10 oct. 2013

LA CANDIDATURE DE JEAN EYEGHE NDONG : ENJEUX ET RISQUES POLITIQUES

Tout le monde le sait maintenant, Jean Eyeghe Ndong est candidat à l’élection du Maire de Libreville. Il se murmure aussi que le Maire actuellement en poste, un autre Jean envisage y rester et que, même une dame du PDG envisagerait briguer cette fonction. Or, ces trois candidats sont tous natifs de l’Estuaire. L’on peut supposer qu’à l’approche de la date de l’échéance fatidique, d’autres candidats, originaires ou pas de Libreville, vont se manifester.  

La fonction de maire de Libreville est très importante aux niveaux politique, financier et stratégique. Jusqu’à présent, seules les personnalités de la Province l’ont occupée, non pas par élection, mais par accord, cooptation et arrangements politiciens fondés sur un partage des responsabilités entre Fang et Mpongwè. 

L’arrivée au pouvoir d’Ali Bongo a créé un contexte qui se veut différent, à bien des égards, de celui d’Omar son prédécesseur. En mettant fin à la traditionnelle pratique d’un premier Ministre natif de l’Estuaire, sous OBO, on suppose que cette innovation pourrait s’appliquer a des fonctions moins importantes. Sauf que, si le scrutin est libre, propre et transparent, comme le veulent les gabonais, tous les futurs maires et sénateurs devraient être élus par les populations de leur circonscription et non désignés par l’exécutif après des combinaisons politiques. 

Ces combines ont été particulièrement mises en œuvre sans discontinuité dans deux communes du pays, où une alternance politique consensuelle a été instituée avec éclat pour le poste de maire de la ville : Fang et Miènè (Mpongwè) à Libreville, et Fang et Mièné (Galois) à Lambaréné. 

Les montages politiques qui consistaient à installer les parents, amis et fidèles à des postes électifs doivent laisser place au choix libre des citoyens. Pour ce faire, il faudrait qu’à tous les niveaux de choix, les électeurs se prononcent librement ; dans les bureaux de vote et dans les conseils municipaux et départementaux élus sans pour autant exclure les alliances normales liées au fonctionnement de la démocratie. 

La mairie de Libreville doit être occupée par un compatriote ayant la réputation d’un patriote charismatique et sérieux, quelqu’un qui ne donne pas l’image d’un individu avide d’argent et d’honneurs. Parmi les candidats proches de ce profil se trouvent, entre autres, Jean Eyeghe Ndong, Jean Jacques Kangué et Florent Mba Sima. Si les deux derniers cités sont membres d’un parti politique, JEN, sauf par extraordinaire, sera sur une liste de candidats indépendants qui devra se donner une dénomination. 

Kangué, en plus de l’expérience acquise en qualité de maire adjoint pendant de longues années, peut se prévaloir de la nécessité d’élire un non Fang (lui) après un Fang. Le calme et la sérénité qui se dégagent de cet homme, que l’on peut qualifier de jeune, sont des atouts pour ce poste. 

Monsieur Mba Sima, que beaucoup de librevillois ont toujours considéré comme le « Maire naturel » de la ville, jouit d’un fort capital de sympathie. Toutefois, sa grande discrétion, ponctuée par son retrait volontaire du monde politique depuis quelques années attirent l’attention des observateurs politiques. L’homme, par son expérience, son dynamisme et sa détermination serait un bon candidat pour la mairie de la capitale. 

Sérieuse ou pas, la candidature de JEN est de nature à pousser la majorité républicaine pour l’émergence à s’organiser pour la conquête de la mairie de Libreville dans la transparence. Par ce qu’elle est une invitation à la transparence. La candidature de l’ancien dernier Premier ministre d’Omar peut être d’une grande portée pour les opposants gabonais ; tant au niveau psychologique, que politique et social. C’est certainement une occasion pour lui de rassembler son électorat, ses compagnons politiques de l’Union Nationale dissoute ; et de jauger sa popularité auprès des électeurs de son siège et partant de la capitale. Pour que cette candidature face entrer JEN et son bord politique nouveau dans l’histoire du pays, elle devrait reposer sur une stratégie de relance et de renforcement de l’opposition ; en particulier de l’Union Nationale, son parti dissout. 

Dans cette optique, le candidat  Eyeghe sera obligé, en concertation avec ses amis de l’ancienne Union Nationale, de former des listes dans d’autres circonscriptions de la ville, de l’Estuaire ; voire du Gabon tout entier. En l’absence d’AMO, il pourrait représenter le recours pour l’opposition gabonaise en quête d’un leader charismatique. Le mode de scrutin proportionnel de liste et les achats de conscience et des votes lors des élections des conseils locaux départemental et municipal font qu’Eyeghe doit mettre en place une forte organisation pour accompagner son projet. 

A priori, tous les patriotes gabonais doivent se réjouir de la perspective d’une éventuelle restructuration de l’opposition avec l’espoir de vivre un processus de démocratisation politique voulue par la majorité des nationaux et proclamé par les dirigeants actuels du pays. 

A ce titre, la candidature de JEN est à suivre avec beaucoup d’attention par les acteurs de la MRE dont certains souhaitent se porter candidats à la mairie de Libreville. La fonction de maire de la capitale du Gabon n’a jamais été, comme celle de maire de la ville de Paris en France, un tremplin pour une future candidature à la présidence du pays. 

Dans l’actuel contexte politique marqué par une volonté de dialogue et de concertation politiques, la conquête de la mairie de Libreville peut, à très court terme, devenir une base arrière pour un politicien, ancien premier ministre, ancien député, ancien candidat à l’élection présidentielle. De là, affirmer que Jean Eyeghe sera la cible des rudes coups de ses adversaires est un truisme ; et penser que tout sera mis en œuvre pour son échec ou son désistement n’est nullement une vue de l’esprit. 

Pour nos analyses à venir, nous attendons connaitre le candidat du PDG et des autres partis ou listes qui seront positionnés en face de ce premier postulant à la plus grande et prestigieuse mairie du pays. Si l’homme est perçu comme un bon candidat, il reste que certaines questions peuvent être posées. 

D’abord : Eyeghe Ndong est-il un homme seul, ou se place t-il dans une démarche unitaire et solidaire avec ses compagnons de l’Union Nationale (dissoute) ? Peuvent-ils mobiliser les moyens financiers et matériels pour supporter une campagne électorale qui comporterait plusieurs listes ? Formeront-t-il avec leurs partisans un Comité ou un Mouvement électoral conjoncturel qui pourrait se déployer à travers le Gabon ? 

Ce Mouvement pourrait-il se transformer en un organe politique structuré, durablement et solidement ancré dans le cadre politique démocratique national ? Les contours de la candidature d’EN peuvent être très politiques et nécessitent une stratégie et une tactique politiques bien huilées et opérationnelles. Les analystes et hommes d’opinions gabonais et étrangers doivent porter une attention particulière à ce projet politique qui parait intéressant pour revitaliser notre processus de démocratisation. 

D’une certaine façon, cette candidature pourrait aussi provoquer des dissensions dans l’opposition. Elle pourrait gêner certains. Il pourrait aussi se trouver que Jean Eyeghe Ndong, qui est un politicien averti, soit placé devant l’obligation de faire une alliance salvatrice avec La majorité. Par expérience, toutes ces éventualités doivent être posées. En effet, devant des blocages et pour atteindre certains objectifs politiques, on a vu dans le passé, des listes communales ayant obtenus 3 conseillers, réussir à placer l’uns d’eux au poste de maire après négociations, pour favoriser l’élection d’un sénateur du camp opposé. 

Quand on a 2 ou 3 membres dans un corps électoral constitué de 15 ou 18 votants et que l’on réussit à être élu maire, cela traduit l’importance de l’enjeu et des intérêts en présence. Si JEN ne réussit pas à être élu maire de Libreville par « les grands électeurs » après avoir été élu conseiller municipal par l’électorat populaire, il lui restera à manœuvrer pour se faire élire sénateur. 

Là également, rien n’est acquis par  avance et sans contraintes. Le mode proportionnel n’est pas du tout conforme au niveau de conscience politique et démocratique des électeurs et des personnalités politiques de Gabon. Les crises qui ont secoué et bloqué le fonctionnement de certains conseils locaux en sont des preuves. Un jour futur, il faut revenir au scrutin majoritaire à deux tours qui permet de stabiliser les institutions, de clarifier les majorités et de favoriser les négociations et les alliances opérationnelles. Il se pourrait que la commune de Libreville soit gérée pour la première fois par un groupe politique qualifié d’indépendant. 

L’homme JEN est perçu comme un compatriote courageux, au langage direct et au franc parlé. Cela lui  suffira-t-il pour créer un mouvement de sympathie autour de son aventure ?  Pour tous les types d’élection, il est conseillé de négocier avant le vote. Les Partis et les personnalités politiques ; les associations et les groupements sociaux qui s’accordent doivent se lancer dans une vaste concertation pour une stratégie de cogestion du pays. 

Au moment où le processus de décentralisation peine à progresser, les élections locales à base de biométrie doivent représenter une occasion pour permettre aux gabonais de se prononcer librement sur le choix de leurs responsables. La qualité des hommes et des femmes compte dans la représentation et la gestion des pouvoirs et des structures de proximité…. 

Nous insistons : il y a présentement à travers le Gabon, des réalisations positives qui sont de plus en plus visibles et qu’aucun homme juste et de bon sens ne peut méconnaître, sauf par fanatisme, par nihilisme et par cynisme gratuits. Ceux qui ont voyagé, ces temps dernier, à travers le Gabon ont dû constater que le Gabon change. 

Depuis 4 ans il y a des améliorations comme jamais connues au cours des 15 ou 20 dernières années avant l’arrivée d’Ali à la présidence en 2009. 

Mais, ces changements et ces progrès sont dévalorisés par un environnement politico-social, humain et économico-financier malsain où transparaissent : absence de considération, mépris, gabegie, impunité, excès de pouvoir, abus de biens sociaux, détournements de fonds, corruption, criminalité, fétichisme et toutes les vilenies qui transforment l’homme en animal féroce et donnent libre cours à l’indifférence et au mécontentement populaire. 

Le porte parole de la Présidence nous a dit que le Chef de l’Etat ne soutient pas la candidature d’Eyeghe. Question : Eyeghe a-t-il sollicité le soutien d’Ali ? Si la réponse à cette question est affirmative, il faut réfléchir, si c’est non ! Pourquoi Eyeghe a demandé à rencontrer le Président ? 

Certes tout citoyen gabonais a le droit de rencontrer son Chef, mais dans le positionnement politique de JEN, cette démarche prend une importance politique non négligeable. Les vrais démocrates sont partisans du dialogue, de la concertation, de la négociation, des accords et des alliances politiques sur la base des principes clairement définis et pour des actions pré déterminées. 

Les personnalités politiques de tout bord doivent faire preuve de responsabilité et de transparence à l’égard du peuple. Ils doivent comprendre que respecter le peuple consiste à lui faire connaitre les actes qu’ils posent, qu’ils soient compris, acceptés ou pas par le peuple. Il est vrai et habituel que, les apartés, les ententes particulières et les conciliabules sont inhérents au fonctionnement des systèmes politiques multipartites. Toutefois, tout cela dépend du contexte politique du moment, et de la qualité des acteurs politiques en présence. 

Roi est mort, vive le Roi !... Quel avantage tire le président de la République en laissant son porte-parole dire au gabonais qu’il a accordé une audience à « l’opposant le plus radical » à son régime et qu’il ne soutient pas sa candidature à la Mairie de Libreville ? 

Il est des jours où se taire est plus noble que parler. 

Ceux qui ont eu l’opportunité d’approcher Omar Bongo peuvent affirmer que jamais, au grand jamais, un tel acte (rencontre avec un opposant radical suite à la demande de ce dernier) n’aurait été traité de cette façon. 

Tout au plus, en cas de rejet de l’offre du demandeur, les médias auraient été insidieusement actionnés et mis à contribution pour déstabiliser ou dénigrer l’opposant sans l’implication directe et visible de la Présidence. 

Les responsables de la majorité républicaine pour l’émergence (MRE) doivent comprendre qu’ils gèrent un Groupe de compatriotes aux conceptions politiques et aux dispositions intellectuelles différenciées, dans une alliance qui a pour but d’améliorer, sans cesse, ensemble le climat sociopolitique du pays et partant la Paix chère à nous tous. 

La gestion des hommes et des femmes, jeunes, adultes et vieux, des simples gens aux notables, cadres, dignitaires… nous oblige à la retenue, à la réserve, au respect des choix des autres, et à la recherche permanente des équilibres et des solutions aux difficultés du pays... Ah ! Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait !


8 oct. 2013

LETTRE A MON FRERE ET AMI...O JEAN CHRIST MBINA : POUR SI PEU !

Très Cher...Toi dont le surnom est « Patriote Gabonais », je t’écris pour t’informer de ce que nous vivons au Gabon, dans la province du Moyen-Ogooué, en particulier à Lambaréné.

Comme tu le sais, la Province est située à une sorte de carrefour.

 Les voyageurs qui partent de Libreville pour se rendre au Sud, au nord et un peu partout à l’intérieur du pays passent par le Moyen-Ogooué. Les uns bifurquent par Bifoun vers Ndjolé et plus loin dans le Woleu, l’Ogooué-Ivindo, le Haut-Ogooué, l’Ogooué-Lolo... Les autres continuent par Lambaréné pour la Nyanga et la Ngounié.

Depuis de nombreuses années, Lambaréné souffre de tous les maux communs à toutes les villes qui ont cette position géographique.

La population de la ville est en croissance continue par un fort afflux des compatriotes en provenance des autres parties de la République. Ce phénomène a été accentué et rendu anarchique par des politiciens véreux qui, pour assurer leur puissance et leur domination, ont favorisé ce mouvement pour constituer un électorat captif, au lieu de donner aux arrivants une place normal dans la ville.

C’est cette politisation de l’évolution démographique de la ville qui perpétue un système abject qui fait que les victoires électorales sont toujours en faveur des mêmes groupements d’intérêts communautaires.

Mon cher Mbina, je t’en parle pour que tu fasses comprendre aux gens de Lambaréné et d’ailleurs qu’il faut changer de comportement et de mentalité pour redonner à Lambaréné son caractère pluriethnique normal, où toutes les communautés linguistiques doivent vivre en harmonie en participant librement au progrès de leur lieu de vie.

Je t’écris aussi, toi qui es journaliste, par ce que l’actualité politique nationale est dominée, comme tu le sais, par les prochaines élections locales. Et, bien entendu, les puissants hommes et femmes politiques de la ville se préparent à cette compétition  et fourbissent déjà leurs armes.

Comme tu le sais, ils évoluent tous dans la même catégorie, comme du reste tous les candidats de leur bord politique qui sont au pouvoir depuis des décennies à travers le pays et qui ne veulent pas lâcher prise et se retirer de la vie politique locale pour laisser la place aux jeunes.

La confection d’un fichier électoral biométrique ne changera rien aux comportements, aux habitudes et aux pratiques de ces politicards qui mettent tout en œuvre pour continuer à dominer, sans partage, la vie sociale du pays.

Mbina, pauvreté n’est pas vice, mais il est préférable d’être pauvre, que riche de façon malhonnête, parce que, comme disait quelqu’un, « l’argent gagné malhonnêtement est un venin ».

C’est avec ce venin que les gabonais sont dominés depuis longtemps. Comme les autres citoyens, je me suis fait enregistrer à Lambaréné le week-end dernier. Ce que j’y ai vu est effroyable. Il y a comme une course de vitesse, un concours autour de l’opération dite d’enrôlement, entre les politiciens locaux et leurs filleuls politiques, futurs candidats aux conseils locaux.

Les deux arrondissements de la ville, surabondent d’électeurs, un engouement inédit qui surprend plus d’un riverain et qui est du à un vaste déplacement d’électeurs transportés de l’Estuaire, de l’Ogooué Maritime et d’ailleurs.

J’ai été surpris de voir des compatriotes des autres provinces se faire enrôler à Lambaréné. A la question « vous habitez quel quartier ? et à quel bureau avez-vous l’habitude de voter ? », ils étaient incapables de répondre par méconnaissance de la ville.

Certains avouaient qu’ils avaient été transportés par autocars en prévision de leur vote à Lambaréné moyennant une somme d’argent.

Pour mieux asservir un peuple, il faut d’abord l’appauvrir !

Lambaréné est le lieu de tous les excès : crimes rituels, fétichisme, sectes maçonniques, sorcellerie et vampirisme, délation, viols, vols et abus de biens sociaux, corruption, mépris et arrogance, excès de pouvoir et de position etc.

A l’évidence, un candidat pauvre ne peut jamais mettre en place une opération de ce type, seuls les détenteurs d’énormes moyens financiers peuvent louer des autobus, soudoyer les jeunes, filles et garçons, pour "fidéliser" un électorat en vue de gagner l’élection.

Cher Mbina, peux-tu me dire quelle joie et quel plaisir un Etre équilibré peut ressentir, après avoir gagné les élections avec le concours des personnes qui ne sont pas de sa circonscription ?

Comment peut-on fêter une victoire sans gloire ?

Un illustre auteur français avait dit qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire et, qui peut vivre infâme est indigne du jour. Qu’en penses-tu mon frère ?

Notre parti, l’Union Socialiste Gabonaise (USG) qui soutient l’action du chef de l’Etat n’a pas les moyens pour participer à cette élection. Ce n’est plus l’époque où son fondateur avait les fonds, mais surtout un talent et une intelligence immense, pour conduire des actions politiques qui ont profité à l’USG, au régime d’Omar et à tout le pays.

 A l’époque, l’USG du Docteur Serge Mba Bekale avait « le pétrole (les fonds) et les idées (le savoir faire) ». Aujourd’hui, l’USG n’a plus que des idées et des convictions patriotiques fortes. Elle n’est pas morte et elle aura toujours une place au Gabon, si minime soit-elle.

Nous devons l’introduction de la biométrie dans le système électoral gabonais à Monsieur Pierre Mamboundou, charismatique président de l’UPG, paix à son âme.

Présentement, l’application de ce processus démontre que la transparence électorale est lointaine. La biométrie n’aura pour effet que de « légitimer » la fraude électorale. Ceux qui déplacent les gabonais d’une circonscription à une autre affirment qu’il est légal qu’un citoyen vote où il veut. Cela est vrai, et compréhensible pour l’élection présidentielle. Mais mon frère, les élections locales, qui se prolongent en sénatoriales, sont des élections de proximité. Ce sont les habitants de la localité qui donnent le pouvoir à certains riverains pour gérer leurs affaires communes. Ca n’a rien à voir avec les votants qui n’ont aucune attache à la localité.

Comment un individu né à Lambaréné, à Mouila, à Makokou où ailleurs, où il a sa maison, ses parents, les tombes de ses grands parents, son passé et ses intérêts matériels et moraux qui doit choisir les responsables de leur biens communs, peut-il être amené à s’inscrire dans une autre localité pour voter les responsables de cette dernière ? 

Mbina, il faudrait demander à ces citoyens-électeurs transportés de voter selon leur conscience et leur choix.

Mon cher ami, le Gabon est foutu par ce que les gens de peu de conscience et de peu de valeur l’ont pris en otage avec la complicité de l’étranger. Ces gens sont foncièrement égoïstes et diaboliques. Ils ne se soucient que de leurs comptes bancaires et de leurs intérêts personnels. Ils sont rompus à tous les bas stratagèmes politiques, ils sont grandiloquents, impurs et parjures.

Se croyants immortels, ils ne sont que des mortels, assoiffés d’honneurs et de biens.

Mon frère, évite-les ! Reste pauvre, digne et honnête. Ne sois jamais un riche, infâme et diabolique !

Les autocars ont déversé des centaines de personnes à Lambaréné pour enrôlement. C’est très affligeant de constater que les personnes supposées valables se comportent comme des peignes culs.

Les personnes qui fraudent à 50-60 ans trichent depuis leur jeunesse. Ils l’ont fait dans leurs jeux, leurs études, leur profession, leur foyer etc.

Mon Frère, je t’écris pour te conforter dans la douloureuse ligne de conduite et de vie que nous avons choisie.

Ne change jamais, demeure un homme digne, accroche-toi à ta liberté, crois de tout ton cœur, de toute ton âme, mais sans excès, à Dieu : le seigneur refuse tout excès.

Aime qui t’aime et pardonne à ceux qui nous détestent, lis l’ecclésiaste, ce merveilleux et sublime texte du Roi Salomon, l’ami de Hiram, bâtisseurs du Temple et souviens-toi que parmi les 7 jours de la semaine, chacun de nous a le sien : son dernier.

Evite d’être esclave de l’argent, des honneurs et du sexe. Rentre en toi pour t’accorder avec le divin qui est vivant dans tes tréfonds, méprise les apparats du monde et retiens que l’existence à venir, après la vie sur terre, est plus longue que notre éphémère passage ici bas et que, c’est le seul enrôlement qui dure éternellement.

L’enrôlement aux mairies de Lambaréné centre et d’Isaac étaient sous contrôle à distance par des gourous tapis dans l’ombre. Les téléphones portables y ont largement participé.

Souviens-toi Mbina, qu’ensemble nous avons moult fois rêvé et pleuré sur le Gabon, l’Afrique et le noir.

Après l’esclavage de l’occident, nous voilà esclaves de nous-mêmes, esclaves des nôtres.

Ô Mbina, Dieu est merveilleux ! Il a fait la lumière et les ténèbres, l’homme et la Femme, la vie et la mort pour nous éduquer et nous préparer aux réalités qui seront après la mort.

Pour cette raison, ceux qui sont encore vivants doivent à ceux qui sont morts la reconnaissance en rendant à leurs bonnes œuvres un perpétuel hommage.

Si un jour, un Panthéon, ce monument réservé aux grands hommes d’une nation, est créé au Gabon, certains noms devraient être sélectionnés pour y figurer.

Après plus de 50 ans d’indépendance, nous sommes confrontés aux mêmes difficultés. Le Gabon est l’un des pays au monde où le diable (le mal) a élu domicile.

Le pays souffre par manque d’amour et de fraternité entre ses habitants qui se comportent comme s’ils attendaient que des extra terrestres viendront faire ce qu’ils ont à faire.

La paresse, la culture festive, jouissive et la facilité ont remplacé la rigueur, la discipline et l’ardeur au labeur indispensables à la construction d’un avenir collectif meilleur.

Les élections libres, propres et transparentes sont devenues, pour les populations, un rêve lointain, un luxe inaccessible.

La démocratie est étrangère et n’a aucune emprise dans les Etats nègres. Démocratie sans démocrates n’est que mortalité des valeurs et abattoir d’hommes.

Dans le passé comme aujourd’hui, tous les progrès faits par l’humanité en matière de liberté et de démocratie écrasent leurs auteurs. Il n’y a jamais eu de progrès, de démocratie et de Liberté sans effusion du sang, qui est le prix et la contre partie de ces valeurs. La Liberté, l’Egalité, la Fraternité et les Droits de l’homme légués à l’humanité par la Révolution française ruissèlent encore et toujours du sang des vaillants démocrates républicains, au rang desquels Robespierre, Danton, Blanqui, Desmoulins et de nombreux autres.

Mbina, nous sommes dépositaires des valeurs bâties et confectionnées ailleurs, nous n’en comprenons pas l’essence et par conséquent, nous ne sommes pas capables de les conceptualiser et de les appliquer. Cela ne signifie nullement que nous devons mourir idiots, mais cela signifie que nous devons participer, sans haine et passion, en compagnie des compatriotes sérieux et patriotes aux changements positifs et graduels de notre pays.

Frérot, toi et moi sommes trop vieux et las, après tant d’énergie et d’efforts gaspillés pour des résultats et des progrès médiocres.

Il nous revient à dire aux jeunes générations de prendre part à tout projet qui porterait un minimum d’espoir…

Puisque que ces gens de peu de colère se contentent de peu.

A notre âge, Jean Christ Mbina, il nous reste à attendre le précieux et ultime rendez-vous de l’au-delà, en éduquant notre jeunesse et en vivant par avance notre gloire avenir, acquise au prix de la connaissance de Dieu, et des peines vécues.

« L’homme est un apprenti et la douleur est son Maitre et nul ne se connait s’il n’a pas souffert…».

Mon très cher Frère et Ami, si cela m’est donné, je t’écrirais encore pour te raconter ce que j’ai vécu dans notre pays : torture, humiliations, emprisonnement, privations diverses, mépris et injures…

J’attends ton courrier retour à mon nouveau mail (guynang.bekale@gmail.com) et ton appel téléphonique au numéro habituel.

Ne dis rien de précieux au téléphone, par ce que, comme tu le sais, nos conversations pourraient être écoutées par les gens qui veillent, nuit et jour, sur la sécurité de la république et sur les écorchés vifs comme nous.

Porte-toi bien et que Dieu te garde et te bénisse.

Même si nous semblons avoir tout perdu, il nous reste la Liberté et l’Amour acquis dans la souffrance et les privations qui sont des sanctuaires inaccessibles.

Bien à toi fraternellement.

A bientôt.

30 sept. 2013

DES PAROLES ET DES ACTES

C’est la lecture du communiqué final du dernier conseil des ministres qui est à l’origine de cette publication. La forme et le fond du texte gouvernemental nous ont paru quelque peu légers et ont suscité chez certains compatriotes, un sentiment d’incompréhension. Deux passages nous intéressent en priorité.


Le premier dit : « Après avoir procédé à l’examen des idées forces contenues dans l’adresse de Monsieur le Président de la République chef de l’Etat, Son Excellence Ali Bongo Ondimba à la Nation, lors de la commémoration du 53ème anniversaire de l’accession de notre pays à l’indépendance, le conseil a bien noté que l’évaluation de l’action Gouvernementale faite par Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, Son Excellence Ali Bongo Ondimba, a été sanctionnée par une mention loin d’être satisfaisante…. Le Conseil des Ministres note, en toute conscience, la nécessité impérieuse pour le Gouvernement de redoubler d’efforts, afin de matérialiser notre ambition collective ».

Le second passage énonce que : « conformément à l’action n° 13 du Plan Sectoriel Environnement du Plan Stratégique Gabon Emergent (PSGE), relatif à la lutte contre les pollutions et les nuisances, Monsieur le président de la République, chef de l’Etat, Son Excellence Ali Bongo Ondimba, toujours soucieux de l’amélioration des conditions de vie de ses compatriotes, a décidé de l’arrêt à l’importation des véhicules usagés de plus de trois (3) ans. Un délai de deux (2) mois sera accordé pour le dédouanement après vérification ».

En résumé : l’évaluation-appréciation que le P.R. a de l’action de son gouvernement est « loin d’être satisfaisante »

« Pour matérialiser notre ambition collective, le gouvernement doit redoubler d’efforts…» 

Nous nous proposons, à notre tour, d’examiner ces termes dont la formulation nous semble inappropriée ou incorrecte. 

Souvent préparées par le conseil interministériel, les décisions prises en conseil des ministres engagent généralement tout le Conseil et très rarement le seul président de la République qui procède aux arbitrages en cas de nécessité ou donne des orientations, voire des instructions. 

D’abord « l’évaluation du gouvernement par la mention loin d’être satisfaisante » du chef de l’Etat. 

Dans le fonctionnement républicain et démocratique normal des institutions, le Premier ministre, et on le répète souvent, est un fusible qui saute avec tous les membres de son gouvernement, quand leur gestion du programme politique du Président ne donne pas satisfaction à ce dernier.

L’évaluation du travail d’un gouvernement, par le Chef qui l’a nommé, ne devrait pas donner lieu à une sanction avec mention passable, assez-bien, très bien, honorable ou très honorable avec ou sans félicitations comme pour un devoir de lycéen  ou d’universitaire. En conséquence, la seule sanction qu’un chef d’Etat inflige dans le cadre institutionnel est la dissolution de l’équipe gouvernementale. 

Un chef de gouvernement et « ses ministres » ne doivent pas s’entendre dire, par la plus importante autorité de l’Etat et du pays, que leur travail est non satisfaisant et qu’ils doivent redoubler d’efforts ? Quels efforts ? 

Le communiqué fait penser aux débats d’il y a quelques mois relatifs à la place et au rôle de l’Agence Nationale des Grands Travaux (ANGT) dans l’organisation des institutions du pays. Certains avaient fait valoir, à juste titre, que l’arrimage à l’administration de la présidence de la république de cette énorme et envahissante structure soustrayait ses activités du contrôle du gouvernement. 

Or, l’ambition collective qui est de satisfaire les besoins légitimes des populations passe par la réalisation des projets gérés par l’ANGT. 

Dans quel sens et dans quels domaines le gouvernement doit-il redoubler d’efforts ? 

Le conseil des ministres qui a « noté en toute conscience »,  la nécessité impérieuse pour le Gouvernement de redoubler d’efforts n’a pas compris la douleur causée aux membres du gouvernement et leur « chef » dans cette affaire. 

Même si l’on n’assiste pas aux conseils des ministres, il se  dégage, de la lecture de ces phrases creuses des communiqués finals, une dissonance  ou un décalage entre les points inscrits à l’ordre du jour du Conseil, les débats (ou pas) autour de ces points et les formulations dans le rendu des synthèses des travaux fait aux populations. 

Ensuite, « sur la lutte contre les pollutions et les nuisances » qui explique la décision du Président d’arrêter l’importation des véhicules usagés de plus de trois (3) ans. 

Une analyse poussée de cette décision pourrait donner naissance à un volumineux ouvrage socio économique et financier. Partons de quelques observations. 

Est-il judicieux et convaincant d’asseoir cette décision sur la lutte contre la pollution et les nuisances, quand notre environnement vital immédiat est pollué par des ordures de toutes composantes, en particulier des ordures ménagères sans cesse en putréfaction. 

Quand les nuisances sonores provoquées par les décibels des musiques des bistrots perturbent le sommeil des habitants dans certains quartiers ; quand les hautes herbes envahissent les rues de certaines villes, quand l’eau courante distribuée par la SEEG est impropre à la consommation dans certaines villes, quand les rats, les cafards et les punaises cohabitent avec les humains etc. 

Arrêter l’importation des véhicules de plus de 3 ans signifie que tout véhicule de cet âge est interdit à la circulation au Gabon. 

L’on constate pourtant que le parc automobile gabonais est caractérisé par un vieillissement général des véhicules en circulation. 

On pourrait affirmer que près de la moitié de ces vieillottes voitures ont plus de 3 ans ; pire, elles servent au transport quotidien des pères, mères et enfants ; composantes de la population. 

Cette activité qui se fait dans des conditions souvent dangereuses, par des chercheurs d’argent, provoque parfois des graves accidents mortels. Imaginons le désordre et le vacarme que provoquerait le retrait de tous les véhicules qui ont plus de 3 ans de la circulation ; comment les simples gens du pays se déplaceraient et voyageraient sans ces vieillots taxis, taxis bus et clandos urbains et inter urbains ? 

L’objectif de cette décision n’est certainement pas la lutte contre la pollution et les nuisances. Ses raisons sont ailleurs. 

Elles pourraient se trouver dans la volonté de limiter les ventes des véhicules d’un marché d’occasion dont l’expansion se fait de plus en plus au détriment des ventes des voitures neuves, marché en expansion qui est entre les mains de puissants groupes d’intérêts  qui gênent d’autres groupes d’intérêts. 

Dans ce conflit d’intérêts, la décision attribuée au Chef de l’Etat, par le conseil, parait comme le résultat d’un arbitrage entre ces deux groupes qui sont, d’une part, les syro-libanais revendeurs des voitures d’occasion et de l’autre, les concessionnaires français et européens commerçants des automobiles neuves. 

Ces deux marchés cohabitent sans forcément avoir les mêmes clients ou la même politique de vente. Le marché de l’occasion constitue le marché populaire de l’automobile, celui qui permet au « gabonais moyen » d’acquérir un véhicule avec la possibilité de négocier son prix d’achat et ses modalités de paiement directement avec le vendeur. Ce marché rend des services énormes d’autant que les véhicules importés de Belgique, d’Allemagne, de France ou d’ailleurs sont généralement bien entretenus par leurs anciens propriétaires-vendeurs et satisfont leurs acquéreurs gabonais pendant quelques années. 

Pourquoi la décision vise les voitures usagées de plus de trois ans ? 

Sûrement par ce qu’en occident, quelques propriétaires changent leurs véhicules à cet âge ; et que leurs coûts d’achat et de revente seraient encore assez élevés et ne susciteraient pas une forte demande pouvant gêner les ventes des voitures neuves. 

Les vendeurs des voitures neuves, en particulier des grosses cylindrées, ont pour principal client l’Etat gabonais. Rares sont les personnes physiques, homme ou femme, qui peuvent s’offrir ou offrir un véhicule de 50 ou 60 millions… Dans le secteur automobile, les mesures prises pour protéger l’automobiliste et sécuriser l’automobile sont inadaptées au contexte du pays. 

L’on a institué les visites techniques (VT) en les rendant obligatoires et payantes, non pas pour vérifier le bon état des voitures, mais pour créer une caisse d’argent au profit d’une caste de privilégiés. La VT devrait logiquement déboucher sur le retrait de la circulation de tout véhicule présentant des anomalies et des défections le rendant inapte à la circulation. Or, plutôt que d’être au rebut, véhicules individuels, taxis et clandos de 10 ou 15 ans, voire plus, roulent encore et sont en parfaite conformité avec les dispositions techniques et les obligations réglementaires : assurance, carte grise, VT…En l’absence d’une compagnie de transport public efficace, les privés se démènent pour assurer les déplacements des citoyens en utilisant les voitures de plus de 3 ans. Quid de l’obligation du port de la ceinture dite de sécurité. 

En Europe, cette obligation est liée au fait que les automobilistes qui seraient allé trop vite, sur leurs bonnes routes sûres, pourraient en cas d’accident, avoir la chance d’être sauvés par la ceinture. 

Au Gabon, l’état des routes constitue un danger réel ; et, ce n’est pas la ceinture qui est un accessoire de véhicule qui garantit la première sécurité, mais bien les routes en bon état. A cela s’ajoute l’amélioration progressive du réseau routier national, dans le cadre de la mise en œuvre du schéma directeur d’infrastructures du PSGE. Cette amélioration va contribuer à maintenir les voitures d’occasion un peu plus longtemps en état de marche. Elle rendra les pannes moins fréquentes et moins graves. La conséquence en serait la baisse de demande des pièces automobiles et des revenus de leurs vendeurs du fait de la probable chute des ventes. 

Dans le passé, le Gabon a été un « comptoir commercial » et le demeure. C’est le pays où l’enrichissement est facile et aisé pour toutes les mafias de la planète, en complicité avec des nationaux. Il serait mieux d’envisager la mise hors d’usage des trop vieilles voitures ; et d’inciter les vendeurs de voitures d’entreprendre une étude pour la création d’une entreprise d’achat et d’exportation des ferrailles destinées aux fabricants des véhicules ou à tout autre demandeur de fer à recycler. Il y aura toujours suffisamment d’épaves de véhicules et autres fers à récupérer sur le sol gabonais et africain. 

Cette orientation qui est plus compliquée à mettre en œuvre, et dont la rentabilité semble hypothétique, a le mérite de lutter contre l’insalubrité et de permettre aux gagnes-petits d’espérer un jour s’acheter un véhicule d’occasion et de le revendre à la casse. Il y a visiblement des anomalies dans le fonctionnement actuel de nos institutions. Les décisions prises en conseil des ministres n’engagent pas forcément du P.R. C’est le conseil qui décide et pas le Président. Certes, les décrets et les décisions peuvent être pris en conseil des ministres ; mais, le plus souvent, et pour des situations sensibles, un Président décide seul ; sous une autre forme et point dans un communiqué du conseil des ministres mal rédigé. Les élections approchent avec leur cortège de plans, de compromis, de soutiens, d’accords qui mettent les hommes politiques à l’épreuve de la vérité de laquelle ils se sont éloignés. 

Depuis plusieurs années, le budget de l’Etat gabonais pour l’achat des véhicules de service ou de fonction s’élève à des milliards de francs. Au fil du temps, il s’est créé de durables relations de coopération entre l’Etat et les concessionnaires de véhicules. Aussi parait-il logique, si cela en est, que l’Etat vienne à la rescousse de partenaires en difficultés et inversement.        

A propos du communiqué du centre de développement des entreprises (CDE) : nous le savions, et l’enquête du CDE vient le confirmer, l’économie gabonaise, et avec elle la vie des gabonais, sont entre les mains des étrangers faussaires et malhonnêtes qui viennent et vivent au Gabon avec pour objectif fondamental de retirer, par tous les moyens, le maximum des ressources financières pour les transférer chez eux. 

Rien d’étonnant que la majorité des PME appartiennent aux étrangers, qu’elles aient la majorité des marchés publics, s’achètent et corrompent tous et toutes. 

Les conditions de leur entrée et de leur installation sur notre territoire sont rendues faciles par la mauvaise politique d’immigration du gouvernement. 

Il y a au Gabon trop d’étrangers, trop d’entreprises étrangères, trop de religions étrangères, trop de naissances d’enfants étrangers, trop de riches étrangers. Trop c’est trop ! 

MISÈRE, MALHEURS ET ESPOIRS DU SECTEUR AGRICOLE GABONAIS

Depuis plus d’un demi siècle, les dirigeants coloniaux d’abord et ceux de l’Etat gabonais post colonial ensuite n’ont pas réussi, et ne réussissent toujours pas à créer au Gabon, un secteur agricole solidement intégré dans les activités économiques productives nationales.  
Et, toutes les tentatives qui ont été entreprises n’ont pas réussi à installer les activités agricoles dans la durée. 
Est-ce le fait de la malédiction, de l’incompétence, de la négligence ou d’une volonté délibérée pour maintenir ce stratégique secteur dans un état archaïque et primitif ? 

L’initiative du Ministre de l’agriculture consistant à organiser une table ronde  sur « le rôle des gouvernements  dans l’intensification des impacts positifs de l’industrie agricole », quoique louable, apparaît comme une orientation hors réalité, une tentative abusivement positive en ce qui concerne l’organisation et la capacité de production de ce secteur au Gabon. 

Peut-on parler d’une industrie agricole gabonaise ayant des impacts positifs ?  
Où et comment se manifestent ces impacts positifs qu’il faut intensifier ? 
Sur la création des emplois ? 
Sur la structuration du secteur agricole ? 
Vivrier ou d’exportation ? 
Sur la contribution du secteur à la création de la richesse ? 
Quand des experts et des dirigeants étatiques parlent de « filière agro-industrielle », de quoi et de quelle agriculture est-il question ? 

La table ronde semble avoir porté à la fois sur l’agriculture dite industrielle, de rente ou d’exportation et sur la vivrière, peu productive, utilisant une faible main d’œuvre non qualifiée et souvent exercée par les autochtones sur des superficies étriquées aux qualités cultivables non validées scientifiquement. 

Naguère, les plans de développement coloniaux puis du Gabon indépendant définissaient des orientations, des objectifs et des financements pour la promotion de ces deux formes d’agriculture. 

La première traitait de la production du paddy, du manioc, de la banane, des taros, de l’igname etc. 

La seconde comprenait le cacao, le café, les palmistes. 

Les programmes initiés dans ce secteur à deux volets n’ont pas atteint les objectifs fixés ; en particulier, celui de constituer un secteur agricole structuré, performant assurant une auto suffisance alimentaire et contribuant significativement à la formation du PIB. Deux admirables projets conduits, l’un dans la province de la Nyanga par les chinois pour la culture du riz dans le cadre de la coopération officielle entre le Gabon et la Chine et l’autre, à Nkolayop,  dans la province du Woleu-Ntem, par un investisseur privé gabonais visaient à insérer une activité agricole pérenne dans ce secteur. 

D’autres expériences plus anciennes n’ont pas pu se perpétuer jusqu’aujourd’hui pour des causes et des raisons diverses et variées. Au Gabon, il n’y a pas d’industrie agricole. 

Cependant, quelques actions pilotes ont fait la preuve que l’agriculture est une activité qui peut s’exercer dans le pays. La majorité des espaces cultivées par les nationaux sont souvent de petites dimensions situées dans les zones rurales, à proximité des villages situés le long des routes ou des cours d’eau. Leurs productions ou surplus de productions sont acheminés par voies terrestre ou fluviale vers les marchés qui sont les plus porteurs ; en particulier ceux des capitales des provinces. 

D’abord cantonnées aux alentours de ces marchés privilégiés, progressivement les centres de productions s’en sont quelque peu  éloignés, sous l’effet de l’amélioration des conditions générales du transport terrestre en particulier de la qualité des routes. Si le chemin de fer est perçu comme réservé au transport des minerais et du bois la route, par le cabotage, est considérée comme le mode de transport de masse adapté à la libre circulation des personnes et à l’évacuation contrôlée des produits agricoles vivriers. 

Les difficultés liées à la nature et aux caractéristiques spécifiques des activités agricoles sont connues. Elles se composent des principales phases suivantes : choix du lieu de l’implantation des unités de production, choix des espèces de pépinières et des plants à cultiver ; connaissance des propriétés et des qualités des sols ; dimensions des plantations, direction et gestion des exploitations, quantité de la main d’œuvre,  désherbage et déforestage,  binage, sarclage et plantation ; entretien des  plants et lutte contre les attaques des prédateurs : insectes, oiseaux, animaux dont les éléphants, lutte contre les caprices du temps liés aux saisons, récolte, conservation et transport des produits du lieu de production au lieu de commercialisation, fixation des coûts de production et des marges bénéficiaires, le traitement et la conservation des invendus, etc. 

Il ne s’est guère dégagé de la faible population du Gabon, un groupe de nationaux déterminés et décidés à affronter victorieusement ces exigences que les activités agricoles et la rudesse des intempéries des saisons imposent. 

Pourtant, avant l’indépendance du pays, une intense activité agricole mobilisait une partie des actifs dans ce secteur qui s’est progressivement affaibli au cours des premières années de l’indépendance du pays. Un bref regard sur le passé montre que l’agriculture a toujours été une préoccupation majeure des gouvernants. Déjà, dans les plans coloniaux de développement de l’AEF, le secteur agricole occupait dans les discours, une place privilégiée qui n’était pas confirmée par la répartition sectorielle des ressources. 

Les autorités politiques et économiques coloniales avouaient leur pessimisme sur l’évolution de l’agriculture vivrière en constatant sa  faiblesse et sa désorganisation. En revanche, elles espéraient développer l’agriculture dite industrielle à vocation exportatrice dont les moyens matériels de production étaient avancés. 

Les plans gabonais de développement de l’agriculture ont toujours distingué les deux catégories d’agriculture. 

Dans le premier plan décennal de l’AEF (1947-1957), l’accent était mis sur les infrastructures, la production et les dépenses sociales. Les priorités du Territoire du Gabon portaient sur la recherche, l’agriculture, les activités forestières, les infrastructures de communications et l’exportation minière qui était à ses débuts. 

En 1950, un décret créa et fixa les modalités d’organisation et de fonctionnement des Secteurs de Modernisation agricole (SMA) à créer. L’inspecteur Général de l’agriculture en AEF écrivait que : « ce qui frappe, c’est l’état arriéré de l’agriculture africaine et l’improvisation. L’agriculture n’est pas encore le puissant levier d’équilibre économique, d’essor industriel et d’évolution sociale qu’il importerait de posséder… alors qu’elle est le fondement obligé du progrès général » et d’ajouter : « qu’il fallait s’attaquer à la réorganisation de la recherche agronomique, à l’achèvement des services agricoles territoriaux, à la main d’œuvre, à l’institution du crédit agricole au sens large, à l’éducation professionnelle de la société rurale en vue de préparer sur des bases solides des structures coopératives… Les conditions de réussite de cette politique agricole étaient : son application totale coordonnée par une action technique (recherche et propagande) ; la formation d’une main d’œuvre et l’appui aux producteurs » (Marchés Coloniaux n° 305 du 15/9/1951), conformément à l’orientation politique dont le contenu essentiel était de procéder à une industrialisation de l’agriculture dans toute l’AEF. 

A la demande du Ministre de la France d’Outre Mer, des zones propices à la création des plantations à production intense réunissant les conditions les plus favorables de fertilité, de facilité d’accès, et, où la mécanisation pouvait suppléer à la rareté de la main d’œuvre, furent choisies. 

Parmi celles-ci, on citait : Ntoum, Akok, Fernan-Vaz, Adzebé, Kango, Bifoun et Mvily. Le secteur Bifoun-Mvily, écrivait Durand-Réville, Sénateur du Gabon, présente le très gros avantage d’être situé de part et d’autre de l’Ogooué, ce qui constitue une très bonne voie d’accès… 

Les sols y sont meilleurs que ceux qui ont été étudiés par les prospecteurs, tant en Oubangui-Chari qu’au Cameroun, et dans d’autres zones du Gabon ». Le terrain de relief était estimé à 10.000 hectares. C’est ce secteur, concluait le Sénateur, qui réunit le plus de facteurs favorables (MC n° 446 du 29 Mai 1954 p 1517). 

Les produits retenus pour leur mise en valeur  étaient, pour l’agriculture vivrière : le riz, la banane, le manioc, les taros, l’arachide ; et pour les cultures d’exportation : le café, le cacao, les palmistes. Les objectifs de la structuration du secteur agricole étaient clairs. Ils consistaient à fixer les paysans sur leurs terres en les rendant propriétaires des parcelles dans des villages de paysannat, à multiplier les centres pilotes d’expérimentation agricole, répandre l’hydraulique agricole et pastorale pour améliorer les conditions de vie des populations en couvrant les besoins alimentaires  du Territoire. 

Quant à l’agriculture industrielle, l’objectif était de spécialiser les régions. Ainsi, le cacao, la plus ancienne culture d’exportation était localisée depuis 1959 dans l’Ogooué-Ivindo et le Woleu-Ntem; il était prévu de l’étendre à Ndjolé dans le Moyen-Ogooué. Le café était cultivé dans l’Ogooué Ivindo, l’Ogooué-Lolo, le Woleu-Ntem et le Haut-Ogooué. les oléagineux cantonnés dans le Moyen-Ogooué et la Nyanga. Avant 1960, une société PALMEVEA de 800 ha de plantations et une huilerie privée SOGABOL étaient installées à Lambaréné ; la COOPALMO, la Coopérative de palmeraie de Moabi dans la Nyanga. Cette stratégie d’industrialisation du secteur agricole gabonais bénéficiait de l’encadrement des Instituts de Recherches  Appliqués à l’exemple des Instituts de recherche des huiles et oléagineux tropicaux (IRHO), l’Institut des fruits et agrumes tropicaux (IFAC), la compagnie française pour le développement  des fibres textiles (CFDT) ; la compagnie générale des oléagineux tropicaux (CGOT). 

En 1954, le gouverneur du Gabon disait à la 2ème session de l’Assemblée Territoriale : «  l’effort fait pour la mise en valeur de la terre gabonaise demeure encore insuffisant, et doit être accentué dans les années à venir par le renforcement et l’encadrement de l’agriculture, l’accession des cultivateurs à la propriété du sol, l’aide aux paysans grâce aux prêts agricoles »

A côtés des cultivateurs artisanaux se tenaient les sociétés dites d’Etat (SE) ou d’Economie Mixte (SEM) qui concrétisaient la présence des capitaux privés dans le secteur agricole local. A l’indépendance des sociétés et autres organismes prennent le relai des instances coloniales et se chargent de l’encadrement, de l’expérimentation et de la mise en œuvre des projets et des programmes agricoles nationaux. 

En juillet 1974, un conseil des ministres décide de la construction à Lebamba, d’une huilerie de traitement d’arachides et de palmistes qui n’a jamais vu le jour. En 1977 fut créée la Sepoga. 

En 1980, Agrogabon, Siat actuelle, reprit Palmevea et Coopalmo. D’autres sociétés agricoles furent créées suivant la logique de la provincialisation coloniale. Des essais de la culture de canne à sucre ont eu lieu à Lambaréné, Cocobeach, Tchibanga et Franceville qui fut retenu et vit la naissance de Sosuho qui nécessita un investissement de près de 16 milliards fin 1980. 

Le projet hévéaculture prévu près de Mitzic dans le plan 1976-1980 et repris dans le plan intérimaire 1980-1982 ne fut pas exécuté et connait présentement des difficultés. Un programme cocotier avait été identifié à Mayumba sur 5.000 ha, il ne se concrétisa pas. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. 

Le Gabon a une connaissance suffisante de la géographie culturale dessinée par les colonisateurs, il existe surement des archives. 

Il reste à Monsieur le Ministre de faire vérifier par ses experts si les zones retenues pour les projets sont encore disponibles pour une implantation des activités, si les projets et les cultures prévues sont toujours rentables, si non, redéfinir d’autres bases en relation avec les besoins des marchés local et extérieur. 

La stratégie ancienne contient de précieuses données qui devraient être examinées et, en cas de besoin, actualisées et adaptées. Avant une «table ronde  sur le rôle des gouvernements  dans l’intensification des impacts positifs de l’industrie agricole », il faut faire l’inventaire et l’évaluation des projets, programmes, expériences agricoles gabonais (de 1946 à 2006) sous tous leurs aspects : humains, financements et partenariats techniques, matériels, institutionnels, types de cultures… en vue de la mise en œuvre d’une politique nationale agricole émergente par étapes contrôlées, en relation et en coordination avec les politiques des pays de notre sous-région.