groupements d’intérêts communautaires.

Mon cher Mbina, je t’en parle pour que tu fasses comprendre aux gens de Lambaréné et d’ailleurs qu’il faut changer de comportement et de mentalité pour redonner à Lambaréné son caractère pluriethnique normal, où toutes les communautés linguistiques doivent vivre en harmonie en participant librement au progrès de leur lieu de vie.

Je t’écris aussi, toi qui es journaliste, par ce que l’actualité politique nationale est dominée, comme tu le sais, par les prochaines élections locales. Et, bien entendu, les puissants hommes et femmes politiques de la ville se préparent à cette compétition  et fourbissent déjà leurs armes.

Comme tu le sais, ils évoluent tous dans la même catégorie, comme du reste tous les candidats de leur bord politique qui sont au pouvoir depuis des décennies à travers le pays et qui ne veulent pas lâcher prise et se retirer de la vie politique locale pour laisser la place aux jeunes.

La confection d’un fichier électoral biométrique ne changera rien aux comportements, aux habitudes et aux pratiques de ces politicards qui mettent tout en œuvre pour continuer à dominer, sans partage, la vie sociale du pays.

Mbina, pauvreté n’est pas vice, mais il est préférable d’être pauvre, que riche de façon malhonnête, parce que, comme disait quelqu’un, « l’argent gagné malhonnêtement est un venin ».

C’est avec ce venin que les gabonais sont dominés depuis longtemps. Comme les autres citoyens, je me suis fait enregistrer à Lambaréné le week-end dernier. Ce que j’y ai vu est effroyable. Il y a comme une course de vitesse, un concours autour de l’opération dite d’enrôlement, entre les politiciens locaux et leurs filleuls politiques, futurs candidats aux conseils locaux.

Les deux arrondissements de la ville, surabondent d’électeurs, un engouement inédit qui surprend plus d’un riverain et qui est du à un vaste déplacement d’électeurs transportés de l’Estuaire, de l’Ogooué Maritime et d’ailleurs.

J’ai été surpris de voir des compatriotes des autres provinces se faire enrôler à Lambaréné. A la question « vous habitez quel quartier ? et à quel bureau avez-vous l’habitude de voter ? », ils étaient incapables de répondre par méconnaissance de la ville.

Certains avouaient qu’ils avaient été transportés par autocars en prévision de leur vote à Lambaréné moyennant une somme d’argent.

Pour mieux asservir un peuple, il faut d’abord l’appauvrir !

Lambaréné est le lieu de tous les excès : crimes rituels, fétichisme, sectes maçonniques, sorcellerie et vampirisme, délation, viols, vols et abus de biens sociaux, corruption, mépris et arrogance, excès de pouvoir et de position etc.

A l’évidence, un candidat pauvre ne peut jamais mettre en place une opération de ce type, seuls les détenteurs d’énormes moyens financiers peuvent louer des autobus, soudoyer les jeunes, filles et garçons, pour "fidéliser" un électorat en vue de gagner l’élection.

Cher Mbina, peux-tu me dire quelle joie et quel plaisir un Etre équilibré peut ressentir, après avoir gagné les élections avec le concours des personnes qui ne sont pas de sa circonscription ?

Comment peut-on fêter une victoire sans gloire ?

Un illustre auteur français avait dit qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire et, qui peut vivre infâme est indigne du jour. Qu’en penses-tu mon frère ?

Notre parti, l’Union Socialiste Gabonaise (USG) qui soutient l’action du chef de l’Etat n’a pas les moyens pour participer à cette élection. Ce n’est plus l’époque où son fondateur avait les fonds, mais surtout un talent et une intelligence immense, pour conduire des actions politiques qui ont profité à l’USG, au régime d’Omar et à tout le pays.

 A l’époque, l’USG du Docteur Serge Mba Bekale avait « le pétrole (les fonds) et les idées (le savoir faire) ». Aujourd’hui, l’USG n’a plus que des idées et des convictions patriotiques fortes. Elle n’est pas morte et elle aura toujours une place au Gabon, si minime soit-elle.

Nous devons l’introduction de la biométrie dans le système électoral gabonais à Monsieur Pierre Mamboundou, charismatique président de l’UPG, paix à son âme.

Présentement, l’application de ce processus démontre que la transparence électorale est lointaine. La biométrie n’aura pour effet que de « légitimer » la fraude électorale. Ceux qui déplacent les gabonais d’une circonscription à une autre affirment qu’il est légal qu’un citoyen vote où il veut. Cela est vrai, et compréhensible pour l’élection présidentielle. Mais mon frère, les élections locales, qui se prolongent en sénatoriales, sont des élections de proximité. Ce sont les habitants de la localité qui donnent le pouvoir à certains riverains pour gérer leurs affaires communes. Ca n’a rien à voir avec les votants qui n’ont aucune attache à la localité.

Comment un individu né à Lambaréné, à Mouila, à Makokou où ailleurs, où il a sa maison, ses parents, les tombes de ses grands parents, son passé et ses intérêts matériels et moraux qui doit choisir les responsables de leur biens communs, peut-il être amené à s’inscrire dans une autre localité pour voter les responsables de cette dernière ? 

Mbina, il faudrait demander à ces citoyens-électeurs transportés de voter selon leur conscience et leur choix.

Mon cher ami, le Gabon est foutu par ce que les gens de peu de conscience et de peu de valeur l’ont pris en otage avec la complicité de l’étranger. Ces gens sont foncièrement égoïstes et diaboliques. Ils ne se soucient que de leurs comptes bancaires et de leurs intérêts personnels. Ils sont rompus à tous les bas stratagèmes politiques, ils sont grandiloquents, impurs et parjures.

Se croyants immortels, ils ne sont que des mortels, assoiffés d’honneurs et de biens.

Mon frère, évite-les ! Reste pauvre, digne et honnête. Ne sois jamais un riche, infâme et diabolique !

Les autocars ont déversé des centaines de personnes à Lambaréné pour enrôlement. C’est très affligeant de constater que les personnes supposées valables se comportent comme des peignes culs.

Les personnes qui fraudent à 50-60 ans trichent depuis leur jeunesse. Ils l’ont fait dans leurs jeux, leurs études, leur profession, leur foyer etc.

Mon Frère, je t’écris pour te conforter dans la douloureuse ligne de conduite et de vie que nous avons choisie.

Ne change jamais, demeure un homme digne, accroche-toi à ta liberté, crois de tout ton cœur, de toute ton âme, mais sans excès, à Dieu : le seigneur refuse tout excès.

Aime qui t’aime et pardonne à ceux qui nous détestent, lis l’ecclésiaste, ce merveilleux et sublime texte du Roi Salomon, l’ami de Hiram, bâtisseurs du Temple et souviens-toi que parmi les 7 jours de la semaine, chacun de nous a le sien : son dernier.

Evite d’être esclave de l’argent, des honneurs et du sexe. Rentre en toi pour t’accorder avec le divin qui est vivant dans tes tréfonds, méprise les apparats du monde et retiens que l’existence à venir, après la vie sur terre, est plus longue que notre éphémère passage ici bas et que, c’est le seul enrôlement qui dure éternellement.

L’enrôlement aux mairies de Lambaréné centre et d’Isaac étaient sous contrôle à distance par des gourous tapis dans l’ombre. Les téléphones portables y ont largement participé.

Souviens-toi Mbina, qu’ensemble nous avons moult fois rêvé et pleuré sur le Gabon, l’Afrique et le noir.

Après l’esclavage de l’occident, nous voilà esclaves de nous-mêmes, esclaves des nôtres.

Ô Mbina, Dieu est merveilleux ! Il a fait la lumière et les ténèbres, l’homme et la Femme, la vie et la mort pour nous éduquer et nous préparer aux réalités qui seront après la mort.

Pour cette raison, ceux qui sont encore vivants doivent à ceux qui sont morts la reconnaissance en rendant à leurs bonnes œuvres un perpétuel hommage.

Si un jour, un Panthéon, ce monument réservé aux grands hommes d’une nation, est créé au Gabon, certains noms devraient être sélectionnés pour y figurer.

Après plus de 50 ans d’indépendance, nous sommes confrontés aux mêmes difficultés. Le Gabon est l’un des pays au monde où le diable (le mal) a élu domicile.

Le pays souffre par manque d’amour et de fraternité entre ses habitants qui se comportent comme s’ils attendaient que des extra terrestres viendront faire ce qu’ils ont à faire.

La paresse, la culture festive, jouissive et la facilité ont remplacé la rigueur, la discipline et l’ardeur au labeur indispensables à la construction d’un avenir collectif meilleur.

Les élections libres, propres et transparentes sont devenues, pour les populations, un rêve lointain, un luxe inaccessible.

La démocratie est étrangère et n’a aucune emprise dans les Etats nègres. Démocratie sans démocrates n’est que mortalité des valeurs et abattoir d’hommes.

Dans le passé comme aujourd’hui, tous les progrès faits par l’humanité en matière de liberté et de démocratie écrasent leurs auteurs. Il n’y a jamais eu de progrès, de démocratie et de Liberté sans effusion du sang, qui est le prix et la contre partie de ces valeurs. La Liberté, l’Egalité, la Fraternité et les Droits de l’homme légués à l’humanité par la Révolution française ruissèlent encore et toujours du sang des vaillants démocrates républicains, au rang desquels Robespierre, Danton, Blanqui, Desmoulins et de nombreux autres.

Mbina, nous sommes dépositaires des valeurs bâties et confectionnées ailleurs, nous n’en comprenons pas l’essence et par conséquent, nous ne sommes pas capables de les conceptualiser et de les appliquer. Cela ne signifie nullement que nous devons mourir idiots, mais cela signifie que nous devons participer, sans haine et passion, en compagnie des compatriotes sérieux et patriotes aux changements positifs et graduels de notre pays.

Frérot, toi et moi sommes trop vieux et las, après tant d’énergie et d’efforts gaspillés pour des résultats et des progrès médiocres.

Il nous revient à dire aux jeunes générations de prendre part à tout projet qui porterait un minimum d’espoir…

Puisque que ces gens de peu de colère se contentent de peu.

A notre âge, Jean Christ Mbina, il nous reste à attendre le précieux et ultime rendez-vous de l’au-delà, en éduquant notre jeunesse et en vivant par avance notre gloire avenir, acquise au prix de la connaissance de Dieu, et des peines vécues.

« L’homme est un apprenti et la douleur est son Maitre et nul ne se connait s’il n’a pas souffert…».

Mon très cher Frère et Ami, si cela m’est donné, je t’écrirais encore pour te raconter ce que j’ai vécu dans notre pays : torture, humiliations, emprisonnement, privations diverses, mépris et injures…

J’attends ton courrier retour à mon nouveau mail (guynang.bekale@gmail.com) et ton appel téléphonique au numéro habituel.

Ne dis rien de précieux au téléphone, par ce que, comme tu le sais, nos conversations pourraient être écoutées par les gens qui veillent, nuit et jour, sur la sécurité de la république et sur les écorchés vifs comme nous.

Porte-toi bien et que Dieu te garde et te bénisse.

Même si nous semblons avoir tout perdu, il nous reste la Liberté et l’Amour acquis dans la souffrance et les privations qui sont des sanctuaires inaccessibles.

Bien à toi fraternellement.

A bientôt.

30 sept. 2013

DES PAROLES ET DES ACTES

C’est la lecture du communiqué final du dernier conseil des ministres qui est à l’origine de cette publication. La forme et le fond du texte gouvernemental nous ont paru quelque peu légers et ont suscité chez certains compatriotes, un sentiment d’incompréhension. Deux passages nous intéressent en priorité.


Le premier dit : « Après avoir procédé à l’examen des idées forces contenues dans l’adresse de Monsieur le Président de la République chef de l’Etat, Son Excellence Ali Bongo Ondimba à la Nation, lors de la commémoration du 53ème anniversaire de l’accession de notre pays à l’indépendance, le conseil a bien noté que l’évaluation de l’action Gouvernementale faite par Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, Son Excellence Ali Bongo Ondimba, a été sanctionnée par une mention loin d’être satisfaisante…. Le Conseil des Ministres note, en toute conscience, la nécessité impérieuse pour le Gouvernement de redoubler d’efforts, afin de matérialiser notre ambition collective ».

Le second passage énonce que : « conformément à l’action n° 13 du Plan Sectoriel Environnement du Plan Stratégique Gabon Emergent (PSGE), relatif à la lutte contre les pollutions et les nuisances, Monsieur le président de la République, chef de l’Etat, Son Excellence Ali Bongo Ondimba, toujours soucieux de l’amélioration des conditions de vie de ses compatriotes, a décidé de l’arrêt à l’importation des véhicules usagés de plus de trois (3) ans. Un délai de deux (2) mois sera accordé pour le dédouanement après vérification ».

En résumé : l’évaluation-appréciation que le P.R. a de l’action de son gouvernement est « loin d’être satisfaisante »

« Pour matérialiser notre ambition collective, le gouvernement doit redoubler d’efforts…» 

Nous nous proposons, à notre tour, d’examiner ces termes dont la formulation nous semble inappropriée ou incorrecte. 

Souvent préparées par le conseil interministériel, les décisions prises en conseil des ministres engagent généralement tout le Conseil et très rarement le seul président de la République qui procède aux arbitrages en cas de nécessité ou donne des orientations, voire des instructions. 

D’abord « l’évaluation du gouvernement par la mention loin d’être satisfaisante » du chef de l’Etat. 

Dans le fonctionnement républicain et démocratique normal des institutions, le Premier ministre, et on le répète souvent, est un fusible qui saute avec tous les membres de son gouvernement, quand leur gestion du programme politique du Président ne donne pas satisfaction à ce dernier.

L’évaluation du travail d’un gouvernement, par le Chef qui l’a nommé, ne devrait pas donner lieu à une sanction avec mention passable, assez-bien, très bien, honorable ou très honorable avec ou sans félicitations comme pour un devoir de lycéen  ou d’universitaire. En conséquence, la seule sanction qu’un chef d’Etat inflige dans le cadre institutionnel est la dissolution de l’équipe gouvernementale. 

Un chef de gouvernement et « ses ministres » ne doivent pas s’entendre dire, par la plus importante autorité de l’Etat et du pays, que leur travail est non satisfaisant et qu’ils doivent redoubler d’efforts ? Quels efforts ? 

Le communiqué fait penser aux débats d’il y a quelques mois relatifs à la place et au rôle de l’Agence Nationale des Grands Travaux (ANGT) dans l’organisation des institutions du pays. Certains avaient fait valoir, à juste titre, que l’arrimage à l’administration de la présidence de la république de cette énorme et envahissante structure soustrayait ses activités du contrôle du gouvernement. 

Or, l’ambition collective qui est de satisfaire les besoins légitimes des populations passe par la réalisation des projets gérés par l’ANGT. 

Dans quel sens et dans quels domaines le gouvernement doit-il redoubler d’efforts ? 

Le conseil des ministres qui a « noté en toute conscience »,  la nécessité impérieuse pour le Gouvernement de redoubler d’efforts n’a pas compris la douleur causée aux membres du gouvernement et leur « chef » dans cette affaire. 

Même si l’on n’assiste pas aux conseils des ministres, il se  dégage, de la lecture de ces phrases creuses des communiqués finals, une dissonance  ou un décalage entre les points inscrits à l’ordre du jour du Conseil, les débats (ou pas) autour de ces points et les formulations dans le rendu des synthèses des travaux fait aux populations. 

Ensuite, « sur la lutte contre les pollutions et les nuisances » qui explique la décision du Président d’arrêter l’importation des véhicules usagés de plus de trois (3) ans. 

Une analyse poussée de cette décision pourrait donner naissance à un volumineux ouvrage socio économique et financier. Partons de quelques observations. 

Est-il judicieux et convaincant d’asseoir cette décision sur la lutte contre la pollution et les nuisances, quand notre environnement vital immédiat est pollué par des ordures de toutes composantes, en particulier des ordures ménagères sans cesse en putréfaction. 

Quand les nuisances sonores provoquées par les décibels des musiques des bistrots perturbent le sommeil des habitants dans certains quartiers ; quand les hautes herbes envahissent les rues de certaines villes, quand l’eau courante distribuée par la SEEG est impropre à la consommation dans certaines villes, quand les rats, les cafards et les punaises cohabitent avec les humains etc. 

Arrêter l’importation des véhicules de plus de 3 ans signifie que tout véhicule de cet âge est interdit à la circulation au Gabon. 

L’on constate pourtant que le parc automobile gabonais est caractérisé par un vieillissement général des véhicules en circulation. 

On pourrait affirmer que près de la moitié de ces vieillottes voitures ont plus de 3 ans ; pire, elles servent au transport quotidien des pères, mères et enfants ; composantes de la population. 

Cette activité qui se fait dans des conditions souvent dangereuses, par des chercheurs d’argent, provoque parfois des graves accidents mortels. Imaginons le désordre et le vacarme que provoquerait le retrait de tous les véhicules qui ont plus de 3 ans de la circulation ; comment les simples gens du pays se déplaceraient et voyageraient sans ces vieillots taxis, taxis bus et clandos urbains et inter urbains ? 

L’objectif de cette décision n’est certainement pas la lutte contre la pollution et les nuisances. Ses raisons sont ailleurs. 

Elles pourraient se trouver dans la volonté de limiter les ventes des véhicules d’un marché d’occasion dont l’expansion se fait de plus en plus au détriment des ventes des voitures neuves, marché en expansion qui est entre les mains de puissants groupes d’intérêts  qui gênent d’autres groupes d’intérêts. 

Dans ce conflit d’intérêts, la décision attribuée au Chef de l’Etat, par le conseil, parait comme le résultat d’un arbitrage entre ces deux groupes qui sont, d’une part, les syro-libanais revendeurs des voitures d’occasion et de l’autre, les concessionnaires français et européens commerçants des automobiles neuves. 

Ces deux marchés cohabitent sans forcément avoir les mêmes clients ou la même politique de vente. Le marché de l’occasion constitue le marché populaire de l’automobile, celui qui permet au « gabonais moyen » d’acquérir un véhicule avec la possibilité de négocier son prix d’achat et ses modalités de paiement directement avec le vendeur. Ce marché rend des services énormes d’autant que les véhicules importés de Belgique, d’Allemagne, de France ou d’ailleurs sont généralement bien entretenus par leurs anciens propriétaires-vendeurs et satisfont leurs acquéreurs gabonais pendant quelques années. 

Pourquoi la décision vise les voitures usagées de plus de trois ans ? 

Sûrement par ce qu’en occident, quelques propriétaires changent leurs véhicules à cet âge ; et que leurs coûts d’achat et de revente seraient encore assez élevés et ne susciteraient pas une forte demande pouvant gêner les ventes des voitures neuves. 

Les vendeurs des voitures neuves, en particulier des grosses cylindrées, ont pour principal client l’Etat gabonais. Rares sont les personnes physiques, homme ou femme, qui peuvent s’offrir ou offrir un véhicule de 50 ou 60 millions… Dans le secteur automobile, les mesures prises pour protéger l’automobiliste et sécuriser l’automobile sont inadaptées au contexte du pays. 

L’on a institué les visites techniques (VT) en les rendant obligatoires et payantes, non pas pour vérifier le bon état des voitures, mais pour créer une caisse d’argent au profit d’une caste de privilégiés. La VT devrait logiquement déboucher sur le retrait de la circulation de tout véhicule présentant des anomalies et des défections le rendant inapte à la circulation. Or, plutôt que d’être au rebut, véhicules individuels, taxis et clandos de 10 ou 15 ans, voire plus, roulent encore et sont en parfaite conformité avec les dispositions techniques et les obligations réglementaires : assurance, carte grise, VT…En l’absence d’une compagnie de transport public efficace, les privés se démènent pour assurer les déplacements des citoyens en utilisant les voitures de plus de 3 ans. Quid de l’obligation du port de la ceinture dite de sécurité. 

En Europe, cette obligation est liée au fait que les automobilistes qui seraient allé trop vite, sur leurs bonnes routes sûres, pourraient en cas d’accident, avoir la chance d’être sauvés par la ceinture. 

Au Gabon, l’état des routes constitue un danger réel ; et, ce n’est pas la ceinture qui est un accessoire de véhicule qui garantit la première sécurité, mais bien les routes en bon état. A cela s’ajoute l’amélioration progressive du réseau routier national, dans le cadre de la mise en œuvre du schéma directeur d’infrastructures du PSGE. Cette amélioration va contribuer à maintenir les voitures d’occasion un peu plus longtemps en état de marche. Elle rendra les pannes moins fréquentes et moins graves. La conséquence en serait la baisse de demande des pièces automobiles et des revenus de leurs vendeurs du fait de la probable chute des ventes. 

Dans le passé, le Gabon a été un « comptoir commercial » et le demeure. C’est le pays où l’enrichissement est facile et aisé pour toutes les mafias de la planète, en complicité avec des nationaux. Il serait mieux d’envisager la mise hors d’usage des trop vieilles voitures ; et d’inciter les vendeurs de voitures d’entreprendre une étude pour la création d’une entreprise d’achat et d’exportation des ferrailles destinées aux fabricants des véhicules ou à tout autre demandeur de fer à recycler. Il y aura toujours suffisamment d’épaves de véhicules et autres fers à récupérer sur le sol gabonais et africain. 

Cette orientation qui est plus compliquée à mettre en œuvre, et dont la rentabilité semble hypothétique, a le mérite de lutter contre l’insalubrité et de permettre aux gagnes-petits d’espérer un jour s’acheter un véhicule d’occasion et de le revendre à la casse. Il y a visiblement des anomalies dans le fonctionnement actuel de nos institutions. Les décisions prises en conseil des ministres n’engagent pas forcément du P.R. C’est le conseil qui décide et pas le Président. Certes, les décrets et les décisions peuvent être pris en conseil des ministres ; mais, le plus souvent, et pour des situations sensibles, un Président décide seul ; sous une autre forme et point dans un communiqué du conseil des ministres mal rédigé. Les élections approchent avec leur cortège de plans, de compromis, de soutiens, d’accords qui mettent les hommes politiques à l’épreuve de la vérité de laquelle ils se sont éloignés. 

Depuis plusieurs années, le budget de l’Etat gabonais pour l’achat des véhicules de service ou de fonction s’élève à des milliards de francs. Au fil du temps, il s’est créé de durables relations de coopération entre l’Etat et les concessionnaires de véhicules. Aussi parait-il logique, si cela en est, que l’Etat vienne à la rescousse de partenaires en difficultés et inversement.        

A propos du communiqué du centre de développement des entreprises (CDE) : nous le savions, et l’enquête du CDE vient le confirmer, l’économie gabonaise, et avec elle la vie des gabonais, sont entre les mains des étrangers faussaires et malhonnêtes qui viennent et vivent au Gabon avec pour objectif fondamental de retirer, par tous les moyens, le maximum des ressources financières pour les transférer chez eux. 

Rien d’étonnant que la majorité des PME appartiennent aux étrangers, qu’elles aient la majorité des marchés publics, s’achètent et corrompent tous et toutes. 

Les conditions de leur entrée et de leur installation sur notre territoire sont rendues faciles par la mauvaise politique d’immigration du gouvernement. 

Il y a au Gabon trop d’étrangers, trop d’entreprises étrangères, trop de religions étrangères, trop de naissances d’enfants étrangers, trop de riches étrangers. Trop c’est trop ! 

MISÈRE, MALHEURS ET ESPOIRS DU SECTEUR AGRICOLE GABONAIS

Depuis plus d’un demi siècle, les dirigeants coloniaux d’abord et ceux de l’Etat gabonais post colonial ensuite n’ont pas réussi, et ne réussissent toujours pas à créer au Gabon, un secteur agricole solidement intégré dans les activités économiques productives nationales.  
Et, toutes les tentatives qui ont été entreprises n’ont pas réussi à installer les activités agricoles dans la durée. 
Est-ce le fait de la malédiction, de l’incompétence, de la négligence ou d’une volonté délibérée pour maintenir ce stratégique secteur dans un état archaïque et primitif ? 

L’initiative du Ministre de l’agriculture consistant à organiser une table ronde  sur « le rôle des gouvernements  dans l’intensification des impacts positifs de l’industrie agricole », quoique louable, apparaît comme une orientation hors réalité, une tentative abusivement positive en ce qui concerne l’organisation et la capacité de production de ce secteur au Gabon. 

Peut-on parler d’une industrie agricole gabonaise ayant des impacts positifs ?  
Où et comment se manifestent ces impacts positifs qu’il faut intensifier ? 
Sur la création des emplois ? 
Sur la structuration du secteur agricole ? 
Vivrier ou d’exportation ? 
Sur la contribution du secteur à la création de la richesse ? 
Quand des experts et des dirigeants étatiques parlent de « filière agro-industrielle », de quoi et de quelle agriculture est-il question ? 

La table ronde semble avoir porté à la fois sur l’agriculture dite industrielle, de rente ou d’exportation et sur la vivrière, peu productive, utilisant une faible main d’œuvre non qualifiée et souvent exercée par les autochtones sur des superficies étriquées aux qualités cultivables non validées scientifiquement. 

Naguère, les plans de développement coloniaux puis du Gabon indépendant définissaient des orientations, des objectifs et des financements pour la promotion de ces deux formes d’agriculture. 

La première traitait de la production du paddy, du manioc, de la banane, des taros, de l’igname etc. 

La seconde comprenait le cacao, le café, les palmistes. 

Les programmes initiés dans ce secteur à deux volets n’ont pas atteint les objectifs fixés ; en particulier, celui de constituer un secteur agricole structuré, performant assurant une auto suffisance alimentaire et contribuant significativement à la formation du PIB. Deux admirables projets conduits, l’un dans la province de la Nyanga par les chinois pour la culture du riz dans le cadre de la coopération officielle entre le Gabon et la Chine et l’autre, à Nkolayop,  dans la province du Woleu-Ntem, par un investisseur privé gabonais visaient à insérer une activité agricole pérenne dans ce secteur. 

D’autres expériences plus anciennes n’ont pas pu se perpétuer jusqu’aujourd’hui pour des causes et des raisons diverses et variées. Au Gabon, il n’y a pas d’industrie agricole. 

Cependant, quelques actions pilotes ont fait la preuve que l’agriculture est une activité qui peut s’exercer dans le pays. La majorité des espaces cultivées par les nationaux sont souvent de petites dimensions situées dans les zones rurales, à proximité des villages situés le long des routes ou des cours d’eau. Leurs productions ou surplus de productions sont acheminés par voies terrestre ou fluviale vers les marchés qui sont les plus porteurs ; en particulier ceux des capitales des provinces. 

D’abord cantonnées aux alentours de ces marchés privilégiés, progressivement les centres de productions s’en sont quelque peu  éloignés, sous l’effet de l’amélioration des conditions générales du transport terrestre en particulier de la qualité des routes. Si le chemin de fer est perçu comme réservé au transport des minerais et du bois la route, par le cabotage, est considérée comme le mode de transport de masse adapté à la libre circulation des personnes et à l’évacuation contrôlée des produits agricoles vivriers. 

Les difficultés liées à la nature et aux caractéristiques spécifiques des activités agricoles sont connues. Elles se composent des principales phases suivantes : choix du lieu de l’implantation des unités de production, choix des espèces de pépinières et des plants à cultiver ; connaissance des propriétés et des qualités des sols ; dimensions des plantations, direction et gestion des exploitations, quantité de la main d’œuvre,  désherbage et déforestage,  binage, sarclage et plantation ; entretien des  plants et lutte contre les attaques des prédateurs : insectes, oiseaux, animaux dont les éléphants, lutte contre les caprices du temps liés aux saisons, récolte, conservation et transport des produits du lieu de production au lieu de commercialisation, fixation des coûts de production et des marges bénéficiaires, le traitement et la conservation des invendus, etc. 

Il ne s’est guère dégagé de la faible population du Gabon, un groupe de nationaux déterminés et décidés à affronter victorieusement ces exigences que les activités agricoles et la rudesse des intempéries des saisons imposent. 

Pourtant, avant l’indépendance du pays, une intense activité agricole mobilisait une partie des actifs dans ce secteur qui s’est progressivement affaibli au cours des premières années de l’indépendance du pays. Un bref regard sur le passé montre que l’agriculture a toujours été une préoccupation majeure des gouvernants. Déjà, dans les plans coloniaux de développement de l’AEF, le secteur agricole occupait dans les discours, une place privilégiée qui n’était pas confirmée par la répartition sectorielle des ressources. 

Les autorités politiques et économiques coloniales avouaient leur pessimisme sur l’évolution de l’agriculture vivrière en constatant sa  faiblesse et sa désorganisation. En revanche, elles espéraient développer l’agriculture dite industrielle à vocation exportatrice dont les moyens matériels de production étaient avancés. 

Les plans gabonais de développement de l’agriculture ont toujours distingué les deux catégories d’agriculture. 

Dans le premier plan décennal de l’AEF (1947-1957), l’accent était mis sur les infrastructures, la production et les dépenses sociales. Les priorités du Territoire du Gabon portaient sur la recherche, l’agriculture, les activités forestières, les infrastructures de communications et l’exportation minière qui était à ses débuts. 

En 1950, un décret créa et fixa les modalités d’organisation et de fonctionnement des Secteurs de Modernisation agricole (SMA) à créer. L’inspecteur Général de l’agriculture en AEF écrivait que : « ce qui frappe, c’est l’état arriéré de l’agriculture africaine et l’improvisation. L’agriculture n’est pas encore le puissant levier d’équilibre économique, d’essor industriel et d’évolution sociale qu’il importerait de posséder… alors qu’elle est le fondement obligé du progrès général » et d’ajouter : « qu’il fallait s’attaquer à la réorganisation de la recherche agronomique, à l’achèvement des services agricoles territoriaux, à la main d’œuvre, à l’institution du crédit agricole au sens large, à l’éducation professionnelle de la société rurale en vue de préparer sur des bases solides des structures coopératives… Les conditions de réussite de cette politique agricole étaient : son application totale coordonnée par une action technique (recherche et propagande) ; la formation d’une main d’œuvre et l’appui aux producteurs » (Marchés Coloniaux n° 305 du 15/9/1951), conformément à l’orientation politique dont le contenu essentiel était de procéder à une industrialisation de l’agriculture dans toute l’AEF. 

A la demande du Ministre de la France d’Outre Mer, des zones propices à la création des plantations à production intense réunissant les conditions les plus favorables de fertilité, de facilité d’accès, et, où la mécanisation pouvait suppléer à la rareté de la main d’œuvre, furent choisies. 

Parmi celles-ci, on citait : Ntoum, Akok, Fernan-Vaz, Adzebé, Kango, Bifoun et Mvily. Le secteur Bifoun-Mvily, écrivait Durand-Réville, Sénateur du Gabon, présente le très gros avantage d’être situé de part et d’autre de l’Ogooué, ce qui constitue une très bonne voie d’accès… 

Les sols y sont meilleurs que ceux qui ont été étudiés par les prospecteurs, tant en Oubangui-Chari qu’au Cameroun, et dans d’autres zones du Gabon ». Le terrain de relief était estimé à 10.000 hectares. C’est ce secteur, concluait le Sénateur, qui réunit le plus de facteurs favorables (MC n° 446 du 29 Mai 1954 p 1517). 

Les produits retenus pour leur mise en valeur  étaient, pour l’agriculture vivrière : le riz, la banane, le manioc, les taros, l’arachide ; et pour les cultures d’exportation : le café, le cacao, les palmistes. Les objectifs de la structuration du secteur agricole étaient clairs. Ils consistaient à fixer les paysans sur leurs terres en les rendant propriétaires des parcelles dans des villages de paysannat, à multiplier les centres pilotes d’expérimentation agricole, répandre l’hydraulique agricole et pastorale pour améliorer les conditions de vie des populations en couvrant les besoins alimentaires  du Territoire. 

Quant à l’agriculture industrielle, l’objectif était de spécialiser les régions. Ainsi, le cacao, la plus ancienne culture d’exportation était localisée depuis 1959 dans l’Ogooué-Ivindo et le Woleu-Ntem; il était prévu de l’étendre à Ndjolé dans le Moyen-Ogooué. Le café était cultivé dans l’Ogooué Ivindo, l’Ogooué-Lolo, le Woleu-Ntem et le Haut-Ogooué. les oléagineux cantonnés dans le Moyen-Ogooué et la Nyanga. Avant 1960, une société PALMEVEA de 800 ha de plantations et une huilerie privée SOGABOL étaient installées à Lambaréné ; la COOPALMO, la Coopérative de palmeraie de Moabi dans la Nyanga. Cette stratégie d’industrialisation du secteur agricole gabonais bénéficiait de l’encadrement des Instituts de Recherches  Appliqués à l’exemple des Instituts de recherche des huiles et oléagineux tropicaux (IRHO), l’Institut des fruits et agrumes tropicaux (IFAC), la compagnie française pour le développement  des fibres textiles (CFDT) ; la compagnie générale des oléagineux tropicaux (CGOT). 

En 1954, le gouverneur du Gabon disait à la 2ème session de l’Assemblée Territoriale : «  l’effort fait pour la mise en valeur de la terre gabonaise demeure encore insuffisant, et doit être accentué dans les années à venir par le renforcement et l’encadrement de l’agriculture, l’accession des cultivateurs à la propriété du sol, l’aide aux paysans grâce aux prêts agricoles »

A côtés des cultivateurs artisanaux se tenaient les sociétés dites d’Etat (SE) ou d’Economie Mixte (SEM) qui concrétisaient la présence des capitaux privés dans le secteur agricole local. A l’indépendance des sociétés et autres organismes prennent le relai des instances coloniales et se chargent de l’encadrement, de l’expérimentation et de la mise en œuvre des projets et des programmes agricoles nationaux. 

En juillet 1974, un conseil des ministres décide de la construction à Lebamba, d’une huilerie de traitement d’arachides et de palmistes qui n’a jamais vu le jour. En 1977 fut créée la Sepoga. 

En 1980, Agrogabon, Siat actuelle, reprit Palmevea et Coopalmo. D’autres sociétés agricoles furent créées suivant la logique de la provincialisation coloniale. Des essais de la culture de canne à sucre ont eu lieu à Lambaréné, Cocobeach, Tchibanga et Franceville qui fut retenu et vit la naissance de Sosuho qui nécessita un investissement de près de 16 milliards fin 1980. 

Le projet hévéaculture prévu près de Mitzic dans le plan 1976-1980 et repris dans le plan intérimaire 1980-1982 ne fut pas exécuté et connait présentement des difficultés. Un programme cocotier avait été identifié à Mayumba sur 5.000 ha, il ne se concrétisa pas. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. 

Le Gabon a une connaissance suffisante de la géographie culturale dessinée par les colonisateurs, il existe surement des archives. 

Il reste à Monsieur le Ministre de faire vérifier par ses experts si les zones retenues pour les projets sont encore disponibles pour une implantation des activités, si les projets et les cultures prévues sont toujours rentables, si non, redéfinir d’autres bases en relation avec les besoins des marchés local et extérieur. 

La stratégie ancienne contient de précieuses données qui devraient être examinées et, en cas de besoin, actualisées et adaptées. Avant une «table ronde  sur le rôle des gouvernements  dans l’intensification des impacts positifs de l’industrie agricole », il faut faire l’inventaire et l’évaluation des projets, programmes, expériences agricoles gabonais (de 1946 à 2006) sous tous leurs aspects : humains, financements et partenariats techniques, matériels, institutionnels, types de cultures… en vue de la mise en œuvre d’une politique nationale agricole émergente par étapes contrôlées, en relation et en coordination avec les politiques des pays de notre sous-région.   

19 août 2013

A PIERRE CLAVER AKENDENGUE, AVEC TOUTE LA RECONNAISSANCE ET LE RESPECT QUE LE GABON TE DOIT !

Pierre, il y a longtemps que j’ai eu envie de bâtir ce propos. Après notre entretien de la semaine dernière (à lire prochainement sur ce blog), j’ai décidé d’exprimer publiquement mes fraternels sentiments pour toi que le Gabon néglige, parce qu’il ne te connait pas et ne te connaîtra point. Tu n’es pas le seul dans ce cas… Moi, si j’étais Roi, je t’aurais fait une place dans mon royaume…Mais, hélas !

Le jeudi 30 Mai, l’ADG du Mbandja et moi sommes allés nous entretenir avec un compatriote dont le passé et le présent sont si ressemblants qu’on serait tenté de croire que le temps n’a que peu d’emprise sur lui, quoique son inaltérable pouvoir n’a eu pour effet que d’affaiblir sa carcasse, son enveloppe qui sont les costumes de son Esprit et de son Âme. 

Des signes de fatigue de son corps et ses gestes d’enfant confirment cette contradiction entre un intérieur vif, intact et noble et un aspect corporel vieillissant.

Pierre Claver AKENDENGUE (PCA) dont il s’agit est pour moi un aîné, un homme exceptionnel. Par son œuvre, ses actes et la gestion de sa vie; c’est un modèle pour beaucoup, à cause de sa fidélité à ces valeurs qui nous sont commune : le Patriotisme et la Liberté. Je fais ce modeste témoignage pour l’honorer et lui donner l’amour qu’il mérite, c’est-à-dire l’éloge, le respect et la reconnaissance que nombreux gabonais n’osent plus entrevoir chez certains de leurs compatriotes qui sont dotés de talent, de génie et dépositaires de valeurs exceptionnelles.

Il faut rendre hommage aux hommes durant leur vie, les hommages, les décorations, les honneurs posthumes ne sont que dithyrambes et  vanité.

Comme chez tous les Êtres doués, intelligents, sûrs de la noblesse de leur personnalité, il se dégage de Pierre Claver AKENDENGUE de la simplicité et une modestie qui voile une miette de timidité : ce côté enfantin que les hommes de cœur et de convictions  portent qui fait qu’à une étape de leur vie, ils n’ont plus les idées, ils ont des convictions qu’ils ressassent avec des formules qui traduisent une éloquence créatrice d’images fortes par des mots, des paroles pénétrantes.

J’ai découvert Pierre Claver AKENDENGUE travers sa musique par la chanson "Nkere" qui a été pendant longtemps le lien invisible entre lui et moi. Lacustre d’origine, je trouve dans l’air de Nkere, la douce brise du lac Azingo, à la saison sèche, quand les eaux calmes, reposées et silencieuses, forment une nappe immobile et qu’au loin,  traversant le lac, un pagayeur solitaire chante à gorge déployée, un air d’accordéon qui monte limpide dans un beau ciel bleu et dégagé.

Tous les natifs des villages qui ont devant un plan d’eau et derrière, la forêt, sources de nourriture généreuses, ces gens sont de la « noblesse de terre ».

Né dans un milieu multilinguiste et multiethnique, et donc "détribalisé" par nature, la musique gabonaise aux notes sacrées de toutes origines qui est jouée par un virtuose me transperce et me porte aux sens. Seules les âmes sensibles, les naïfs idéalistes, les illuminés au cœur pur peuvent ressentir cette joie particulière en écoutant les musiques autres que celles de son milieu primaire.

La Cithare, le Mvett, le Balafon à lèvres, la Harpe monocorde, cessent d’être de simples instruments de musique pour se transformer en sources de sons magiques qui vous invitent à la transe, quand ils sont joués par des Maitres.

Chez Pierre Claver AKENDENGUE la combinaison de sons divers associés à ses vocalises devient une sorte de langage réservé aux initiés. Grand esprit dans un corps fragile en apparence, Pierre Claver a donné aux africains un répertoire musico culturel et artistique qui bravera l’agressivité dégradante du temps.

La musique cesse d’être une œuvre d’artiste pour devenir une créatrice quand elle exprime autre chose que l’envie de danser, d’écouter. Dans ce cas, elle devient divine et sacré. Les sensations fortes et captivantes, les frissons que l’on ressent en écoutant le chant grégorien, la musique baroque, les airs d’Elombo, les bardes du Mvett, les chansons d’Okouyi et la lecture des évangiles ne sont que des manifestations de la présence de l’esprit divin parmi les hommes. Et, la musique d’Akendengue relève de cette catégorie. Par conséquent, elle cesse d’être une simple musique d’écoute et de réjouissance.

Il y a des chansons de Pierre Claver AKENDENGUE que l’on préférerait écouter en silence plutôt que de danser, même si on ne maîtrise pas la langue miènè. La combinaison agréable entre les sons des instruments et la voix du chanteur donne à l’air une harmonie qui surpasse le seul cadre musical. Pour les connaisseurs des choses cachées qui se manifestent  par le son et qui sont d’appartenance divine, Pierre Claver AKENDENGUE est un génie incarné en errance dans un milieu d’incultes et sans discernement.

Ecouter parler Pierre Claver AKENDENGUE des choses de la vie et de la société est très agréable à ceux qui ont des convictions, qui sont patriotes et libres de tout intérêt et de tout calcul égoïste.

Homme cultivé, de lettres et de sciences, ancré dans ses origines culturelles ancestrales, Akendengué s’exprime avec  éloquence et châtie son parler. Il est de la bonne vieille école du Gabon pré indépendant où l’apprentissage et  le parler correct de la langue française et la référence au latin étaient  une exigence, une obligation, un devoir.

Il est éloquent et intarissable d’arguments. Son lent débit oral, ses gestes coordonnés, son regard de malvoyant, son corps frêle et son très large sourire juvénile donnent au corps physique mâle de cette créature (dans la vie, mais surtout sur scène dans son costume de scène immaculé) une forme-image qui s’apparente à une silhouette à la corpulence féminine. Par la qualité du parcours de sa vie, l’expression juste et claire de sa pensée et l’expression de ses sensations, nous aimons Pierre Claver AKENDENGUE et tout ce qu’il a dit, qu’il a fait, qu’il dit, qu’il fait, qu’il dira et qu’il fera encore.

Ce grand homme qui a beaucoup donné à son pays n’a jamais reçu en retour de celui-ci «l’usufruit », la récompense et l’éloge que d’autres hommes de culture, moins talentueux que lui, ont obtenu ici et ailleurs.

Toute son œuvre musicale et/ou artistique est sublime. Cependant, parmi elle, une chanson me marquera jusqu’à la fin de mes jours et sera de celles que je sélectionnerai pour mes adieux à la Terre. Quand je l’écoute, je me sens transformé. Elle a été mon hymne et ma source de lumière durant les années de préparation de ma sortie de l’université. Quand bloqué, en panne d’énergie et d’inspiration pour rédiger une phrase, un paragraphe, une page de plus de ma thèse, je posai sur mon « tourne disques » la chanson « Sa Ngunu Sa Ngunu », je ressentais s’éveiller au tréfonds  de mon Etre une force qui semblait partir du Lac Azingo pour me pousser au labeur….

Merci cher aîné, merci l’artiste !

Il y a enfoui à l’intérieur de chacun de nous des sentiments, des joies, des souvenirs que nous ne parvenons pas à exprimer, soit par manque d’occasion pour le faire, soit par pudeur, soit par orgueil ou égoïsme. Je publie ce jour ma relation intime et personnelle avec l’œuvre de Pierre Claver AKENDENGUE parce que je l’ai rencontré et je l’ai informé de ma décision de publier mes sentiments à son égard.

Aujourd’hui, le Gabon semble être formé de 3 catégories ou groupes de gens. Ceux qui parlent encore et parfaitement nos langues vernaculaires (dont Pierre Claver AKENDENGUE) , ceux qui les parlent comme certains parleraient « le français petit nègre » et ceux qui les moquent et ne les parlent pas du tout.

Cette réalité est porteuse d’un danger, celui de voir disparaître progressivement nos langues et partant, nos cultures, notre Culture. C’est une fierté pour certains de nos vieux de constater que leurs langues sont encore correctement parlées par un petit nombre.

Akendengue sait parler, et sa « langue maternelle », et la langue française. Il nous a dit :

« Je dois transmettre ce que j’ai reçu des miens… Actuellement mes joies c’est d’être au milieu de mes enfants et petits enfants…. de continuer à créer.. C’est la perspective de développer et d’installer l’Association ROMEPA (qui est l’œuvre de 3 frères ainés : R.Onouviet, M.Essonghe et P.Akendengue) comme solide structure culturelle du Gabon qui occupe présentement toute mon énergie... L’opprimé dit-il, doit cesser de considérer l’oppresseur comme son Maitre… Je suis dans une pirogue qui va vers sa destination…la LIBERTE…Ceux qui ont trop d’argent et qui ne peuvent pas tout dépenser au cours d’une vie doivent penser aux nécessiteux…. Le mariage, c’est entre un homme et une femme, le mot vient de Mère. Quand deux hommes se marient, qui sera la mère ? s’est-il interrogé….»

Il y a quelques mois, j’avais déjà publié un article dans lequel je m’indignais de ce qu’au Gabon, l’on ne considère guère les compatriotes dont les œuvres ont été accueillies comme des valeurs nationales partagées par le peuple. Dans l’article intitulé « Les hommes africains et gabonais : les autres et nous », je disais :

« Vous avez dit France et Honneur ! Nous avons accueilli avec gène et joie la décoration d’un grand africain du Gabon, Pierre Claver Akendengué, au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur par la France. La gène ! parce que le sacre vient des autres qui démontrent leur attachement au talent et à la grandeur d’un Homme qui le mérite. La joie ! C’est de vivre un évènement qui consacre l’œuvre d’une personnalité mondialement connue et qui, malheureusement n’est pas considérée à sa juste valeur dans son pays… Akendengué n’est pas seulement un grand artiste musicien; c’est aussi un poète, un politologue, un philosophe bref, un Savant. Mais, l’autre n’a-t-il pas dit que « nul n’est prophète dans son pays » ! P.C Akendengué, Mack Joss, P.C. Zeng, pour ne citer que ce trio, ont marqué les mélomanes du monde par et avec leur musique. Des trois, il nous en reste deux qui commencent, comme nous tous, à descendre la pente qui conduit à l « l’Epreuve » de la périlleuse traversée, où attendre devient terriblement douloureux, si vous n’avez pas un devancier, compagnon aimant, qui vous accueille et vous prend par la main au plus incertain des rendez-vous avec le Tout. Il est encore temps pour que les gabonais sachent qui ils sont, pour que demain, il n’y ait pas de regrets. Les radios et les télévisions publiques et privées doivent enregistrer leurs paroles pour les faire passer à la postérité. Il est vrai que trop souvent, l’Homme, surtout jeune, ne découvre et ne connait le Bonheur qu’après l’avoir entrevu et perdu, parfois, la grandeur aussi.» 

Bien à Toi, Pierre Claver AKENDENGUE, Toi l’érudit des Cultures africaines, gabonaises et autres. Si les humains t’oublient, Dieu te couronnera.

12 août 2013

COMPRENDRE L’ÉMERGENCE : ÉMERGENCE ECONOMIQUE, DÉMOCRATIE POLITIQUE ET GOUVERNANCE PUBLIQUE.

La quasi totalité des Chefs d’Etat africains ont fait le libre choix de placer leur développement économique et social sous le label de l’émergence. Ainsi baptisée, l’émergence qui n’avait que quelques géniteurs internationaux en compte désormais plusieurs, dont certains parrains, chefs d’Etats africains francophones. 

Ce concept qui revient comme une mode est pourtant usité et pratiqué depuis plusieurs années. Parler d’émergence signifie que l’on y a pensé, que l’on y pense et que l’on se compare à ceux qui en sont ; c’est surtout parler de changement. 

Vouloir l’émergence, c’est vouloir le progrès. Il y a dans les sociétés du tiers monde africain, une forte demande de bien-être de la part des populations les plus fragiles. L’insatisfaction de cette demande par les gouvernants a provoqué une paupérisation rapide et étendue parmi les habitants. Les multiples réactions violentes qui surviennent à travers le monde et qui prennent, ces derniers temps, des formes extrêmes dans certains pays, sont le résultat de la mauvaise gouvernance, qui est la cause du très fort déficit de satisfaction des besoins basiques des peuples. 

Ces besoins ne sont plus qu’alimentaires, ils sont aussi politiques, culturels, spirituels, moraux… 

Le face à face entre la mauvaise gouvernance et la pauvreté est à l’origine des crises diverses et variées qui secouent les sociétés en développement. 

Quand moins de 2% d’individus détiennent près de 96% de la richesse d’un pays, cela constitue objectivement une bombe à retardement dont l’explosion est contenue par les promesses démagogiques, les paroles de consolation et les programmes fallacieux. 

La bonne gouvernance devient ainsi une obligation pour les dirigeants, et un motif de contestation et de remise en question des politiques publiques par les citoyens. Gouvernance rime avec émergence et toutes deux sont porteuses de progrès et connotées d’espoir. 

De là, elles sont intimement liées au point que l’une n’est rien sans l’autre. Si la gouvernance était concrètement mise en œuvre, elle faciliterait et aboutirait à l’émergence. A contrario, il faut retenir que la gouvernance, la bonne gouvernance, est une obligation et une composante de l’émergence. 

Dans leur permanente quête de développement, les Etats africains sont passés par plusieurs étapes en adoptant des schémas et des montages économiques et financiers fabriqués, pour la plupart, par les experts des riches pays dits développés ou industrialisés et destinés à l’usage des équipes dirigeantes africaines. 

Ces offres de progrès, les unes plus mirobolantes que les autres, n’ont eu pour effet que de renforcer l’enrichissement d’un groupe d’étrangers et de nationaux, privilégiés et dominants, qui ont jumelé ces plans économiques avec des plans politiques endogènes consistant à se maintenir à demeure au pouvoir pendant que les masses, toujours miséreuses, incapables d’accéder par elles-mêmes aux richesses du pays, se détournaient et se désolidarisaient de la politique de leur pays. 

Au Gabon, les 42 ans d’Omar Bongo Ondimba sont un record qui sera difficile à battre, voire à égaler. 

Au début des années 90, au sortir des systèmes de partis uniques qui étaient la principale cause du blocage de l’éclosion et de la promotion de l’initiative privée en Afrique, la poursuite du développement a coexisté avec le démarrage d’une démocratisation politique. 

Les plans et schémas de développement concoctés par les pays développés et proposés aux sous-développés avaient des appellations variées : coopération, plan d’ajustement structurel (PAS), partenariat, aide au développement, initiative pays pauvres très endettés (PPTE) etc. 

Certains pays, comme le Gabon, optèrent pour le schéma rostowien qui valorisait la notion, non pas « d’émergence économique », mais celle de « décollage économique » qui fut intégrée et insérée dans la phraséologie et le discours politiques, par les intellectuels de l’époque qui voulaient paraître savants. 

La preuve a été donnée par l’inapplication du « Libéralisme économique démocratique et concerté » dont la médiocrité des résultats n’avait d’égal que l’allégeance faite au Chef du cartel des riches. 

Les africains ont rarement élaboré une « économie politique » fondée sur les réalités locales et appliquée par un groupe de patriotes rigoureux, sérieux, compétents débarrassés de toute envie de s’enrichir rapidement et abondamment. Les offres et les propositions de progrès des personnalités politiques sous la forme de « projet de société » ne traduisent et n’intègrent qu’imparfaitement les grands maux  qui retardent et déstabilisent les sociétés noires. Et, quand un projet contient quelques menues solutions aux difficultés réelles en présence, comme le projet « Les Actes pour le Gabon » d’Omar Bongo Ondimba, son exécution est annihilée par la paresse et les détournements des fonds et des objectifs par ses responsables. 

Certains projets porteurs de dimension nationale, initiés avec l’appui des partenaires étrangers, n’ont pas débuté ou ont été purement et simplement abandonnés, par ce que des « rétro commissions » n’ont pas été versées à certains cadres ou politiques. 

En français facile, émergence signifie l’apparition, la naissance soudaine ou graduelle et progressive d’un phénomène. L’émergence n’est nullement une génération spontanée, qui survient ex nihilo. 

L’émergence telle que vécue par les pays qualifiés à ce jour de « émergents » est un parcours long, exigeant, collectif qui nécessite rigueur, méthode, expérience et sérieux. Un peuple ne peut pas émerger en rejetant ses valeurs culturelles fondatrices, en dansant et en festoyant sur un gisement d’or (comme dirait un salaud à P.C. Akendengue) dont la commercialisation doit permettre des entrées de fonds pour le développement de la multitude. 

Les pays comme le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique du sud, la Turquie, l’Arabie Saoudite, l’Indonésie, l’Argentine et le Mexique etc. qu’on qualifierait actuellement de pays émergents, ont mis en place un cadre logique originaire reposant sur des objectifs, des standards, des normes et des critères d’évaluation de l’exécution des actions planifiées. 

Espérons que les dirigeants des Etats noirs d’Afrique qui font le choix de l’émergence ont conscience de la mesure et du degré de leur engagement à la fois, vis-à-vis de leurs administrés, vis-à-vis des pays émergents et vis-à-vis des autres pays du monde. Tout comme ils doivent savoir qu’ils ne peuvent continuer leur œuvre que s’ils restent au pouvoir après élection ; aussi, la fixation officielle d’une échéance datée (l'année 2025 au Gabon) pour l’émergence des pays, et son affichage public deviennent des composantes des enjeux de la démocratie, de la transparence électorale, de l’alternance politique et de la bonne gouvernante. 

L’imbrication de la démocratie, de la gouvernance et de l’émergence deviendrait source de blocage, si les dirigeants ne se montrent  pas sages, réformistes, volontaires et décidés à impulser le progrès social pour les masses populaires nécessiteuses. 

Le terme émergence, est sorti du projet politique du candidat Ali Bongo et, il est en train de s’installer pour longtemps (2009-2025 : 16 ans), dans la théorie et le discours politiques officiels du Président Ali et de ses collaborateurs. 

L’affirmation et le vœu « de faire du Gabon un pays émergent en 2025 » comme objectif stratégique semblent relever de l’excès de langage et de confiance d’une part, et de l’autre, de la sous évaluation ou de la méconnaissance des avatars dus au processus. 

Les préalables, les exigences et les difficultés liés à l’émergence d’une économie sous-développée auxquels se greffe une ferme demande de démocratisation politique du peuple, exigent un consensus et une accalmie sociopolitiques structurels, durables pour le pays. 

Certes, on peut noter que l’émergence économique des pays ainsi qualifiés s’est accompagnée des régimes et des Etats forts, presque dictatoriaux ou fascistes, à l’exemple de la Chine, de l’URSS, de l’Afrique du Sud, du Brésil etc ; tout en se démarquant  ou en adoptant le libéralisme classique. Pour créer les conditions favorables à l’émergence, l’Etat doit devenir interventionniste en reprenant le contrôle de toute la société : secteurs productifs des richesses nationales…prises de participation aux capitaux des sociétés, création des agences, des entreprises, des banques, des assurances, des fonds ; partenariats avec le privé etc. 

Parallèlement, et au risque apparaître tyrannique, il doit réduire ou étouffer la contestation sociale qui émanerait des acteurs politiques, de la société civile et des médias déraisonnablement critiques. 

Nulle part au monde, l’émergence ne s’est accommodée avec la liberté d’expression. Elle privilégie l’expansion économique au détriment de la démocratie politique qu’elle rabaisse. Très peu de pays actuellement qualifiés d’émergents ont concomitamment fait la promotion de l’expansion économique et celle des libertés démocratiques. L’émergence est pour ainsi dire, le retour au « tout Etat » ; à l’Etat dominateur. Par conséquent, opter pour l’émergence devient un choix institutionnel et politique ; c’est aussi le choix involontaire d’une véritable réforme de la société pour son progrès, son indépendance économique et sa souveraineté : choix difficile mais louable qui consolide l’indépendance politique ; à condition, répétons-nous, d’être conduit et géré par des patriotes politiquement talentueux, sérieux, compétents, détribalisés et peu corruptibles…

En 2025, le Gabon ne sera pas un pays émergent. Tout au plus, il sera un « pays en voie d’émergence ». 

Qu’on l’accepte ou pas, et malgré les maladresses et les abus, la vérité est que, tout ce que font les pouvoirs publics gabonais doit se comprendre comme l’assemblage des conditions optimales indispensables pour la confection des fondations solides pour le progrès futur du Gabon. 

In fine, l’émergence est un vaste plan de sortie du sous-développement qui vise à créer un cadre propice pour des activités économiques rentables pour assurer une meilleure évolution du taux de croissance et donc de la richesse du pays. 

Un pays du tiers monde ne serait qualifié d’émergent que lorsque chaque secteur d’activité reposera sur des infrastructures spécifiques solides, que le nombre de nécessiteux baissera notoirement et que les besoins vitaux basiques du grand nombre seront satisfaits (santé, logement, emplois, transport, éducation, démocratie). 

Pour l’heure, le Président Ali Bongo et les siens manifestent la volonté de positionner le pays sur la voie de l’émergence, en mettant en place des instruments y relatifs, et un contexte sociopolitique conformes au démarrage du processus. 

Cette phase préparatoire du positionnement du Gabon sur la ligne de départ en direction de l’émergence, se tisse au moment où d’autres pays de la sous région ont opté pour la même stratégie. De là naîtront des convergences d’intérêts, de vues, de pratiques et des réalisations. 

C’est maintenant que ces chefs d’Etat doivent former de solides équipes de travail pour accompagner l’exécution des programmes et des projets qui doivent agréger les différents pans de leur société. 

Parmi ces projets se trouve, à court terme, la prochaine élection présidentielle gabonaise de 2016…

DE L'EMISSION DES BONS DE TRESOR PAR L'ETAT GABONAIS DANS LA ZONE CEMAC.

Certes, il est difficile de mobiliser tous ses amis et frères au moment souhaité ; en particulier en cas de difficultés. L’émission de l’emprunt par le Gabon à travers les bons de trésor a mobilisé la majorité des pays membres de la CEMAC, en particulier le Cameroun, très impliqué et dont le dynamisme économique et financier, notoirement connu y est manifeste. 
L’unanimité étant rarement de ce monde, l’absence de la Guinée Equatoriale, dans ce plan gabonais, peut faire l’objet de plusieurs interprétations. C’est notre préoccupation.

Deux prestigieux cadres du Gabon, femme et homme, qui du reste, se connaissent bien, pour avoir valablement travaillé ensemble, Madame le ministre du Budget et Monsieur le ministre de l’Economie, sont « interpellés dans la presse» pour l’opération d’emprunt que l’Etat à lancé sous la forme de bons du trésor. Les deux responsables sont connus pour leur compétence que pour leur sérieux. 

Toutefois, une question se pose : comment et pourquoi en sont-ils arrivés à emprunter des sommes qui représentent peu au regard des données financières, comptables et autres agrégats économiques du pays ? 

Les 2 émissions des bons de trésor, par le Trésor public gabonais, a pour but de se procurer un montant de 25 milliards F CFA liquides, à court terme, disons « à vue », pour le compte de l’Etat. Cette somme est bien en deçà des besoins de règlements des rémunérations, revenus et salaires qui forment la dépense mensuelle répétitive la plus sensible qui grève les finances publiques. 

Examinons ce montage financier à travers les informations officielles les plus simples qui ont été mises à la disposition du public. 

D’abord, le premier Communiqué, daté du 2 Mai 2013 est signé de Luc Oyoubi, Ministre  de l’Economie, et par ordre, du Ministre délégué auprès de Madame le Ministre du Budget qui était certainement absente de Libreville ou empêchée au moment de la signature. Il porte sur 10 milliards de F CFA. 

Quant au communiqué du 16 Mai, paru 14 jours plus tard dans le journal l’Union, il est signé des deux ministres « titulaires » Rose Christiane Ossouka Raponda, Ministre du budget, des comptes publics et de la Fonction Publique et Luc Oyoubi de l’Economie, pour 15 milliards. 

Les communiqués nous informent que ce sont des « bons de trésor assimilables », que les souscriptions se font respectivement auprès de 9 et 10 banques ou établissements de crédits agréés CEMAC dont :  4 camerounais (Afriland first bank, Ecobank Cameroun, Union bank of Cameroun limited et société commerciale de banque au Cameroun),  3 gabonais (BGFI Gabon, BICIG Gabon et Union Gabonaise de banque), 1 congolais (Crédit du Congo) et 1 établissement centrafricain (Ecobank Centrafrique) dans la première annonce. 

Et, l’émission du 16 Mai indique 10 banques dont 5 Camerounaises (+1), 3 gabonaises, 1 congolaise et 1 centrafricaine. 

L’échéance est de 13 semaines et « les intérêts sont précomptés sur la valeur nominale des bons, les intermédiaires étant les banques CEMAC désignées « Spécialistes en Valeur de Trésor : SVT » par le Ministère de l’Economie. 

A n’en pas douter, l’Etat a émis ces bons de trésor pour des besoins conjoncturels de ressources. S’il est dit que les intérêts sont précomptés sur la valeur nominale des bons, en revanche, on ne sait rien du taux d’intérêt retenu pour la rémunération des sommes libérées ou empruntées. C’est dire que ce sont des bons du Trésor à taux fixe, aux intérêts précomptés, donc payés d’avance en fonction de la durée. 

Ce type d’opération est  parfois répétitif et traducteur d’une passagère contraction financière. Le recours à l’emprunt ne signifie nullement que l’Etat est en cessation de paiement ou en faillite. Du reste, même en difficultés de paiement, un Etat réussit toujours à trouver des prêteurs sur les marchés financiers, ou auprès des bailleurs publics. 

Aucun Etat n’a jamais été emprisonné pour n’avoir pas payé ses dettes. La forte implication des institutions financières camerounaises dans ce pool bancaire est la démonstration des relations conviviales qui semblent se tisser graduellement entre ces deux pays qui sont liés par l’histoire, par la proximité géographique et par les échanges commerciaux et autres. 

Indubitablement, le Cameroun est le pays qui peut servir de locomotive à la création d’un espace économique, commercial et financier communautaire intégré pour propulser l’émergence économique de la sous région CEMAC. 

Le couple Cameroun-Gabon qui se forme et s’affirme ne doit pas faire oublier la nécessité de solidarité et la fraternité indispensables au progrès de tous. La Guinée Equatoriale, le Congo et les autres Etats ont leur place dans la construction et la mise en œuvre d’une stratégie de sortie du sous-développement par l’émergence de nos pays. 

Dans cette perspective, aucun pays ne doit afficher une tendance hégémonique, se marginaliser ; ou être écarté du groupe.

C’est à ce niveau que deux faits, aux connotations politiques non négligeables, sont à signaler : d’abord, que le Président gabonais, Ali Bongo est le Président en exercice de la CEMAC ; ensuite, que les banques de deux Etats de la CEMAC, la Guinée Equatoriale d’Obiang Nguema  Mbasogo et le Tchad d’Idris Deby ne sont pas parties prenantes dans la liste des établissements prêteurs retenus pour le montage financier au profit du Gabon. 

Question : pourquoi le Gabon s’obligerait-il à emprunter  25 milliards à court terme ? 

En somme, une opération « immédiate », généralement traductrice, soit d’un urgent besoin de liquidités lié à une tension de trésorerie, soit d’une nécessaire opération politique destinée à jauger et tester la solidarité, le degré d’entente, d’intégration, de mobilisation et d’implication des Etats membres dans les actions concertées de la CEMAC. 

A l’évidence, l’opération comporte trois principaux aspects : le politique, l’économique et le financier. 

Actuellement, le Gabon doit certainement traverser une zone de turbulence financière qui l’incite à s’adresser au secteur bancaire commercial (et pas à la BEAC !?...) de la sous-région. 

A ces observations s’ajoute, au niveau national, l’injonction faite, par le trésor public, aux retraités de présenter un « certificat de vie » au risque de perdre la jouissance de leur pension pendant 3 mois. 

Le communiqué et l’action du gouvernement sont de nature à étonner plus d’un citoyen intéressé par la Nouvelle Economie Politique Gabonaise (NEPG) qui destine le pays à l’Emergence. Cette surprise est d’autant plus grande que les chiffres officiels, s’ils sont véridiques, sont impressionnants. 

Les prévisions budgétaires 2012 de l’Etat gabonais étaient de 2.453,1 milliards de FCFA contre 2.370 en 2011, soit une hausse de 82 milliards de FCFA (+3,4%). 

En 2013, le budget approuvé le 5 Janvier était estimé à 3.141,2 milliards. La surprise tombe quand l’on prend connaissance des données techniques des experts qui disent que :

« Le budget 2013 se caractérise par une augmentation significative (+74%) des dépenses d’investissement, s’inscrivant ainsi dans la stratégie du Gabon émergent rendue publique en décembre dernier. Cette politique volontariste s’accompagne d’un déficit budgétaire (2,3% du PIB) et d’un recours à l’emprunt, les revenus pétroliers du Gabon tendant à diminuer légèrement malgré des cours historiquement élevés… En 2013, les emprunts sont prévus à hauteur de 268,7 milliards liés aux investissements et 240 milliards d’emprunts d’équilibre, dont 100 sous forme d’emprunt obligataire local, 140 sous forme d’emprunt bancaire. Au total 508,7 milliards seraient empruntés en 2013, soit 16% du budget »

Ces perspectives étaient suffisamment explicites pour comprendre le recours à l’emprunt, même de 25 milliards, qui du reste, est d’un niveau très bas au regard des besoins potentiels affichés. 

En économie, et plus spécifiquement dans les opérations de financement des investissements ou de déficit de trésorerie pour le fonctionnement, le recours à l’emprunt-court et peu onéreux traduit le plus souvent, une insuffisance ou un déséquilibre de trésorerie transitoire entre les entrées et les sorties des fonds. 

La grande part des schémas de financement comporte un volet emprunt dont l’importance dépend des disponibilités détenues par le demandeur d’argent. Oyoubi et Ossouka qui sont des économistes chevronnés le savent parfaitement. Et, le fait de communiquer sur l’opération est très louable, courageux et surtout conforme aux bonnes pratiques de gestion de la « chose publique ». 

Tous les pays du monde, qu’ils soient développés ou sous développés ; industrialisés ou émergents sont endettés, parfois même très endettés. Cependant, les pouvoirs publics doivent se soumettre à l’obligation de transparence que dictent la bonne gouvernante et les bonnes pratiques de gestion de l’Etat. 

Les chefs politiques doivent davantage prendre en considération les orientations, les conclusions et les prévisions des experts et rendre compte aux populations des décisions qui engagent durablement leur vie et celle des générations futures. 

Ecoutons les experts financiers : 

« Parmi les dépenses de fonctionnement, les rémunérations occupent toujours la première place, représentant 17% de la dépense publique. De 2012 à 2013 le budget de la fonction publique s’est accru de 19%. La loi de Finances 2013 prévoyait de doter le Fonds Gabonais d’Investissement Stratégique (FGIS) de 144 milliards, alors que celui-ci n’a reçu que 14 en 2012, par rapport à un montant prévu de 276 milliards ». 

Au-delà du fait financier se trouve la donne politique relative à la cohésion, à l’harmonie et à la solidarité dans l’espace CEMAC. 

L’analyse montre que la position objective du Cameroun comme « tête de file » du groupe des prêteurs gabonais ; l’absence du Tchad, et surtout de la Guinée Equatoriale dont l’économie est réputée en pleine croissance et « surliquide » ne peuvent pas ne pas attirer l’attention. Qui ne jugerait pas invraisemblable, voire anormale, même si les raisons sont avérées, que la Guinée Equatoriale ne soit pas présente quand le Gabon fait un appel de fonds destiné à équilibrer une situation de trésorerie ? 

Quand au Tchad, il a de grosses obligations qui semblent l’absorber et le détourner quelque peu de ses voisins CEMAC. Que dire de la RCA qui, malgré la crise contribue au plan gabonais. Signe des temps ? Faut-il entrevoir une brèche dans la Communauté CEMAC du fait de l’absence de 2 membres sur 6 ? 

Bien que tous les Etats ne soient pas à mesure ou disposés à réagir de la même manière, on pourrait en toute logique s’étonner de la forme prise par cette mobilisation autour du Gabon "Emergent". 

Le temps a fait son œuvre, il est désormais loin, l’époque où il existait des bouderies diplomatiques ou protocolaires répétées entre le Gabon et le Cameroun. Présentement, l’axe Yaoundé-Libreville semble être en bon état, et se présente comme porteur d’un noble dessein pour les 2 peuples et d’un avenir prometteur pour tous ceux de la sous-région CEMAC.

1 août 2013

ENDELE... MELAN... MBA OBAME : POUVOIR ET FÉTICHISME POLITIQUE.

En Démocratie ou dans ce qui y ressemble,  la critique et la contradiction sont constitutives de ses  attributs. Cela ne veut nullement dire que la vie, la santé et l’état physique d’un homme affaibli et en dégradation deviennent objets de railleries ou de jouissance. Nous nous connaissons tous ou presque au Gabon pour avoir peu ou prou pris part aux importants événements qui ont marqué notre pays au cours des 30 dernières années. 

Quand l’un de nous est en situation de très grande précarité, caractérisée par la maladie pouvant se terminer par la mort, nous devons être mesurés et circonspects dans nos propos et compatissants par notre attitude. 

Nous n’avons pas le droit de nous réjouir des peines, des douleurs et des maux des autres. Quel que soit l’individu, son sexe, son ethnie, sa fonction, son appartenance politique et ses actes ; la morale nous impose la retenue. 

Personne ne souhaite souffrir, être malade, vieillir et mourir. Tout cela est inscrit en nous comme les étoiles à la nuit. 

Mba Obame est très malade, tout le pays le sait. Cela doit suffire pour  lui manifester un peu de respect, de considération et de fraternité. 

Mais, comme  le Gabon est désormais installé sous l’emprise du mal, plus rien n’a de valeur. Et, si les cadavres déchiquetés n’émeuvent plus grand monde, il est compréhensible que pour les impies, un corps malade et squelettique devienne source de défoulement  et de moquerie. 

La lutte politique est une activité, un jeu, un processus si tortueux qu’il faut y introduire un minimum de tolérance et de morale. Ceux qui jeunes ou adultes, ont connu la prison, la torture, la maladie, la solitude et les privations pour cause de positionnement politique, savent qu’aux moments de profondes détresses, l’on a besoin de savoir qu’il y a dans la foule des biens portants libres et heureux, des Êtres qui sont conscients de la douleur des souffrants. 

Certains médias ont publié,  avec des commentaires cyniques et idiots, des photos d’un AMO visiblement fatigué, amoindri et en partance… 

Qu’il soit fait par conviction, par haine ou pour  défendre des intérêts partisans, cet acte est odieux, inamical et diabolique. 

Nous avons combattu de puissantes personnes dans notre pays sans jamais souhaiter, ni leur mort, ni leur déchéance moral et physique. Le cynisme qui se dégage du traitement de l’image d’André Mba Obame par le « Douk Douk », n’a d’égal que l’horreur qu’un crime rituel exhale. 

La vie d’un humain n’a pas de prix, elle est à toute autre semblable, égale et appartient à Dieu. Seuls ceux qui considèrent que le mal peut conduire au bien blasphèment la vie. 

Notre chance est de pouvoir nous adresser à la minorité de gabonais qui lisent nos articles publiés dans ce blog. 

Cette tribune nous permet ce jour, sans être journaliste, de dire que trop souvent, certains hommes d’opinions franchissent trop facilement la ligne rouge qui est un élément constitutif de la morale. 

Quand on est prêt à tout pour gagner facilement de l’argent et pour durablement se positionner ou conserver une place du « bon côté politique », celui du pouvoir d’Etat, on se rend disponible au service de toutes les laideurs et des toutes les saletés. 

Les stipendiés de tous bords et les renégats à toutes les idéologies jamais à aucun pouvoir ne se rebellent, ni au pouvoir despotique, ni au pouvoir de l’argent frelaté dit argent du diable, argent du sang. 

Le patriotisme nous invite à servir notre pays sans passion et sans haine, en restant fidèle aux valeurs basiques qui font de l’homme une digne créature. Les honneurs faciles et l’aisance matérielle ne sont rien d’autres que souffle du vent et partant, passagers. 

A Mba Obame, tu as fait ce que certains de nos frères ont fait…de erreurs  fatales….Tu as commis les fautes qui se sont inscrites dans ton ascendance, ton Âme et ton Esprit. Tu ne peux pas ne pas savoir ce qui t’arrive et la manière dont ton va vers eux. Je te comprends parfaitement, sans être d’accord avec ta trajectoire. Retournes-toi vers ton père, ton grand père, ta mère et ta grand-mère. Visionne ton enfance, revis ton parcours politique et professionnel… Ouvre ta bouche et parle à ceux qui sont habilités à t’écouter. Tu le sais, tu es mon grand père par ton nom… MBA OBAME. 

Les photographies de toi publiées par le Douk Douk sont pathétiques. Elles m’ont totalement bouleversé. Puissent tes amis et frères ne te laissent point tomber et t’assistent.