5 mars 2012

DE L’ORDONNANCE PORTANT CREATION DU FONDS SOUVERAIN DE LA REPUBLIQUE GABONAISE (FSRG)

Sans prétention, je tiens à donner, en ma qualité d’Expert, de Consultant et de patriote,  mon modeste point de vue sur une décision gouvernementale qui est d’une très grande importance pour notre pays, et qui  présage, en filigrane, une probable situation financière budgétaire dangereuse qui pourrait contaminer la société. Ou à l’inverse, le Gabon est en surliquidité, ce qui justifierait ce projet de réorganisation, suite, soit à la réalisation d’une forte plus-value financière fiscalo-pétrolière ; à l’obtention de dons et legs ou de forts dividendes provenant de lointains précédents placements. Mon dernier article invitait l’attention de nos gouvernants sur la nécessité de se montrer rigoureux et sage dans la gestion des biens et l’administration des hommes. 

Très récemment, dans un « Libre-Propos », l’un de nos illustres compatriotes pose la problématique des interconnections, des interférences, de la proximité et du voisinage entre les pays africains et ceux du reste du monde en matière de financement de leurs économies, des leurs investissements, de leurs relations commerciales ; de la gestion financière des agents économiques des pays en développement en relation avec les interventions des partenaires internationaux, en période de récession économique et de perturbations financières, dans une économie mondialisée. Son titre : "Wall Street, est-ce si loin que ça ?"

Le projet d’ordonnance approuvé normalement, hors session parlementaire, en Conseil des Ministres le vendredi 3 février 2012, relatif à la réorganisation du Fonds pour les Générations Futures désormais appelé Fonds Souverain de la République Gabonaise, pose un problème aux personnes qui sont habituées aux montages économiques et financiers ; certainement aussi aux juristes chevronnés qui constateraient l’absence d’une Assemblée législative au Gabon depuis quelques semaines..  

D’abord, on ne comprend pas très bien ce qui est proposé et sa légalité. Sommes-nous face à la réorganisation d’un organisme existant ou face à la création d’un nouveau cadre ? Visiblement, c’est d’une transformation qu’il s’agit puisque l’ordonnance dit que  le Fonds ancien est désormais « dénommé » Fonds Souverain ; mais concomitamment, l’attelage est présenté comme une création. Dans le cas, d’une réorganisation, il doit naturellement exister un patrimoine qui passerait de l’ancien Fonds au nouveau. Or, on apprend qu’il faut réunir un capital minimum de 500 milliards de FCFA dont les modalités de mobilisation, les sources de financement et les apports sont décrits ; sans référence à une source « d’autofinancement » ou des disponibilités anciennes transférables.  

Le communiqué gouvernemental nous informe que « le capital du Fonds Souverain est alimenté par un prélèvement de 10% sur les recettes pétrolières prévues dans la loi de finances (à partir de quelle loi annuelle ?) ; par 50% de toutes les recettes budgétaires dépassant les hypothèses de base de la loi de finances ; par les dividendes du portefeuille des participations de l’Etat ; par les produits générés par le Fonds ; par les dons et legs. Il est aussi prévu qu’une fois le capital minimum atteint, le Fonds est (sera)  alimenté chaque année par 25% des revenus générés par ses placements, et par toutes les recettes pétrolières additionnelles correspondant à un dépassement des hypothèses de base de la loi des finances de l’année précédente. Après libération totale du capital minimum du Fonds, 75% des revenus sont reversés une fois par an au trésor public et constituent une ressource du budget de l’Etat. 

Voici l’une des importantes décisions financières prises par nos experts Gouvernementaux pour évoluer vers un Gabon l’Emergent. Notre réaction à cette décision est provoquée par la situation actuelle du marché financier international, par la quantité des ressources budgétaires et la création de multiples centres de gestion de notre économie ; et aussi par les propos d’un éminent compatriote parus le jour du Conseil des ministres dans le quotidien « l’Union N° 10847 sous le titre : Wall Street : Est-ce si loin que ça ? » suite à une question qu’un enseignant, instituteur, lui aurait posée lors d’un voyage en avion. Dans son libre-propos, l’ancien Gouverneur de la BEAC attirait l’attention sur les activités financières internationales qui sont marquées par l’accélération des échanges et la rapide mobilité des capitaux et le peu d’implication de nos pays ; sur la dégradation de la situation financière des pays de la zone euro  dont certains ont été dégradés par les agences de notation ; en particulier la France ; sur les déficits budgétaires de ces Etats qui s’endettent continuellement …Tout cela, conclue l’analyste, « explique la chute tendancielle des marchés financiers et nous concernent tous ». 

L’article se termine par le rappel de nos « sources de financement » ; en particulier, le pétrole, le manganèse et le bois ; et par les difficultés des partenaires publics et privés du Gabon, sans écarter celles de nos fournisseurs et clients, et/ou les précautions et les peines des organismes financiers internationaux à se procurer les capitaux. Même si les rumeurs relatives à une nouvelle dévaluation du franc CFA sont démenties et tues, il faut retenir  que la conjoncture économique et financière mondiale est hautement préoccupante ; en particulier, pour nos pays dont la monnaie est arrimée à l’euro qui se dévalorise un peu plus par rapport au dollar. 

C’est dans ce contexte que les experts financiers gabonais décident de transformer le Fonds pour les Générations Futures en Fonds Souverain. Examinons très brièvement le montage financier. L’on a retenu, comme l’une des sources de financement de ce capital minimum du FSRG, les produits générés par le Fonds ; lequel ? L’ancien ou le nouveau ? ; Dans le même temps, l’on affirme qu’après la mobilisation, non de la totalité du capital, mais du capital minimum de 500 milliards, le Fonds sera alimenté chaque année, par 25% des revenus de ses placements. Mieux, il est dit « qu’après libération totale du capital minimum du Fonds, 75% des revenus sont reversés une fois par an au trésor public et constituent une ressource du budget de l’Etat ». 

Ouf ! Drôle de schéma de financement et d’exploitation d’un Fonds qui était destiné aux générations futures pour se transformer en un Fonds Souverain pour le financement de l’économie constante.  Le choix fait par le Gouvernement est très discutable. Ce choix pouvait être concevable si le but était de parer au plus urgent. En effet, comment comprendre qu’on transforme, par prélèvement ou précompte en amont, des ressources budgétaires fiscales, parafiscales ou issues des placements étatiques et autres, pour constituer en aval une cagnotte destinée à générer, par des placements, sur un marché financier tendu, des ressources à affecter au trésor pour financer le budget de l’Etat ? 

L’on sait que la stratégie budgétaire de l’Etat gabonais part de quelques principales données ou hypothèses qui sont : le niveau de la production pétrolière, le prix du baril et les revenus du pétrole libellés en dollar, la tenue du FCFA par rapport au dollar et les cours des matières premières dont le manganèse et le bois. Il est vrai que l’on peut encore trouver, à travers la planète, des zones de placements rémunérateurs des fonds ; toutefois, les revenus générés ne devraient pas servir à financer directement « l’économie flottante », mais à la soutenir, tel une soupape de sécurité à actionner en cas d’impérieuse nécessité. Le cycle impôts, taxes, prélèvements à mobiliser en vue de constituer une trésorerie pour effectuer des placements afin de créer des ressources destinées au financement du budget d’investissement et de fonctionnement est un choix non seulement imprudent mais aussi risqué dans le contexte actuel. N’oublions pas ce qui s’est passé à la Banque Centrale… 

La solution la moins risquée consiste à constituer « des réserves refuges », si possible sous la forme combinée des biens immobiliers, mobiliers et des placements rémunérateurs. Le montage proposé par le Gouvernement se démarque de l’objectif originaire de l’ancien Fonds qui était la sécurisation des besoins des générations futures. On pourrait alors soupçonner le Gabon d’être dans une perspective financière difficile qui pourrait  provoquer une crise de paiement. Le montage du FSRG comporte des insuffisances, il faut le rendre mieux faisable et plus convaincant. Quoique placé sous l’autorité du Président de la République, attention aux détournements des fonds pour ne pas toucher le fond. Pour que la réforme organisationnelle initiée par les gouvernants soit crédible, il faut faire du Fonds Souverain, un véritable « Instrument de Prévoyance Economique et Financière » mis au service du pays, géré efficacement et installé au Gabon avec des ramifications à l’étranger. 

Quid de l’unique nomination à la Conservation Foncière  par le même Conseil des Ministres ?

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