19 août 2013

A PIERRE CLAVER AKENDENGUE, AVEC TOUTE LA RECONNAISSANCE ET LE RESPECT QUE LE GABON TE DOIT !

Pierre, il y a longtemps que j’ai eu envie de bâtir ce propos. Après notre entretien de la semaine dernière (à lire prochainement sur ce blog), j’ai décidé d’exprimer publiquement mes fraternels sentiments pour toi que le Gabon néglige, parce qu’il ne te connait pas et ne te connaîtra point. Tu n’es pas le seul dans ce cas… Moi, si j’étais Roi, je t’aurais fait une place dans mon royaume…Mais, hélas !

Le jeudi 30 Mai, l’ADG du Mbandja et moi sommes allés nous entretenir avec un compatriote dont le passé et le présent sont si ressemblants qu’on serait tenté de croire que le temps n’a que peu d’emprise sur lui, quoique son inaltérable pouvoir n’a eu pour effet que d’affaiblir sa carcasse, son enveloppe qui sont les costumes de son Esprit et de son Âme. 

Des signes de fatigue de son corps et ses gestes d’enfant confirment cette contradiction entre un intérieur vif, intact et noble et un aspect corporel vieillissant.

Pierre Claver AKENDENGUE (PCA) dont il s’agit est pour moi un aîné, un homme exceptionnel. Par son œuvre, ses actes et la gestion de sa vie; c’est un modèle pour beaucoup, à cause de sa fidélité à ces valeurs qui nous sont commune : le Patriotisme et la Liberté. Je fais ce modeste témoignage pour l’honorer et lui donner l’amour qu’il mérite, c’est-à-dire l’éloge, le respect et la reconnaissance que nombreux gabonais n’osent plus entrevoir chez certains de leurs compatriotes qui sont dotés de talent, de génie et dépositaires de valeurs exceptionnelles.

Il faut rendre hommage aux hommes durant leur vie, les hommages, les décorations, les honneurs posthumes ne sont que dithyrambes et  vanité.

Comme chez tous les Êtres doués, intelligents, sûrs de la noblesse de leur personnalité, il se dégage de Pierre Claver AKENDENGUE de la simplicité et une modestie qui voile une miette de timidité : ce côté enfantin que les hommes de cœur et de convictions  portent qui fait qu’à une étape de leur vie, ils n’ont plus les idées, ils ont des convictions qu’ils ressassent avec des formules qui traduisent une éloquence créatrice d’images fortes par des mots, des paroles pénétrantes.

J’ai découvert Pierre Claver AKENDENGUE travers sa musique par la chanson "Nkere" qui a été pendant longtemps le lien invisible entre lui et moi. Lacustre d’origine, je trouve dans l’air de Nkere, la douce brise du lac Azingo, à la saison sèche, quand les eaux calmes, reposées et silencieuses, forment une nappe immobile et qu’au loin,  traversant le lac, un pagayeur solitaire chante à gorge déployée, un air d’accordéon qui monte limpide dans un beau ciel bleu et dégagé.

Tous les natifs des villages qui ont devant un plan d’eau et derrière, la forêt, sources de nourriture généreuses, ces gens sont de la « noblesse de terre ».

Né dans un milieu multilinguiste et multiethnique, et donc "détribalisé" par nature, la musique gabonaise aux notes sacrées de toutes origines qui est jouée par un virtuose me transperce et me porte aux sens. Seules les âmes sensibles, les naïfs idéalistes, les illuminés au cœur pur peuvent ressentir cette joie particulière en écoutant les musiques autres que celles de son milieu primaire.

La Cithare, le Mvett, le Balafon à lèvres, la Harpe monocorde, cessent d’être de simples instruments de musique pour se transformer en sources de sons magiques qui vous invitent à la transe, quand ils sont joués par des Maitres.

Chez Pierre Claver AKENDENGUE la combinaison de sons divers associés à ses vocalises devient une sorte de langage réservé aux initiés. Grand esprit dans un corps fragile en apparence, Pierre Claver a donné aux africains un répertoire musico culturel et artistique qui bravera l’agressivité dégradante du temps.

La musique cesse d’être une œuvre d’artiste pour devenir une créatrice quand elle exprime autre chose que l’envie de danser, d’écouter. Dans ce cas, elle devient divine et sacré. Les sensations fortes et captivantes, les frissons que l’on ressent en écoutant le chant grégorien, la musique baroque, les airs d’Elombo, les bardes du Mvett, les chansons d’Okouyi et la lecture des évangiles ne sont que des manifestations de la présence de l’esprit divin parmi les hommes. Et, la musique d’Akendengue relève de cette catégorie. Par conséquent, elle cesse d’être une simple musique d’écoute et de réjouissance.

Il y a des chansons de Pierre Claver AKENDENGUE que l’on préférerait écouter en silence plutôt que de danser, même si on ne maîtrise pas la langue miènè. La combinaison agréable entre les sons des instruments et la voix du chanteur donne à l’air une harmonie qui surpasse le seul cadre musical. Pour les connaisseurs des choses cachées qui se manifestent  par le son et qui sont d’appartenance divine, Pierre Claver AKENDENGUE est un génie incarné en errance dans un milieu d’incultes et sans discernement.

Ecouter parler Pierre Claver AKENDENGUE des choses de la vie et de la société est très agréable à ceux qui ont des convictions, qui sont patriotes et libres de tout intérêt et de tout calcul égoïste.

Homme cultivé, de lettres et de sciences, ancré dans ses origines culturelles ancestrales, Akendengué s’exprime avec  éloquence et châtie son parler. Il est de la bonne vieille école du Gabon pré indépendant où l’apprentissage et  le parler correct de la langue française et la référence au latin étaient  une exigence, une obligation, un devoir.

Il est éloquent et intarissable d’arguments. Son lent débit oral, ses gestes coordonnés, son regard de malvoyant, son corps frêle et son très large sourire juvénile donnent au corps physique mâle de cette créature (dans la vie, mais surtout sur scène dans son costume de scène immaculé) une forme-image qui s’apparente à une silhouette à la corpulence féminine. Par la qualité du parcours de sa vie, l’expression juste et claire de sa pensée et l’expression de ses sensations, nous aimons Pierre Claver AKENDENGUE et tout ce qu’il a dit, qu’il a fait, qu’il dit, qu’il fait, qu’il dira et qu’il fera encore.

Ce grand homme qui a beaucoup donné à son pays n’a jamais reçu en retour de celui-ci «l’usufruit », la récompense et l’éloge que d’autres hommes de culture, moins talentueux que lui, ont obtenu ici et ailleurs.

Toute son œuvre musicale et/ou artistique est sublime. Cependant, parmi elle, une chanson me marquera jusqu’à la fin de mes jours et sera de celles que je sélectionnerai pour mes adieux à la Terre. Quand je l’écoute, je me sens transformé. Elle a été mon hymne et ma source de lumière durant les années de préparation de ma sortie de l’université. Quand bloqué, en panne d’énergie et d’inspiration pour rédiger une phrase, un paragraphe, une page de plus de ma thèse, je posai sur mon « tourne disques » la chanson « Sa Ngunu Sa Ngunu », je ressentais s’éveiller au tréfonds  de mon Etre une force qui semblait partir du Lac Azingo pour me pousser au labeur….

Merci cher aîné, merci l’artiste !

Il y a enfoui à l’intérieur de chacun de nous des sentiments, des joies, des souvenirs que nous ne parvenons pas à exprimer, soit par manque d’occasion pour le faire, soit par pudeur, soit par orgueil ou égoïsme. Je publie ce jour ma relation intime et personnelle avec l’œuvre de Pierre Claver AKENDENGUE parce que je l’ai rencontré et je l’ai informé de ma décision de publier mes sentiments à son égard.

Aujourd’hui, le Gabon semble être formé de 3 catégories ou groupes de gens. Ceux qui parlent encore et parfaitement nos langues vernaculaires (dont Pierre Claver AKENDENGUE) , ceux qui les parlent comme certains parleraient « le français petit nègre » et ceux qui les moquent et ne les parlent pas du tout.

Cette réalité est porteuse d’un danger, celui de voir disparaître progressivement nos langues et partant, nos cultures, notre Culture. C’est une fierté pour certains de nos vieux de constater que leurs langues sont encore correctement parlées par un petit nombre.

Akendengue sait parler, et sa « langue maternelle », et la langue française. Il nous a dit :

« Je dois transmettre ce que j’ai reçu des miens… Actuellement mes joies c’est d’être au milieu de mes enfants et petits enfants…. de continuer à créer.. C’est la perspective de développer et d’installer l’Association ROMEPA (qui est l’œuvre de 3 frères ainés : R.Onouviet, M.Essonghe et P.Akendengue) comme solide structure culturelle du Gabon qui occupe présentement toute mon énergie... L’opprimé dit-il, doit cesser de considérer l’oppresseur comme son Maitre… Je suis dans une pirogue qui va vers sa destination…la LIBERTE…Ceux qui ont trop d’argent et qui ne peuvent pas tout dépenser au cours d’une vie doivent penser aux nécessiteux…. Le mariage, c’est entre un homme et une femme, le mot vient de Mère. Quand deux hommes se marient, qui sera la mère ? s’est-il interrogé….»

Il y a quelques mois, j’avais déjà publié un article dans lequel je m’indignais de ce qu’au Gabon, l’on ne considère guère les compatriotes dont les œuvres ont été accueillies comme des valeurs nationales partagées par le peuple. Dans l’article intitulé « Les hommes africains et gabonais : les autres et nous », je disais :

« Vous avez dit France et Honneur ! Nous avons accueilli avec gène et joie la décoration d’un grand africain du Gabon, Pierre Claver Akendengué, au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur par la France. La gène ! parce que le sacre vient des autres qui démontrent leur attachement au talent et à la grandeur d’un Homme qui le mérite. La joie ! C’est de vivre un évènement qui consacre l’œuvre d’une personnalité mondialement connue et qui, malheureusement n’est pas considérée à sa juste valeur dans son pays… Akendengué n’est pas seulement un grand artiste musicien; c’est aussi un poète, un politologue, un philosophe bref, un Savant. Mais, l’autre n’a-t-il pas dit que « nul n’est prophète dans son pays » ! P.C Akendengué, Mack Joss, P.C. Zeng, pour ne citer que ce trio, ont marqué les mélomanes du monde par et avec leur musique. Des trois, il nous en reste deux qui commencent, comme nous tous, à descendre la pente qui conduit à l « l’Epreuve » de la périlleuse traversée, où attendre devient terriblement douloureux, si vous n’avez pas un devancier, compagnon aimant, qui vous accueille et vous prend par la main au plus incertain des rendez-vous avec le Tout. Il est encore temps pour que les gabonais sachent qui ils sont, pour que demain, il n’y ait pas de regrets. Les radios et les télévisions publiques et privées doivent enregistrer leurs paroles pour les faire passer à la postérité. Il est vrai que trop souvent, l’Homme, surtout jeune, ne découvre et ne connait le Bonheur qu’après l’avoir entrevu et perdu, parfois, la grandeur aussi.» 

Bien à Toi, Pierre Claver AKENDENGUE, Toi l’érudit des Cultures africaines, gabonaises et autres. Si les humains t’oublient, Dieu te couronnera.

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