19 nov. 2012

L’ARGENT, LA LIBERTE, LE POUVOIR, LA DEMOCRATIQUE

A un certain âge et par l’expérience acquise, l’homme libre ne doit plus défendre les idées, mais avoir des convictions. Il doit promouvoir la Démocratie et prendre clairement sa position sur les questions qui secouent son pays et dépriment son peuple. C’est son ultime combat ; ses adieux à la vie sous sa forme terrestre grossière.



La crise qui mine les sociétés modernes est fatale et vieille comme le monde. Elle est gravée dans le sang de l’homme. Elle est en perpétuelle contradiction avec l’une des valeurs, sinon la valeur la plus noble que l’homme traite, hélas souvent, avec légèreté. Cette crise commune aux sociétés humaines c’est le « manque d’Amour » et la noble valeur bafouée c’est la « Liberté ». 

Qu’en est-il du Gabon ? 


Concernant l’Amour, l’observation montre que les gabonais ne s’aiment pas, ne s’aiment plus ou alors font semblant de s’aimer. Les raisons de cet état de chose sont multiples ; les unes  sont « collectives » et relèvent des contacts permanents du pays avec l’extérieur ; les autres raisons sont le fait des comportements et des choix des autochtones en accord avec leurs dispositions de cœur et leurs intérêts. 

L’Amour et la tolérance ont disparu du Gabon depuis des décennies. C’est le clinquant et l’irruption du système marchand dans le processus de production des biens nécessaires à la vie des individus et des familles gabonaises qui est la première grande cause de la disparition de l’Amour parmi nous. 

L’individualisme et l’affirmation du soi, à travers l’exercice et la pratique des activités génératrices de revenus, ont eu sur l’intelligence humaine, un impact si important qu’ils ont tué dans l’homme une partie de sa faculté de faire attention à son prochain pour ne se concentrer que sur l’assemblage de ses gains de ses biens, de ses possessions. 

Les gains individualisés se sont concentrés en propriétés et se sont prolongés en intérêts privés, sources de fierté, de respect et objet d’attention permanente. Le travail salarié est devenu une préoccupation majeure pour le nouveau gabonais ; il a été érigé en prestigieux élément d’épanouissement social. 

C’est alors que l’Amour du travail et ses attributs que sont le salaire, le bien être ou l’aisance matérielle et financière sociale ont remplacé « l’Amour entre les hommes » qui s’est rétracté comme une peau de chagrin. 

Les gabonais ne savent plus s’aimer et, quand ils  s’y mettent par les pseudos relations amicales ou par les liens de mariage, ces formes d’amour sont menacées de rupture à plus ou moins court, moyen ou long terme. 

Combien de couples divorcent par an et combien vivent, non point par Amour conjugal, mais par nécessité de vivre dans le confort en faisant fi des commodités inhérentes à toute union amoureuse faite de tendresse, de convivialité et de saine complicité. 

Combien d’amitiés réputées sincères et « fraternelles » ne se sont pas disloquées pour cause de recherches de richesse, de bonheur, d’honneur, de pouvoir ; non pour le compte de tous, mais pour soi. Au centre de ce situation trône, majestueux l’argent symbole et concentré du pouvoir. L’argent est désormais  le pouvoir suprême auquel se soumettent nombreux humains. 

L’Amour a été immolé sur le parvis de l’argent qui est devenu le maître du monde sous plusieurs formes, mais aussi, la prostitué de luxe des nations et de leurs dirigeants: dollars, euro, livre sterling, yuan, franc etc… 

La lutte pour obtenir un simple travail salarié, ou une rentable fonction étatique et politique n’est, in fine, rien d’autre que pour avoir de l’argent. Composante privilégiée pour la vie, l’amour de l’homme pour l’argent est à l’origine des rudes conflits sociaux et crises économiques mondiales des Etats qui ne sont que des crises liées à la finance. 

Le système marchand, en tant que socle d’échanges et de transactions multiples et variés à base d’argent, a introduit durablement l’égoïsme, l’indifférence et le favoritisme dans les sociétés « noires modernes ». 

L’argent participe au bonheur social de l’homme en détruisant et en aliénant partiellement ou définitivement son honneur, sa Liberté. Il concentre et mobilise son intelligence pour la recherche de gains toujours plus massifs ; avec au bout, la peur de la perspective de devenir pauvre. L’autre donnée qui a fait reculer l’Amour entre gabonais est La dégradation des valeurs morales et sociétales ; en particulier la « croyance en Dieu ». 

Les préceptes de la morale divine édictés par la Bible et par les enseignements enfouis dans nos sanctuaires ancestraux ont été relégués au rang d’anecdotes. L’existence, mais surtout l’acceptation et/ou la reconnaissance par conviction, par naïveté, voire par suivisme, d’une autorité placée au-dessus de tout Etre humain, et de tout élément social, naturel, physique ou métaphysique sont une source inépuisable d’affermissement du sentiment d’amour entre les vivants. 

L’autre fois, j’évoquais ce philosophe qui, dans un état d’extase sublime ou de folie passagère, s’était écrié « Dieu est mort ». Et, certains de nos contemporains, sans en comprendre la substance, le reprennent en chœur. Or, quand une société a proclamé la mort de Dieu, elle se condamne forcément à pratiquer la mort de l’Homme. Si l’argent se trouve positionné comme pilier central de la vie des sociétés humaines, l’Homme a été au commencement infiniment placé comme entité centrale de l’œuvre créatrice de Dieu. 

Les deux, l’homme et l’argent forment un mystérieux couple proche de celui du préhistorique jardin, quand par la ruse ou par son pouvoir de persuasion, le vilain malin tentateur eût raison des élus de Dieu pour les initier à l’éternel plaisir, legs de la création divine pour la naissance des hommes. Dans sa quête de bien-être et d’épanouissement social, l’homme se trouve confronté à ce puissant levier dénommé argent qui est l’un des appendices de l’ordre divin. 

La bipolarisation de la société entre ceux qui ont beaucoup d’argent, trop d’argent, la poignée de riches, et ceux qui en ont peu, très peu ou point du tout, la masse des pauvres, a créé entre les deux catégories, un énorme fossé qui ne s’est rétréci, à chaque époque, que par les cadavres en provenance des âpres combats menés par la populace pour l’obtention des conditions de vie meilleures au profit de la multitude. 

C’est le manque d’argent qui occasionne la pauvreté et la misère, et qui paradoxalement ravive le sentiment d’amour à l’égard des gens aux conditions de vie difficiles. Certes, le riche aime aussi ; mais il aime par-dessus tout, non pas son prochain, mais sa fortune, son luxe, ses attributs, ses comptes bancaires. Il ne donne que ce qui relève du superflu et pour se donner bonne conscience. 

Le processus d’enrichissement, sous toutes ses formes ne se façonne que sur l’appropriation « normale » ou frauduleuse des parts qui sont celles des autres citoyens, ou qui devraient leur revenir. Les relations trop intimes, et souvent justifiées entre l’homme et l’argent, qui aboutissent à l’accumulation excessive d’une énorme fortune, sont souvent liées au mal : vols, détournements de fonds, fétichisme, sorcellerie, trahisons et vénalité de l’homme. 

Que ne ferait pas l’homme pour gagner de l’argent, beaucoup d’argent au point qu’il ne peut totalement le dépenser en trois vies ? Le métier qualifié de plus vieux du monde, pratiqué par les filles de joie, se réfère à l’argent, obtenu par le don d’une membrane spéciale du corps de la femme à l’homme. Membrane par laquelle naissent les mortels. La gloire de l’argent a été portée à son firmament par notre siècle. 

Quant à la Liberté, elle est disponible comme l’est l’air pour l’homme. La Liberté commence par les choix faits délibérément par tout humain ; c’est-à-dire l’expression libre de son sentiment ponctué par l’acte… 

Pour notre liberté de choix, il a été placé devant nous le bien et le mal… Si un choix peut porter sur la volonté d’être riche par tous les moyens ; en revanche, personne ne choisira jamais d’être pauvre. 

La plupart des riches gabonais ont détourné les parts de richesses qui devaient revenir directement ou indirectement aux autres. Nulle part au monde, les riches ne sont plus nombreux que  les pauvres. 

La concentration de la richesse dans les mains des minorités, qui de surcroît prennent le commandement des peuples est une excroissance de l’économie marchande, du manque d’amour entre les hommes et de la soumission de l’homme à l’argent. 

Avec beaucoup d’argent, on peut poser beaucoup d’actes personnels nobles ou ignobles: commandités des crimes, acheter des mercenaires pour la guerre, soudoyer les traîtres  les juges, les hommes de Dieu ; obtenir des femmes belles tout ce que l’on désire, accéder au pouvoir d’Etat. A contrario, l’on peut aussi entreprendre des  œuvres collectives de grandeur: construire des routes, des hôpitaux, des logements, des écoles, aider ses prochains. Bref, offrir par amour, un cadre de vie agréable aux citoyens. 

Au niveau personnel se pose la question de savoir de quelle façon un individu a acquis sa fortune ? Aucun processus d’accumulation normale n’a jamais permis à un fonctionnaire du tiers monde de devenir millionnaire en 5 ans de carrière. 

Toutefois, la liberté qui est donnée aux gestionnaires de l’argent public ouvre la voie à un enrichissement facile et partant à la fabrication des fortunes. Une alarmante contradiction fait que non seulement la masse des citoyens pauvres n’accèdent pas aux richesses à cause des mauvais mécanismes de répartition de celles-ci, mais, c’est elle qui est dépositaire de la souveraineté par le fait démocratique majoritaire ; et partant, c’est elle qui donne le pouvoir aux riches. 

Exclu de l’argent, le peuple est utilisé pour donner les pouvoirs aux minorités dirigeantes. Dans ces rapports, les conditions des pauvres et des riches sont inversement proportionnelles. Au grand nombre est affectée la plus infime part d’argent, quand la minorité détient la majorité de ressources financières. 

Cette vérité est ancienne et ne pourrait être résolue partiellement, que par la justice sociale ; si l’Amour, grâce à l’idéalisme de l’Homme, est volontairement introduit dans l’organisation de la société. 

Dans un article publié il y a quelques mois sur ce blog, sous le titre « Les Pleurs Fleuris : Poésie politique Rêveries et Confessions », j’écrivais :

« Quoi ! À mon âge, devrais-je encore hésiter à dire la Vérité, au moment où je rentre dans l’ultime phase de la vie, où tout mortel éclairé et consciencieux commence à méditer sur la place qui a été la sienne dans la Société, en songeant par avance, à l’instant où il ne sera plus parmi les vivants ? 

Me demanderait-on de me taire et de renoncer à tout ce qui a été, qui est et qui sera pour toujours, pour moi et après moi,  l’Idéal de ma Vie et sa Raison !  

Idéal qui s’est installé, jeune, dans mon Etre. Idéal qui se nomme : Liberté, Vérité, Justice, Amour et Honneur ! 

Idéal pour lequel et à cause duquel, mon terrestre séjour a été irréversiblement trempé, forgé et marqué par les douleurs, les humiliations et toutes les infamies que mes contemporains, compagnons politiques et apparentés  m’ont fait subir dès mon âge adulte: chômage, prison, tortures, injures, trahisons. 

Idéal qui m’a soustraie de l’esclavage que provoque la recherche sans limites des apparats et des divers artifices qui ont tant de prix pour certains Etres et qui font leur éphémère bonheur. Idéal encore vivace au crépuscule de mes jours. 

Cet Idéal de Vie m’a poussé dans le camp du grand nombre dont la pauvreté matérielle est notoirement connue, mais au sein duquel se cachent indubitablement la Sagesse, le Talent, le Génie, le bon Sens, le Sens de l’Honneur et la Foi qui sont vivifiés par l’invisible souffle divin. 

Guidé par mon Idéal, j’ai préféré me tourner de ce côté, convaincu qu’il y a parmi le  Peuple un lot de douleurs et de misère qu’il faut faire reculer. S’il est douloureux, voire mortel, pour un riche de sombrer dans la pauvreté ; il est en revanche très agréable pour le pauvre d’accéder à un minimum de bien-être social. 

Tel est le dilemme qui m’a séduit lors de mes premières lectures. A la suite de cela, à l’âge adulte, je me suis donné une  ligne de vie consistant à m’efforcer d’accepter les moyens d’existence, même médiocres, que j’obtiendrai de la société, sans jamais rien entreprendre d’anormal pour accéder à un niveau de vie élevé auquel je m’habituerai et qui, une fois perdu, m’obligerait à le rechercher et à le retrouver par tous les moyens. 

Les seuls atouts que j’ai fait valoir sont ma formation, mon savoir-faire et ma personnalité. 

Mais hélas, au Gabon, rien de cela ne compte. 

Rejeté au rang des parias, je me suis résolu à vivre simplement et modestement, sans éclats et sans fanfaronnades ». 

Ami de la Vérité, de la Liberté, de la Justice…J’ai tissé avec ces valeurs des liens inaltérables de complicité qui ont tué en moi la peur, la douleur et la crainte de la mort, en faisant de moi un homme libre de la pointe des cheveux jusqu’à la plante des pieds. 

Quel Bonheur de ne rien devoir à personne !



1 commentaire:

  1. Nous avons au moins une liberté inaliénable : la liberté de nous battre pour conquérir notre liberté...

    Le problème de nos prétendus combatants pour la liberté collective, j'entends les hommes politiques, c'est qu'ils ne conçoivent pas un combat qui dépasse leur propre existence, pour le plus grand bonheur de l'oppresseur.

    Grand merci pour cette contribution.

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